La morale mutante du Parti socialiste

Rédigé par fiallo le 06 novembre 2010.

On peut tout dire à propos du Parti socialiste, des faiblesses de son programme, de la fragilité de son leadership, un leadership tiraillé entre des tendances les plus diverses et des personnalités aux ambitions antagonistes. Mais en dépit de ces défaillances, il faut lui reconnaître le mérite de faire preuve d’une remarquable habileté à ajuster ses principes aux circonstances de chaque instant. Prenons d’abord l’affaire dite des Roms. La première secrétaire du parti, Mme Martine Aubry, s’est indignée avec des mots on ne peut plus durs (« été de honte ») des mesures prises par le gouvernement Fillon. Il n’empêche qu’à peine quelques jours avant les mesures gouvernementales, la même Mme Aubry, agissant en tant que maire de Lille, avait ordonné l’expulsion des Roms qui s’étaient installés dans cette ville. Ce n’est que suite au tollé provoqué par les mesures prises par le gouvernement au niveau national que la maire de Lille demandera au préfet de sa région de ne plus procéder au démantèlement de camps de Roms sur le territoire de sa communauté urbaine.

Vient ensuite la réforme des retraites. Peut-on oublier que plusieurs tenants du PS avaient soulevé la nécessité d’un allongement de l’âge de la retraite ? Au mois de janvier, Mme Aubry elle-même déclare : « Je pense qu’on doit aller, qu’on va aller très certainement, vers 61 ou 62 ans ». Or, vue l’ampleur de la contestation au projet de réforme proposée par le gouvernement, le Parti socialiste, promet finalement de revenir à la retraite à 60 ans si le suffrage populaire lui octroie sa faveur lors des élections de 2012.

Grand a été l’embarras du PS à la lecture d’un rapport récent du Fonds monétaire international, dirigé par Dominique Strauss Kahn, le présidentiable par excellence du Parti socialiste français. Le rapport signale qu’en France « l’âge de la retraite [est] actuellement l’un des plus bas du monde », avant d’ajouter : « Une hausse de deux ans de l’âge légal de la retraite suffirait à stabiliser la part des dépenses pour les retraites dans le PIB à son niveau de 2010 sur les deux prochaines décennies ».

Poursuivons. L’usage au Sénat de la procédure dite du vote bloqué (procédure parfaitement constitutionnelle) s’attire les foudres du PS quand la majorité UMP y fait recours au moment du débat de la réforme des retraites. Mme Aubry dénonça alors « un coup de force permanent ». Et pourtant, les socialistes avaient eux aussi utilisé plus d’une vingtaine de fois cette procédure quand ils étaient au pouvoir. Pour sa part, Mme Ségolène Royal, qui n’avait pas hésité à vanter la « rapidité » de la justice chinoise lors de son voyage dans l’empire du Milieu en janvier 2007, voit maintenant dans l’usage du vote bloqué par la majorité UMP la marque d’un « système tyrannique » dans la France d’aujourd’hui. Comprenne qui peut.

Au passage, les socialistes oublient que plusieurs réformes phare du gouvernement socialiste de Pierre Mauroy ont été adoptées sans un débat parlementaire (contrairement à l’actuelle réforme des retraites, autour de laquelle il y eut débat au parlement). En effet, le gouvernement Mauroy légiféra par le système d’ordonnances (système on ne peut plus expéditif), pour adopter la réduction du temps de travail hebdomadaire de 40 à 39 heures, la cinquième semaine de congés payés, la création du chèque vacances, ainsi que, ironie de l’histoire… la retraite à 60 ans !

Idem au sujet des réquisitions ordonnées par le gouvernement Fillon afin de rouvrir les raffineries de pétrole et les dépôts de carburant bloqués par des grévistes pendant les récentes grèves. Plus d’un haut dirigeant du PS voua aux gémonies une telle procédure… avant que le président de la Communauté urbaine de Marseille, le socialiste Eugène Caselli, ne demandât la réquisition de personnel pour la collecte de déchets bloquée par les éboueurs en grève dans cette ville depuis douze jours.

Dernier événement en date : le soudain décès de Georges Frêche, grand cacique de la gauche à Montpellier et incontournable figure politique de cette ville durant trois décennies. Après l’avoir exclu du PS en début d’année, et présenté contre lui (à la demande de la première secrétaire du PS) une liste alternative lors des élections régionales de mars 2010, les tenants du PS, soucieux de récupérer les votes des frêchistes pour les prochaines échéances électorales, ne lésinent pas aujourd’hui sur les éloges pour se référer à la grande figure que, une fois mort, est devenu à leurs yeux celui qu’à Montpellier on nommait « l’Empereur ».

Or, comment ne pas percevoir des larmes de crocodile de la part du PS dans ce soudain retour de sympathie post-mortem à l’égard de Georges Frêche ? Si M. Frêche avait vraiment tant de mérite aux yeux des socialistes, pourquoi, à aucun moment, ne se vit-il confier de responsabilité à dimension nationale quand le PS était au pouvoir ?

Cette politique de l’opportunité ne semble guère porter de fruits au sein de l’opinion : les cotes de popularité des principales figures du PS n’ont progressé que marginalement suite au bras de fer entre le gouvernement et l’opposition au sujet de la réforme des retraites. Peut-être la raison de cette relative stagnation est-elle très simple : ce que les socialistes ont gagné en matière de souplesse morale face aux événements, ils l’ont perdu en termes de crédibilité.

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