Fin des sacs plastique, chronique d’une fausse bonne idée

Rédigé par notre équipe le 08 janvier 2016.

Bientôt la fin des sacs plastique ? L’idée fait globalement consensus, ces sacs n’occupant pas une place de choix dans l’imaginaire collectif. Pourtant, si l’on n’a pas tort de les estimer responsables d’une certaine forme de pollution, on se trompe en s’imaginant que leurs remplaçants désignés, les sacs en papiers, sont quant à eux exempts de tout reproche. En s’attaquant à cet épouvantail des temps modernes, le gouvernement sombre encore un peu plus dans la démagogie, et prouve qu’il se moque des résultats, les yeux rivés sur les courbes de sondages.

Ségolène Royal l’avait annoncé dès le mois de septembre : « A partir du 1er janvier 2016, il n’y aura plus aux caisses de sacs plastiques à usage unique, qui portent gravement atteinte aux écosystèmes de l’eau et des océans ». Quelques jours plus tard, le vendredi 10 octobre, l’Assemblée nationale votait en effet l’interdiction des sacs plastiques à usage unique dans le cadre du projet de loi sur la transition énergétique. Ces sacs de caisse devront ainsi disparaître avant le 28 mars 2016 au profit des sacs réutilisables, plus épais, tandis que les sacs « fruits et légumes » à usage unique devront disparaître au 1er janvier 2017.

La ministre de l’Ecologie souhaite que la consommation de sacs plastiques baisse dans l’Hexagone. Noble dessein en apparence, qui s’inscrit dans le prolongement d’une politique entamée il y a de nombreuses années déjà. Le nombre de sacs en plastique distribués aux caisses des grandes surfaces alimentaires est ainsi passé de 10,5 milliards en 2002 à 700 millions en 2011.

La France n’est pas le seul pays à souhaiter se débarrasser de ces nuisibles. L’Irlande, l’Australie et la Californie ont récemment décidé de faire payer les consommateurs utilisant des sacs plastiques. Depuis, leur utilisation a baissé de 75 % à 90 % dans ces régions, généralement au profit des sacs en papier, dont la consommation a été multipliée par cinq, notamment en Californie. Le problème, comme le signale une étude de l’Agence britannique pour l’Environnement, c’est qu’un sac en papier a une durée de vie plus courte que celui en plastique à usage unique. Moins résistant, moins étanche et moins souple, le sac en papier va généralement à la poubelle tout de suite après le premier usage.

Un paramètre d’autant plus dommageable que l’écobilan d’un sac en papier n’a rien de glorieux. D’une part, il est peu compactable (en termes de volume, il est 15 fois plus important que le sac en plastique), ce qui implique plus de camions et de fret pour le transporter, soit plus de pollution et des coûts plus élevés. Le sac plastique nécessite en outre des millions de litres d’eau pour être recyclé, alors qu’il existe déjà des solutions pour valoriser les déchets plastiques. Par ailleurs, afin de remplacer le sac plastique il faudra sans doute avoir recours à une importation massive de sacs en papier, dont le coût est en moyenne deux fois plus important que celui du sac en plastique. Or, on peut facilement imaginer que les commerçants reporteront ce surcoût sur les clients.

En réalité, toutes les alternatives aux sacs plastiques posent des problèmes non négligeables sur le plan environnemental. Les sacs en papier, en polyéthylène basse densité (tels nos sacs poubelles classiques), en polypropylène non tissé ou en coton « devraient être réutilisés respectivement 3, 4, 11 et 131 fois pour assurer que leur impact potentiel sur le réchauffement climatique est moindre que celui des sacs plastiques non réutilisés », signale l’Agence britannique pour l’Environnement. Mme Royal a-t-elle pris en compte ces informations avant de proposer la suppression du sac plastique ? Rien n’est moins sûr. Il faudra pourtant qu’elle finisse par s’en inquiéter : une pétition dénonçant l’écologie punitive (et stérile) qu’elle met en œuvre circule sur le net, et elle récolte chaque jour plus de signatures.

Pourtant, si elle s’était donné la peine de se renseigner, elle aurait probablement découvert que la filière du bio-plastique se développe et qu’elle n’attend que le soutien des pouvoirs publics pour le faire davantage. Issus de matières premières d’origine agricole, les bio-plastiques sont désormais biodégradables et concourent à limiter l’effet de serre. Eco-conçus, ces sacs sont plus facilement recyclables et leur conception tient compte de tout le cycle de vie du produit, depuis l’extraction de matières premières jusqu’à leur élimination en fin de vie.

Au lieu de continuer à faire de l’écologie punitive, inefficace et injuste, Ségolène Royal ferait mieux de se renseigner sur le véritable impact environnemental des soi-disant alternatives aux sacs en plastique. Les mesures les plus populaires ne sont pas forcément les plus efficaces.

Déjà 3 remarques sur cet article

  1. zelectron dit :

    . . . d’autant plus qu’il y a d’excellents papiers imprégnés de plastiques . . .

  2. Bluesun dit :

    Ségolène, idem que son ex, elle avance en tout, puis recule en tout.
    Effectivement si le travail était fait en amont, il y aurait moins d’âneries de faites, et de propositions poubelles.

    Bizarre aussi l’être humain, c’est la seule créature qui va couper des arbres pour faire du papier, puis écrire dessus « sauvez les arbres »…

    Un changement de gouvernement, serait sauveur d’âmes.

    180 millions de coût de la COP21 ?
    Pour un pays mené dans la zone rouge, pour pas grand résultat, ça revient cher aux « sans dents ».

  3. toto dit :

    A force de critiquer à tout va, on en perd le sens. Au delà du problème de la production des sacs, le vrai souci c’est la dispersion des sacs plastics. Si ils finissaient toujours dans les incinérateurs, ils ne poseraient pas autant de problèmes. Je ne sais pas si vous avez remarqué, on en trouve partout dans la nature. Ils finissent dans les océans et vont élargir le continent plastic. En Afrique, c’est un drame.
    De plus ils sont parfois ingurgités par des oiseaux marins.
    Avant de donner des leçons d’écologie, il faudrait réfléchir un peu.

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