Jeune, noir et gay-friendly : le pape idéal des médias

Rédigé par lateigne (24actu) le 13 février 2013.

Crédit photo : Ammar Abd Rabbo (Flickr)

Crédit photo : Ammar Abd Rabbo (Flickr)

Réunis en conclave par la grâce de l’Esprit saint médiatique, les éditorialistes de France et de Navarre ont tranché. Finis les pales croutons réactionnaires ; l’Eglise a besoin d’un pape jeune, noir… et par conséquent moderne. Un clone catholico-cathodique du super-cool Obama pour faire entrer le catholicisme dans le XXIe siècle.

Les journalistes ont horreur du vide. A peine évacuée la renonciation de Benoît XVI, ils sont partis en chasse de son successeur idéal. Et son portrait-robot revient à longueur d’éditos avec la régularité des marées. Un pape jeune et noir qui réponde aux canons du star-system et fasse enfin entrer le catholicisme dans la modernité.

Pourquoi au diable l’Eglise s’ankyloserait dans deux mille ans de Tradition et de transmission quand on voit la petite merveille de société que nous a ciselée le Progrès ? A quoi bon ces temps de recul, de réflexion et de prière si chers aux catholiques quand les bienfaits de la broyeuse médiatique sont si manifestes dans notre débat public et nos vies intimes ?

La barque de Saint-Pierre a besoin d’un capitaine cool et télégénique afin de mener l’Eglise vers les rives de la modernité, entend-on de toute part. Un pape ouvert et conscient des vraies priorités de notre temps et de sa sainte trinité : tolérance, diversité et « dénormativisation ». Un Saint-Père gay-friendly qui vienne dans les talk-shows parler préservatifs et IVG tout en prenant soin de laisser les exigences morales de l’Eglise dans un placard du Vatican.

Le monde médiatique s’est lassé de cette gérontocratie catholique qui semble prendre plaisir à nous donner mauvaise conscience, et qui s’entête à dénoncer la sape morale du relativisme et le nihilisme de notre époque. Pêché mortel : les encycliques de Benoît XVI n’étaient pas réductibles en cent quarante caractères, ni vendables dans un reportage télé de trente secondes.

Un pape jeune et noir est-il nécessairement « moderne » ?

En reprenant le missel de la modernité, on constate que le Progrès n’est concevable que comme un processus irréversible allant dans « le sens de l’histoire » et visant à pulvériser toute norme entravant la pleine liberté de l’Individu. Longtemps, l’Eglise catholique a été rétive à ce Progrès. La donne peut-elle changer avec un pape jeune et noir ?

Il faut d’abord se rappeler qu’avant d’être touché par la double tare qui en fit à la fois un pape et un vieillard, Joseph Ratzinger a longtemps été considéré (à l’image du clergé de sa génération) comme un réformiste et l’une des chevilles ouvrières du concile Vatican II.

Que pensent les générations montantes de l’Eglise (y compris les sexagénaires) de l’héritage de Vatican II ? Les jeunes aspirants à la papauté ne seront-ils pas moins enclins qu’un Benoît XVI ou un Jean-Paul II aux accommodations avec l’air du temps et une modernité dont ils savent qu’elle exigera d’eux toujours plus de reniements ?

Il n’est qu’à constater le retour du col romain chez les jeunes prêtres pour s’assurer qu’il existe au sein de l’Eglise une volonté de distanciation grandissante avec l’écume des jours dont la modernité est le cache-sexe.

Il ne faut donc pas trop compter sur la jeunesse pour le Salut médiatique de l’Eglise. Mais si le temps ne fait rien à l’affaire, quid d’un pape noir alors ? On imagine déjà les gros titres et les unes enflammées qui suivraient l’élection de cette nouvelle icône de la modernité mondialisée… Mais le rêve pourrait rapidement tourner au cauchemar tant le clergé africain est peu porté sur les compromissions doctrinales et sociétales.

Le pape noir fantasmé par les journalistes aurait tôt fait de se transformer en croisé de l’anti-modernité et chantre réactionnaire de la Tradition. Et si de surcroit il s’avérait être jeune, il n’en serait que plus véhément à nous mettre le nez dans nos contradictions, nos lâchetés et notre égoïsme d’Hommes modernes. Il n’aurait de cesse que nous ne puissions plus jouir à notre  guise !

« Be careful what you wish for », préviennent les anglo-saxons. Ne vaudrait-il mieux pas, tout bien réfléchi, que les cardinaux électeurs, dans leur grande sagesse, ne se plient pas à la rumeur médiatique et se contentent d’élire un vénérable italien octogénaire suffisamment habile politique pour ne pas secouer trop fort le cocotier catholique.

Déjà 7 remarques sur cet article

  1. Paul.Emiste dit :

    Apres plus de 10 années en Afrique je peux déjà vous dire que noir et gay-friendly comment dire…ils peuvent toujours rêver.

  2. Libertad dit :

    Laurent Gbagbo, Robert Mugabe, Jean Bédel Bokassa.. ont-ils déjà postulé ?!

    • Urbon dit :

      Principe de laïcité, on ne peut être Pape et Président d’Afrique, même si dans les deux cas c’est pour la vie.

      Enfin, pour la vie, tant qu’il y a la santé, au moins mentale…

      Et toi, comment ça va ?

  3. Urbon dit :

    Pourquoi un noir ? Pourquoi pas un israélien catholique ?

    Je ne veux pas minimiser l’apport théologique et mystique des religions animistes intégrées à l’église catholique, mais peut être ne sommes nous pas obligé de remonter si loin aux sources.

    Un Pape né à Jerusalem, c’est certainement moins politiquement correct qu’un Pape né au milieu des pygmées et autres bonobos, tels que se les représentent nos bons socialistes, mais certainement plus symbolique et actuel !

    Rome devrait inviter Harlem Désir à s’exprimer sur le sujet, on ne saurait élire un Pape aujourd’hui sans son avis éclairé.

    Si le Pape n’est pas noir, c’est que l’Eglise est raciste. Étonnant que les Femen n’exige pas la nomination d’une femme, l’Eglise n’en serait que moins sexiste, naturellement. Prends ton portable et vote pour le nouveau Pape !

    Ho ? Une femme noire, alors là c’est la paix sur terre. Fini guerres et famines…

    Mouarf.

  4. LezAttitude dit :

    Gay friendly, ce serait une révolution en effet !

    • Libertad dit :

      Oh quel honneur: le site des copines de Fourest qui vient visiter celui-ci …!
      Pas de chance, Urbon s’est absenté .

      Bon alors, cette Gay Pride 2013 se prépare ? encore plus d’exhibitionnisme et de prosélytisme que celle 2012, un peu tristounette il faut bien dire.

      Continuez à étaler votre vie privée, c’est sûr, ça rendra les français encore moins homophobes.
      Vous avez tout compris.

    • Urbon dit :

      Tu parles de quoi ? De l’Iphone 5 ?

      Tu parles d’une révolution : La Marie est vierge et le Christ est chaste ! Chaste ou pédé… C’est comme les curés.

      On aurait un Pape polygame, là, on pourrait vraiment parler de révolution.

      Ceci dit, je préfère l’évolution à la révolution. Et il me semble, mais peut être que je me trompe, qu’un Pape « orientaliste » serait plus utile à l’évolution des meurs qu’un pape transsexuel. J’sais pas si t’es au courant de l’actualité, si on en parle au Banana Café, mais ce qui importe aujourd’hui, c’est le dialogue inter-religieux, pas le dialogue entre homos et hétéros.

      D’ailleurs, homos et hétéros n’ont rien à se dire. Hier, il y avait des endroits réservés aux homos, demain il y aura des endroits réservés aux hétéros. C’est tout ce que vous aurez gagné, vous les LGBT militants.

      Quoique… Reste à voir le résultat sur les futurs enfants des LGBT.

      A quand les associations militantes de trisomiques, qu’on leur donne des bébés ?

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