Tabac : double peine exorbitante pour les buralistes

Rédigé par notre équipe le 06 avril 2016.

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a de nouveau défrayé la chronique en affirmant sa volonté de procéder à une nouvelle augmentation du prix du paquet de cigarettes. A quelques semaines de l’arrivée des premiers paquets neutres sur les présentoirs, la nouvelle mesure, répressive, vise non seulement les fumeurs mais également les buralistes, au premier rang desquels les frontaliers. 

Alors que le paquet neutre n’est pas encore entré en vigueur en France – et que la grogne n’a pas cessé –, Marisol Touraine persiste et signe dans l’erreur en annonçant vouloir un paquet de cigarettes à 10 euros « le plus vite possible ». Sourde aux plaintes des buralistes, vent debout contre cette réforme, des sénateurs (dont le rejet de la mesure est sans appel : 228 voix contre 16) et aux avertissements de la communauté scientifique, qui a très largement considéré que le paquet neutre était tout au plus un pansement sur une jambe de bois, elle compte désormais donner tort aux économistes, qui annoncent un ensemble de répercussions négatives si le prix du paquet est augmenté. Ses déclarations ont en tout cas de quoi surprendre lorsqu’on connait les conséquences néfastes des hausses brutales et répétées du prix du tabac à l’étranger – la dernière hausse dans l’Hexagone date de deux ans.

Il est d’ailleurs rassurant de voir à quel point les tenants de cette politique de santé publique répressive allient le courage à la sévérité : Ségolène Neuville, secrétaire d’État chargé des Personnes handicapées et de la Lutte contre les exclusions, a dû répondre à la place de la ministre à une question au gouvernement, à l’Assemblée nationale, le mercredi 23 mars dernier. Le député LR du Haut-Rhin, Jean-Luc Reitzer, rappelait ses contradictions au gouvernement, alors qu’il avait initialement écarté l’idée d’une augmentation du prix du tabac : « Non seulement ces propos ne respectent pas les engagements du président de la République vis-à-vis de la profession mais ils sont également en contradiction avec les affirmations de M. Michel Sapin, ministre des finances. » Mme Ségolène Neuville a préféré répondre à côté. Débat clos.

Augmentation du prix ne signifie pas diminution du nombre de fumeurs

La ministre fait donc l’autruche, tout comme elle l’avait fait pour le paquet neutre : 74 % des Français étaient sceptiques quant à l’efficacité du paquet de cigarettes neutre d’après un sondage réalisé par l’institut spécialisé Harris Interactive en juin dernier, ce qui ne l’a pas empêchée de prendre la mesure. Et si la conversation autour de la politique du gouvernement quant au tabac est artificielle, les conséquences de cette ligne « dure », elles, sont bien réelles. La première conséquence est que cette augmentation du prix pénaliserait gravement les buralistes français. En 2013, 722 bureaux de tabac ont déjà dû mettre la clé sous la porte faute de ventes suffisantes – soit une perte nette de 2 000 emplois. Avec des pays voisins comme la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et l’Andorre, où le prix du paquet est jusqu’à deux fois moins cher, comment s’en étonner ?

Le paquet à dix euros fait d’autant plus polémique que ses effets bénéfiques sont très hypothétiques : l’expérience montre que l’augmentation des prix ne baisse pas le nombre de cigarettes fumées. Des études menées dans plusieurs endroits du monde (Australie, Etats-Unis, Canada…) affichent des résultats similaires : les hausses de la taxe sur le tabac sont efficaces jusqu’à un certain point. Au Québec, par exemple, une étude de l’Institut économique de Montréal publiée en 2014 explique qu’ « au-delà de 15 $ de taxes par cartouche, il se produit généralement un décrochage entre le montant de la taxe et les recettes générées. » Lorsque le tabac devient trop coûteux, les consommateurs se tournent vers d’autres sources d’approvisionnements moins coûteuses. Au Canada comme en Australie, la hausse des taxes sur le tabac a en revanche entraîné une explosion du commerce parallèle. Et ce qui est vrai là-bas le sera d’autant plus en Europe, où la libre circulation des marchandises et la disparité des prix des paquets de cigarettes entre les pays constitue un terreau idéal pour les abus dont seront principalement victimes les quelque 26 000 buralistes français – soit un écosystème de près de 100 000 emplois.

En Australie – un pays en principe peu vulnérable à ces phénomènes du fait de son isolement –, la mise en place du paquet neutre et l’augmentation des prix (14,5 euros en moyenne pour un paquet) ont contribué au développement du marché parallèle, qui représente aujourd’hui 15 % de la consommation totale. Cela représente près d’un milliard d’euros de recettes fiscales en moins pour l’État. En France, du fait de l’espace Schengen, tous les spécialistes s’accordent à dire que le phénomène sera largement plus important. Rappelons que le marché parallèle représentait déjà 25,2 % des ventes en 2013, soit avant la dernière hausse.

Dans d’autres domaines, où les produits font l’objet d’une taxe spécifique – produits gras, sodas, alcool, jeux de hasard –, les augmentations de prix se sont également avérées inefficaces. Ainsi au Danemark, en 2011, les produits alimentaires contenant plus de 2,3 % de gras saturés ont fait l’objet d’une nouvelle taxe. Résultat ? « Les Danois se sont tournés vers des marques moins chères ou sont allés faire leur épicerie à l’étranger, notamment en Allemagne, où les prix étaient environ 20 % moins chers », nous apprend l’étude québécoise. Il serait bien naïf de croire que le Français ne ferait pas la même chose. À la frontière espagnole, certains gérants de bureaux de tabac affirment ainsi avoir une clientèle à plus de 90 % française. Si le paquet de cigarettes venait à atteindre dix euros en France, il serait plus rentable de parcourir jusqu’à 400 km pour aller acheter deux cartouches de cigarettes en Andorre, d’après des données de l’INSEE. Un chiffre qui fait réfléchir. Sauf peut-être le gouvernement.

Déjà 3 remarques sur cet article

  1. PhilZ dit :

    les Cmus auront-ils encore des bons cigarettes ?
    Comment se comporte l’état vis à vis de ce type de population?

  2. toto dit :

    A lire cette article, c’est à se demander pourquoi les fabricants de cigarette combattent avec acharnement cette loi et dépensent des millions en lobbying !
    Encore un article de quelqu’un qui cherche à faire croire qu’il est plus malin que les autres.

  3. Daniel Pilotte dit :

    Une fois de plus la dictature gauchiste met à mal nos commerçants de quartiers en l’occurrence cette fois ci les buralistes à qui le tour prochainement ???

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