2016 : annus horribilis pour l’agriculture française, et après ?

Rédigé par Notre équipe le 06 janvier 2017.

Nombre d’agriculteurs ont dû être soulagés le 31 décembre au soir, lorsque cette année horrible s’est achevée. Qualifiée d’« année noire » par les chambres d’agriculture, 2016 aura vu le revenu agricole moyen d’un exploitant français chuter de 26 % selon les plus récentes estimations de l’Insee. Le constat (d’échec) est sans appel. Que faire pour ne pas tirer le même dans un an ? Et si, pour une fois, on écoutait les premiers concernés : les agriculteurs ?

4 éleveurs sur 10 enregistrent un revenu négatif

Les agriculteurs, qui n’ont pas attendu les prévisions officielles pour manifester leurs inquiétudes et interpeller les pouvoirs publics, savent que les chiffres ne pourront qu’être affligeants. Selon le ministère de l’Agriculture, 10 % des exploitations sont « en situation d’extrême urgence ». Une météo capricieuse, la surproduction mondiale, la baisse des prix et le retour de la grippe aviaire auront définitivement assombri les résultats du secteur.

Selon la profession, près de quatre éleveurs sur dix enregistrent un revenu négatif et le résultat d’exploitation aurait globalement reculé de 41 % en 2016. La situation est particulièrement grave dans la filière du lait. Le revenu annuel imposable des éleveurs laitiers est passé de 14 500 à 2 500 euros en moyenne. Les céréaliers doivent de leur côté faire face à une moisson catastrophique qui ne fait pourtant pas augmenter les prix, la récolte mondiale étant une fois de plus très abondante. Les éleveurs bovins dénoncent quant à eux un tarif de carcasse non rémunérateur et l’arrivée massive sur le marché de vaches laitières envoyées à l’abattoir pour tenter de réduire le flux de lait.

L’effondrement des prix de vente concerne pratiquement toutes les filières. Les céréaliers ont vu leurs prix chuter de 9,2 %, tandis que le prix du lait baisse de 7 % et celui de la viande de 3,9 %. Si le prix du vin affiche une hausse de 2,8 %, le volume de production est quant à lui en baisse, ce qui, les chiffres tombés, devrait faire de 2016 une année également mauvaise pour la viticulture. L’Insee estime que la valeur de la production globale en France devrait atteindre 69 milliards d’euros en 2016, soit un recul de 6,9 % par rapport à l’année précédente.

Redonner un avenir (et une voix) aux paysans de France

Rien ne va plus pour les agriculteurs. Pourtant, de nombreuses pistes pour se sortir de l’ornière restent à explorer. Profitant de la campagne présidentielle qui s’ouvre, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) a proposé, le 13 décembre dernier, 13 mesures à mettre en œuvre dans les 200 jours suivant l’élection pour « donner un avenir aux paysans en France ».

La Fédération propose notamment de lancer un plan quinquennal d’investissement d’un montant de 6 milliards d’euros dans le but d’« assurer la compétitivité et la durabilité du secteur agricole ». Elle propose également de mettre en place la TVA sociale afin de supprimer les cotisations famille et maladie des agriculteurs, baisser le coût du travail salarié des exploitations par une augmentation du Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), simplifier les normes administratives et environnementales et remplacer le principe de précaution par un principe d’« innovation ». Pour la FNSEA en effet, si l’introduction d’OGM présentait davantage de promesses que de risques, les avantages espérés devraient pouvoir l’emporter sur le principe de précaution.

Dans la même logique, les agriculteurs souhaitent que soit définitivement enterrée la polémique sur le glyphosate. Ce désherbant bénéficie d’une extension d’autorisation jusqu’à la fin de l’année 2017, date à laquelle la Commission européenne devra statuer sur l’autorisation de la substance en Europe. Utilisé depuis des décennies, devenu indispensable, le glyphosate « ne pose vraisemblablement pas de risque cancérogène pour l’Homme par l’exposition par l’alimentation », selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), réunies en mai 2016.

Las, le désherbant continue pourtant de pâtir d’une réputation sulfureuse, après que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence dépendant de… l’OMS, l’a classé dans la catégorie 2A, le considérant « cancérogène probable ». Si le sérieux du CIRC a souvent été remis en cause, l’agence ayant par exemple déclaré le café cancérogène avant de se rétracter, le mal était fait : une partie de l’opinion et, partant, de notre classe politique ne désarme pas, demandant, envers et contre tout, l’interdiction pure et simple du désherbant.

Pour Eric Thirouin, président de la Commission environnement de la FNSEA, le glyphosate est « un produit irremplaçable, dont l’impact sur les rendements et la qualité des récoltes est inestimable. S’il était interdit du jour au lendemain, ce serait une catastrophe pour une grande partie de la profession ». La polémique illustre assez bien le peu de cas que l’on fait de l’avis des agriculteurs, soumis à une multiplication des normes et des réglementations qui complexifient leur travail.

En effet, la Coordination rurale estime que les normes environnementales peuvent se révéler contre-productives si elles coûtent trop cher et surtout si elles s’appliquent uniquement en France. Et la FNSEA souhaite pour sa part que le législateur français n’aille pas au-delà de ce que l’UE lui demande. « Notre agriculture a de nombreux atouts et notre gastronomie est unanimement reconnue dans le monde entier, redonnons lui la place qu’elle mérite », plaidait récemment Xavier Beulin, président de la FNSEA. Pas une mince affaire.

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