David Cronenberg : l’existentialisme au cinéma

Rédigé par Louis Blase le 05 février 2016.

Director DAVID CRONENBERG of the film 'Spider' during the Toronto International Film Festival.

Le cinéma de David Cronenberg est loin d’être banal. Certains diront «déstructurant», mais en réalité éminemment structuré. D’autres diront «tourmenté» sans trop se tromper, s’ils se réfèrent aux références philosophiques du scénariste-réalisateur : l’existentialisme de Sartre et de Beauvoir. Pourtant, parvenu à 72 ans l’homme semble avoir dépassé sa propre angoisse existentielle alors qu’il publie son premier roman : «Consumés».

Les scénarios de David Cronenberg sont souvent des histoires de couples au sein desquels les vertus et les perversités assumées de l’homme et de la femme conditionnent le climat changeant des relations intimes. «Consumés» n’échappe pas à cette ligne narrative, tramée sur la confusion anxiogène entre le réel et le virtuel, entre le réel détestable et le virtuel excusable, pour finalement amener le lecteur à brouiller sa vision du bien du mal, si tant est que le bien et le mal ne fussent pas qu’une hypothétique convention sociale. Une mise en abyme du lecteur donc, qui sollicite sa maturité et son recul pour ne pas sombrer dans l’angoisse avec Naomi Seberg et Nathan Math, les deux personnages principaux du roman.

Ainsi, le genre «fantastique» est celui qui s’adapte le mieux aux quasi-recherches psychanalytiques du cinéaste canadien, depuis son premier long métrage «Stereo», 1969, un film télépathique, jusqu’au dernier en date «Maps to the stars», 2014, un thriller psychothérapeutique dont l’action se situe au cœur même de l’usine à rêve, Hollywood. Si les films de David Cronenberg naviguent entre l’horreur et la science-fiction, tous ont un point commun : la volonté de libérer les pulsions animales profondes de l’homme, habillées en surface par une rationalité d’apparence ou fragile.

En effet, dans «Existenz», 1999, une superposition de «jeux vidéos dans le jeu vidéo» conduit implacablement le spectateur à une fin ouverte : «sommes nous toujours dans le jeu ou non ?», «les personnages du film sont-ils réels ou virtuels ?». Une manière un peu machiavélique, mais très efficace de poser les questions existentielles, en laissant au spectateur le soin d’y apporter ses propres réponses.

D’aucuns pourront reprocher à David Cronenberg sa vision pessimiste ou dégradée de l’être humain, son univers morbide et déjanté jusqu’à l’aliénation de la spiritualité qui sommeille en tout homme, mais en revanche personne ne pourra lui contester son imagination fertile et créatrice, ni sa grande maîtrise technique de la mise en scène où l’ultra-violence teintée d’hémoglobine côtoie les constructions et les références intellectuelles les plus savantes. On aime ou on déteste, mais on ne reste jamais indifférent.

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