Cheyenne-Marie Carron : nulle n’est prophétesse en sa patrie

Rédigé par Philippe Lesage le 10 décembre 2015.

Boudée par le CNC qui lui refuse les aides publiques, alors qu’elle est une réalisatrice montante du cinéma français, Cheyenne-Marie Carron grandit à l’international. En effet, son film phare «l’Apôtre» sera projeté au cinquième «Transatlantik Festival» de Poznan (Pologne) organisé par Jan Kaczmarek, le célèbre compositeur de musiques de films, oscarisé en 2004.

Sorti en 2014, «L’Apôtre» est tranquillement révolutionnaire. Car mine de rien, ce film renouvelle le cinéma d’auteur en inversant son paradigme. En effet, dans le cinéma de Cheyenne-Marie Carron, la vérité prime sur l’effet, l’analyse prime sur l’histoire, et pourtant, les arguments mis en bataille structurent les scènes et construisent l’histoire ; les effets visuels et sonores sont implantés pour ponctuer et souligner l’idée, mais jamais pour eux-mêmes : du grand art qui trouve sa source dans la maturation intellectuelle qui précède l’écriture et la réalisation.

La projection du film de Cheyenne-Marie Carron au festival de Poznan ne doit donc rien au hasard. A côté de cela, le Centre National du Cinéma et de l’image animée (CNC) reste prisonnier de sa caste d’influence. Le CNC a beau présenter sa «politique publique ambitieuse», sa «manière la plus astucieuse de faire», et «la plus économe pour les finances publiques», il continue d’ignorer les jeunes talents qui ne pourront faire autrement que de grandir hors de France, puisque l’affairisme boursicoteur et partisan du CNC les rejette.

Inspirée par une expérience personnelle de l’auteur, l’histoire d’Akim, ce jeune musulman qui se destine à devenir imam et se convertit au christianisme, prend le contre-pied de tous les schémas sociaux implicites qui prévalent dans la société française, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Islam, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du christianisme, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la laïcité.

Le prêtre catholique du film n’en est pas le héros, l’assassin musulman autour duquel le drame se noue n’en est pas le coupable. Car le combat spirituel d’Akim est le fil conducteur du film, le support de l’intrigue, le sujet de la progression rationnelle d’une analyse approfondie. Comment un musulman ancré dans sa propre culture peut-il s’engager dans un chemin de conversion au christianisme, sans pour autant renier sa famille, ni se renier lui-même ? Singulière expérience !

Pourtant le CNC prétend «venir au soutien des auteurs et des artistes les plus singuliers». Il y a dans le refus du CNC de financer les œuvres de Cheyenne-Marie Carron quelque chose d’incompréhensible, autrement que par une pratique endogame des prébendes, en contradiction flagrante avec sa vitrine.

Le film L’apôtre a obtenu le prix spécial de la fondation Capax Dei au festival Mirabile Dictu 2014, et son acteur principal, Fayçal Safi est nommé parmi les Révélations masculines lors de la 40e cérémonie des César. En Argentine, les directeurs du Silvia G. Romero et Fabián Sancho, directeurs du festival Cine Inusual de Buenos Aires envisagent également la projection de «L’Apôtre». Longue vie à «L’Apôtre».

Déjà 2 remarques sur cet article

  1. Muriel dit :

    Hé oui….. toute la bienpensance lèche babouches politico médiatique ne peut accepter pareil sujet !

    Bravo à Cheyenne !

  2. daniel pilotte dit :

    Article passionnant qui met dans L’EMBARRAS la bien PENSANTE

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