Vers une recomposition droite/gauche sous la forme FN/UMPS ?

Rédigé par Gustave Delaporte le 08 décembre 2014.

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La convergence des projets politiques mis en œuvre au sommet de l’État, la volatilité d’électorats qui ne répondent plus à des logiques de reports de voix jusqu’alors clairement établies et la montée en puissance d’un Front National comme opposition qui entend s’affranchir des clivages traditionnels semblent remettre en cause la grille de lecture connue du paysage politique français. En arrivant en tête des élections européennes au mois de mai 2014, le FN a confirmé cette remise en cause de la ligne de répartition classique de la vie politique.

Dans ce contexte, le clivage gauche/droite sous la forme PS/UMP possède-t-il encore un sens de nos jours ? Ne s’oriente-t-on pas plutôt vers une agrégation à gauche entre l’UMP et le PS, qui peinent désormais à se distinguer, et vers la recomposition d’une droite autour d’un FN qui poursuit son ascension victorieuse ?

Ayant résisté à l’évolution progressive des contenus des programmes politiques de chacun des camps qui la composent, la répartition gauche/droite est une constante enracinée en France depuis la fin du XVIIIème siècle qui se trouve aujourd’hui soumise à une perte de repères (1) ; toutefois, la recomposition du paysage politique qui se dessine ne s’articulera sans doute pas autrement qu’autour d’un nouveau clivage gauche/droite (2).

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1/ La répartition gauche/droite est une constante enracinée en France depuis la fin du XVIIIème siècle qui se trouve aujourd’hui soumise à une perte de repères.

1.1 Une constante enracinée depuis la fin du XVIIIème siècle

Le clivage droite/gauche qui caractérise la vie politique française prend racine dans la place choisie au sein de l’hémicycle par les députés de la Convention nationale lors de la séance au cours de laquelle fut prononcée, en janvier 1793, la condamnation à mort de Louis XVI. En observant l’évolution respective des idées de droite et de gauche qui ont rythmé la vie politique française depuis cette date, on constate que le sens de cette répartition initiale ne semble pas avoir été contredit en deux siècles d’Histoire.

En effet, de la Révolution jusqu’à nos jours, les marqueurs idéologiques de la gauche ont été imprégnés par l’idée de changement, d’utopie, de monde nouveau ou même d’homme nouveau. Ainsi en allait-il de la première République qui entendait rompre avec l’héritage de la monarchie, transformer le sujet en citoyen et révolutionner tous les aspects de sa vie, de l’organisation sociale au calendrier. Cette idée de changement, de rupture avec la tradition, l’héritage, le passé, se retrouve dans l’ensemble des courants politique de l’histoire de la gauche française, jusqu’au slogan du candidat François hollande lors de l’élection présidentielle de 2012, « le changement, c’est maintenant », en passant par l’idée de « faire table rase du passé » chantée par l’Internationale.

A l’opposé, la droite est historiquement marquée par l’idée de préservation de l’héritage, du respect du lien avec le passé, de la tradition et de l’idée de la vertu du retour aux sources, ou aux racines. Ce projet, que Maurice Barrès avait résumé dans la formule exaltant « la terre et les morts » au début du XXème siècle, reste le dénominateur commun de la droite « traditionaliste » française. Ainsi, Alian-Gérard Slama, dans un dialogue avec Emmanuel Terray, le 5 mai 2012, considérait-il que le sens du réel était ce qui caractérisait le mieux cette « droite traditionaliste », après avoir admis qu’elle avait pratiquement disparu aujourd’hui.

Sur la base de ces déterminants, si certains courants politiques, ou certaines idées, on aisément trouvé leur place entre droite et gauche, d’autres ont pu naviguer d’un bord à l’autre en fonction de leur caractère novateur ou des liens doctrinaux qui pouvaient les rattacher à des traditions politiques. Ainsi, le légitimisme, l’orléanisme et le bonapartisme se sont naturellement positionnés à droite, puisqu’ils proposaient d’établir un retour à la monarchie ou à un empire qui, avec Napoléon Ier, avait rétabli, par le sacre et le retour au calendrier grégorien, le lien historique avec les racines régaliennes de l’État. Au même moment, du milieu du XIXème siècle jusqu’au début du XXème, le radicalisme a naturellement trouvé sa place à gauche avant d’être repoussé vers le centre par l’apparition de nouveaux mouvements politiques, à mesure que l’idée de République passait du statut d’utopie fraichement mise en œuvre à celui d’institution enracinée. L’idée nationaliste, elle, a commencé son parcours politique à gauche, où elle exaltait un citoyen issu du droit du sang opposé au sujet du Roi issu du droit du sol, avant d’être empruntée par la droite monarchiste, sous l’influence de Charles Maurras qui convainquit cette dernière que le postulat nationaliste, par déduction rationnelle, conduisait à l’idée monarchique. Au même moment, sous l’influence des idées de Marx, la défense des classes populaires, paysannes ou ouvrières, échappait des mains de la droite légitimiste et bonapartiste, face à des républicains héritiers du suffrage censitaire et des lois Le Chapelier, pour tomber entre celles de la première internationale socialiste. Le libéralisme économique, lui, poursuivait lentement un parcours inverse initié dans le camp révolutionnaire, sous Louis XVI.

Notons que, dans cette distinction droite/gauche, dont les lignes directrices durables se dessinent dès sa première manifestation publique, en janvier 1793, on peine à classer à droite, bien que l’historiographie s’en soit chargée, les différents mouvements qualifiés de fascistes, dont l’unique et éphémère exemple français est le mouvement créé par Marcel Bucard avant qu’il ne rejoigne la Résistance. Exception faite du mouvement franquiste qui, du coup, échappe à la dénomination de « fascisme », les mouvement fasciste italien et national-socialiste allemand comportaient en effet tous deux l’espoir de développer un homme et un monde nouveau, propre aux utopies qui appartiennent à l’histoire de la gauche. Il n’est donc pas étonnant que ces mouvements se soient développés dans des milieux populaires initialement conquis aux idées de gauche en Allemagne comme en Italie, pays où le fondateur de cette idée politique, Benito Mussolini, était lui-même issu de la gauche socialiste. Du coup, il semble logique que les partis collaborationnistes de jacques Doriot et Marcel Déat, en France, aient essentiellement trouvé leurs militants dans la gauche pacifiste et internationaliste française, comme l’a démontré l’historien Simon Epstein dans Un Paradoxe français.

Cette relative originalité de classement du fascisme, accompagnée, sinon en partie provoquée par le travail considérable mené dans les années d’entre-deux guerres, en France par le propagandiste du Komintern Willi Munzenberg, pose le cadre des prolégomènes de ce qui a conduit à la perte de repères qui caractérise aujourd’hui le paysage politique français.

1.2 Un clivage soumis à une perte de repères

Willi Munzenberg, qui prônait l’idée que la prise du pouvoir moral précède toujours la conquête du pouvoir réel, en disparaissant en 1940, n’aura pas eu le temps de voir le résultat du travail conséquent qu’il mit en œuvre dans les années trente auprès des milieux littéraires et artistiques français, pour les conduire au philo-communisme. Dans Le Passé d’une illusion, François Furet met en lumière l’empreinte laissée, dans l’après-guerre, par ce travail de propagande qui explique en partie le magistère moral exercé par la gauche la plus radicale à partir de 1945. Cette prééminence, acquise aux prix de quelques entorses à la vérité historique, notamment par l’occultation de la complicité du Parti Communiste français avec l’Allemagne, a été facilitée par trois facteurs conjoncturels. Tout d’abord la difficulté qu’eut De Gaulle à s’imposer auprès des premiers Résistants, et l’alliance intéressée qu’il nouât avec les communistes, en échange de l’oubli de leur trahison initiale ; ensuite la liquidation politique, par les lois d’épuration, d’une grande partie du personnel de droite dans les métiers du journalisme, de l’Éducation Nationale et de la magistrature ; enfin la très faible empreinte qu’ont laissé après-guerre les Résistants de la première heure qui, comme l’a démontré l’historien Simon Epstein, étaient quasiment tous issus de la droite radicale proche de l’Action Française. Ces derniers, quand ils ne disparurent pas au cours de la guerre, ayant mené la plus longue Résistance, intégrèrent la première armée à la libération et poursuivirent les combats en Italie, puis en Allemagne, avant d’enchainer sur la guerre d’Indochine, puis l’Algérie. Nombre d’entre eux, à l’instar de Pierre Sergent ou d’Hélie Denoix de St-Marc, s’engagèrent alors dans l’aventure du putsch de 1961 avant d’entrer dans la catégorie des réprouvés. Ainsi, ceux qui, au sein de la génération de la guerre, auraient eu le plus de légitimité à exercer un magistère moral à la Libération, furent-ils effacés par les circonstances historiques et par d’autres dont le comportement s’était montré bien moins exemplaire au cours de l’occupation.

La génération de 1968, qui a éclos dans ce contexte de lecture historique inversée, fut un accélérateur de la prise du pouvoir moral par une gauche qui, se construisant désormais dans une haine non dissimulée de ce que fut la France, acheva de complexer une droite qui n’osait plus exprimer le moindre attachement à son pays. Cette génération va donner toute sa mesure dans les années quatre-vingt. Il s’agit de l’époque où Bernard-Henri Lévy publie L’Idéologie française, ouvrage dans lequel il reprend sans retenue les thèses, pourtant contestées par l’ensemble des historiens spécialisés sur la période, de Zeev Sternhell, qui accuse la France d’être le foyer du national-socialisme allemand. C’est aussi l’époque où les travaux de l’historien Robert Paxton, pourtant entachés de nombreuses erreurs majeures démontrées par Marc Ferro, sont saluées par des titres de « Docteur honoris causa » et par plusieurs décorations, exclusivement décernées par des universités ou autorités françaises. Il est singulier de constater que cet historien, dont les travaux sont contestés par la plupart de ses confrères, dont Serge Klarsfeld et Alain Michel, en proposant un regard particulièrement hostile à la France et à son peuple sur la seconde guerre mondiale, n’ait trouvé à se faire décorer et gratifier d’honneurs que sur le territoire hexagonal.

Ces circonstances ont conduit la droite, dès la fin des années quatre-vingt, à se réfugier sur le seul terrain économique et à abandonner toute idée de droite dans les autres domaines. Ainsi Jacques Chirac, dès la cohabitation des années 86-88, abandonne-t-il les volets du programme, sur lequel la majorité RPR-UDF a été élue, qui portent sur les questions de la lutte contre l’immigration et sur les mesures de restriction d’accès à la nationalité française. Peu de temps avant, en 1984, la gauche, soumise à l’épreuve du pouvoir, abandonnait pour sa part le volet keynésien de son programme pour entrer sans retenue dans le libéralisme, en financiarisant la dette publique.

Cette conjonction d’une droite issue de la génération 68 qui se soumet au diktat moral de la gauche, et d’une gauche qui abandonne ses illusions économiques, accélérée par les effets de la mondialisation à partir de 89, avec l’effondrement du bloc soviétique, va entrainer une perte de repères politiques pour l’électorat français. Accomplissant la prophétie formulée par Christopher Lasch au début du siècle dernier, les dirigeants français, quel que soit leur parti, semblent de plus en plus éloignés de leurs électeurs respectifs auxquels ils tiennent des discours en contradiction avec une action publique qui ne semble plus se distinguer entre gouvernants de droite et de gauche.

Dans ce contexte, même les observateurs avisés de la vie politique française éprouvent la plus grande peine à s’y retrouver. Ainsi, Patrick Moynot, dans un article du Monde du 20 mars 2012, titré « La droite et la gauche expliquées à ma fille », tente-t-il de distinguer une droite selon lui « individualiste », qui ne concevrait la nation que comme une somme d’intérêts individuels, et une gauche sociétale qui n’entendrait pas l’idée que le bonheur individuel puisse s’affranchir de la nécessité de bâtir une société harmonieuse. Par ce constat, Patrick Moynot, qui ne peut ignorer que, de Charles Maurras ou Maurice Barrès à Hervé Juvin, les penseurs de droite cherchant à bâtir une société harmonieuse n’ont jamais manqué, semble donc parvenir au constat que les hommes politiques qui se disent de droite ne le sont pas vraiment, puisqu’il n’osent plus proposer un projet sociétal de droite.

Dans le même article, Patrick Moynot expliquait à sa fille que tous les hommes politiques, de droite comme de gauche, voulaient le bonheur des gens. Impératifs éditoriaux obligent, Patrick Moynot nuançait immédiatement en précisant que Marine Le Pen, elle, souhaitait le bonheur de « moins de gens » que les autres candidats. Cette nuance indique que Patrick Moynot ne semble pas avoir perçu le fait que le désamour qui sépare la classe politique de son électorat, exception faite, précisément, de la candidate qu’il met à l’index et des autres candidats qualifiés de « populistes », n’est pas unilatéral. En effet, au moment où la gauche française, en 84, se convertissait au libéralisme économique, une partie d’entre elle s’engageait dans un militantisme hostile et agressif à l’égard de l’image traditionnelle de l’homme du peuple enraciné. Ce sont les années de la création d’SOS-Racisme et de la sortie du film Un Train d’enfer de Roger Hanin, porté par un état d’esprit qui fut assez bien résumé par un éditorialiste de Tribune juive, le 11 janvier 85 : « Roger Hanin assure que, juif algérien, on lui a appris dès l’enfance à aimer les Arabes. Apparemment, on ne lui a pas appris à aimer les Français ». Cette époque est aussi celle de Cabu mettant à l’index son « Beauf », de Coluche parodiant un « Gérard » alcoolique et xénophobe ou des « Deschiens » ridiculisant l’image du Français provincial sur la chaine Canal Plus. Étant entendu, comme le souligne Paul Collier dans son ouvrage Exodus, que l’assimilation des populations étrangères nécessite que les autochtones soient les prosélytes de leur propre nation, le bilan de cette période a bien été résumé par Jean Baudrillard. Ce dernier, comparant SOS-Racisme à SOS-Baleines, dont le but est de sauver les baleines, se demandait si, finalement, le but implicite d’SOS-Racisme n’était pas de sauver le racisme.

Cette haine et ce mépris du peuple enraciné, qui ont précisément diffusé au moment où la gauche, tout en exerçant son magistère moral sur la droite, se convertissait au libéralisme économique, correspond parfaitement aux mécanismes de divorce entre les élites et les peuples que décrivait Christopher Lasch dans ses analyses prospectives des conséquences de la mondialisation et de ce qu’il qualifiait de « melting-pot » culturel à venir. L’épisode du qualificatif des « sans-dents » prêté au Président de la République sur les pauvres par son ex-compagne l’a récemment rappelé : contrairement à ce que pense Patrick Moynot, l’idée que les hommes politiques, à l’exception de ceux que l’on qualifie de « populistes », veuillent le bien des « gens » a cessé, à l’heure de la mondialisation, d’être une évidence aux yeux de leurs électeurs.

2/ La recomposition du paysage politique qui se dessine ne s’articulera sans doute pas autrement qu’autour d’un nouveau clivage gauche/droite

2.1 Une recomposition du paysage politique se dessine

Une étude de la fondation Jaurès-Ipsos d’août 2011 préfigurait un clivage gauche/droite en pleine mutation, en indiquant que seuls 17% de Français se classant à gauche et 14% de ceux qui se positionnent à droite considèrent ce clivage comme structurant. Peu de temps après, en octobre 2011, une étude Cevipof/Opinion Way précisait que 52% des Français ne se considéraient ni à gauche, ni à droite.

Dans ce contexte de perte de repères politiques où les électeurs ne voient plus de différence, entre droite et gauche, dans la mise en œuvre d’une action publique qu’ils jugent par ailleurs confisquée par des autorités européennes dépourvues de légitimité, et où se répand le sentiment que les débats sociétaux, tels que celui sur le mariage homosexuel, sont mis en avant pour maintenir un clivage politique artificiel, il n’est pas surprenant qu’émerge une nouvelle opposition qui affirme ne se classer ni à gauche, ni à droite.

L’émergence de cette nouvelle opposition, dont a tenté, avec un succès limité, de profiter le Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, a finalement largement contribué à l’explosion des scores électoraux du FN, malgré, ou sans doute plutôt grâce à, l’effort constant de diabolisation dont ce parti a été l’objet, de la part des médias. Le point d’orgue de cette diabolisation fut sans doute la campagne du second tour de l’élection présidentielle du mois d’avril 2002, où le matraquage médiatique avait pris une telle tournure qu’il était devenu impossible d’allumer un poste de télévision sans entendre un appel à voter contre le FN. Si le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) n’avait pas modifié en catastrophe les règles de répartition du temps d’antenne, estimant soudainement qu’appeler à voter contre un candidat n’avait pas valeur de soutien à son adversaire, l’absence d’équité de ce second tour de campagne électorale aurait pu l’entacher de nullité.

En arrivant en tête des élections européennes de mai 2014, le FN s’est durablement positionné comme premier parti politique de France. Du coup, les médias ont allégé la pression qu’ils exerçaient sur ce parti, moins du fait de la « dédiabolisation » mise en œuvre par sa présidente, Marine Le Pen, que du constat de l’inefficacité patente de la stratégie médiatique de diabolisation menée jusqu’alors. Cette dernière a en effet eu pour conséquence de renforcer, chez les électeurs, le sentiment de l’existence d’un « système » mêlant pêle-mêle les médias et les partis de gouvernement, gauche et droite confondus. Cette stratégie a donc légitimé Marine Le Pen dans la posture de seule candidate anti-système, donc seule opposition et seule réelle candidate présentant un programme d’alternance politique.

Dans ces circonstances, avec une gauche et une droite présentant des programmes politiques qui peinent à se distinguer et dont les candidats vont parfois jusqu’à se désister en s’apportant mutuellement leur soutien face à un FN devenu premier parti de France et se proclamant « ni de droite, ni de gauche », la pertinence du clivage gauche/droite semble durablement remise en cause par la recomposition politique qui se dessine.

2.2 Vers l’émergence d’un nouveau clivage gauche/droite

Dans un article du Nouvel Observateur du mois de mars 2012, intitulé « Le Clivage gauche/droite en pleine mutation », Philippe Chriqui, paraphrasant Antonio Gramsci, précisait qu' »un monde hésite à naître ». Certains seraient tentés de compléter ses propos en paraphrasant Charles Maurras, « tandis que les élus ne pensent qu’à être réélus », tant l’incapacité de la classe politique traditionnelle à faire face à cette recomposition semble en précipiter les effets.

Cette dernière, poursuivant un jeu d’alternance qu’Alain-Gérard Slama et Emmanuel Terray, dans leur dialogue du 5 mai 2012, résumaient par la formule selon laquelle la gauche prenait des risques, tandis que la droite rétablissait l’équilibre des normes, ne se rend pas compte qu’aux yeux de ses électeurs, elle ressemble de plus en plus à la caricature qu’esquissait Gilbert Keith Chesterton, au début du XXème siècle : « Le monde s’est divisé entre Conservateurs et Progressistes. L’affaire des Progressistes est de continuer à commettre des erreurs. L’affaire des Conservateurs est d’éviter que les erreurs ne soient corrigées. »

Dans ce contexte, il convient toutefois de relativiser l’idée d’une disparition du clivage gauche/droite. En effet, le FN, force d’opposition politique montante, bien que se qualifiant comme n’étant ni de gauche, ni de droite, possède toutes les caractéristiques originelles d’une formation politique de droite. En effet, il puise toutes ses références dans un passé enraciné et dans un héritage politique dans lequel il n’hésite pas à intégrer la contribution gaulliste. Par ailleurs, il s’oppose aux idées qui se veulent progressistes ou modernes, de la mondialisation aux théories « trans-genres », en passant par la construction européenne. La question de la défense des catégories populaires, que Philippe Chriqui définirait sous le terme péjoratif de « populisme », mais qui peut aussi être abordée sous un angle mélioratif, peut paraître atypique, pour un parti de droite. toutefois, il convient de ne pas oublier que ce marqueur ne se trouve pas dans l’ADN de la gauche française, celle de révolutionnaires issus du milieu des notables citadins cassant le système social des corporations par les lois Le Chapelier. Comme l’explique Jean-Claude Michéa dans Les Mystères de la gauche, on peut même considérer que le rattachement à gauche du socialisme des origines, soucieux de la défense des intérêts des catégories populaires, n’est qu’un accident de parcours provoqué par le compromis noué après l’affaire Dreyfus. En effet, si l’on considère le cas des cercles Proudhon, à la fin du XIXème siècle, le positionnement à gauche des premiers mouvements socialistes semble d’autant moins couru d’avance que les œuvres de charité et le paternalisme social restaient encore l’apanage de milieux de droite, légitimistes et bonapartistes.

En tenant compte des positions prises par le FN depuis son émergence sur la scène politique française, au début des années quatre-vingt, on peut même penser que ce parti, à l’origine qualifié de « reaganien », est sans doute le seul parti politique français à avoir tenu une position qui puisse être réellement qualifiée de droite, en présentant des changements de posture cohérents avec l’idée de défense de la souveraineté nationale, au moment de la chute du bloc soviétique. D’ailleurs, le programme politique d’un parti tel que le Rassemblement Pour la République (RPR) était, dans les années quatre-vingt, très proche de celui du FN, avant que le RPR ne se rallier à l’idée de Maastricht en abandonnant sa ligne souverainiste.

A l’opposé, les partis de gouvernement, qu’il s’agisse du Parti Socialiste (PS) ou de l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP) se sont rejoints sur une pratique politique intégrant l’idée de mondialisation, de libéralisme économique et d’utopie de construction d’un État supranational européen. Aucune de ces idées, qui peuvent toutes êtres qualifiées de novatrices, sinon de progressistes ou de course à l’utopie, voire de fuite en avant, n’est en contradiction avec l’ADN de la gauche française. Potentiel candidat de l’UMP aux prochaines élections présidentielles, Alain Juppé a même donné des gages, dans une interview donnée au journal Les Inrocks, aux partisans des théories « trans-genre » en affichant des positions complaisantes sur les questions de la Gestation Pour Autrui (GPA). Ainsi se dessine, progressivement, la recomposition d’une droite qui prend forme autour du FN, et d’une gauche qui agrègera sans doute les débris de l’UMP et du PS.

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Le clivage droite/gauche conserve donc tout son sens originel, en prenant progressivement la forme d’une nouvelle répartition FN/UMPS. La crise que traverse la classe politique traditionnelle reste simplement révélatrice du fossé qui s’est creusé entre les discours prononcés, qu’ils se prétendent de droite ou de gauche, et une pratique politique devenue commune aux partis qui se partagent le pouvoir en alternance.

Les choix stratégiques, qu’ils soient économiques, sociaux, sociétaux ou internationaux, qui ont été réalisés dans ce contexte conduisant inéluctablement la France dans une impasse majeure, il ne fait guère de doute que la crise politique qui se dessine conduira, par une large sanction du suffrage universel dont le mouvement a commencé, à un renouvellement complet du personnel politique conduit à gouverner.

Déjà 4 remarques sur cet article

  1. Garnier dit :

    Dans l’imaginaire populaire français, un mouvement qui défend les classes populaires, leurs cultures et la souveraineté du pays, qui plus est, propose des solutions étatistes, est un mouvement de gauche!
    Le PS Rejoint l’UMP dans une droite marqué par le capitalisme de connivence et le libéralisme sociétal mondialiste! J’ai faux ?

  2. Jpb dit :

    Globalement depuis 30 ans UMP et PS pratiquent la même politique européiste, mondialiste, immigrationniste…..même si le Ps fait figure de tartignole, d’où leur étiquette d’UMPS.
    La seule opposition à cette politique est clairement le FN .

  3. […] future bourgmestre grâce à la N-VA Selection de la rédaction à lire sur 24heuresactu.com var dd_offset_from_content = 40;var dd_top_offset_from_content = 0;var […]

  4. Eddy K dit :

    Waoh, 24heures ne nous avait pas habitué à une analyse aussi longue et fouillée ! Merci.

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