Protectionnisme : Trump a-t-il déjà remporté la partie ?

Rédigé par notre équipe le 09 janvier 2017.

Un fou. Un taré. Un idiot au programme sans queue ni tête. Tout a été dit sur Donald Trump avant même sa prise de fonction le 20 janvier 2017. Ses propositions iconoclastes ont joyeusement été épinglées par tous les politiciens et économistes affirmant que rien n’était sérieux et ne pouvait être mis en œuvre. A moins que… ? Les récentes décisions de constructeurs automobiles de rapatrier leur production aux Etats-Unis prouveraient que taper du poing sur la table fonctionne toujours.

 

Les politiques n’ont plus de pouvoir. Ils ne sont plus que des pantins de forces économiques obscures. La finance ! Voilà le vrai pouvoir et l’ex-ennemi du hollandisme triomphant ! Depuis quarante ans, les hommes politiques dénoncent leur impuissance face aux multinationales et expliquent leurs échecs par les règles du marché qui ont supplanté celles de la politique. A l’heure où certaines entreprises sont plus riches que des dizaines d’Etats, comment imposer sa loi à plus fort que soi ?

Impossible régulation dont le héraut en France prend les traits d’Arnaud Montebourg. Avec un tel représentant, les raisons de douter d’un protectionnisme intelligent déboulent à grandes enjambées. Le made in France survivra-t-il à la primaire socialiste ? La chose est loin d’être certaine, mais l’espoir est plus que jamais de mise pour les adeptes des incantations montebourgiennes. Outre-Atlantique, les incantations se muent rapidement en réalité après les attaques cinglantes de Donald Trump contre l’industrie automobile. Utilisant Tweeter pour annoncer le cap et se payer le scalp de ses cibles, le président élu a mis l’accent sur l’industrie automobile américaine et les nouvelles règles qui réguleront le secteur.

 

Des tweets plus forts que les multinationales

 

Alors que les médias se complaisent à répéter que l’équipe Trump a dû mal à attirer des noms ronflants pour la cérémonie d’investiture du nouveau président le 20 janvier prochain, la politique annoncée est déjà en marche avec un début de relocalisation d’emplois industriels aux Etats-Unis. Élu par une Amérique blanche et déclassée – celle que les médias abhorrent – Donald Trump met déjà en branle son programme à coups de tweets menaçants. Pour redonner du travail à un pays où les emplois industriels se volatilisent avec perte et fracas, l’idée de taxer fortement les produits importés a été présentée comme la solution miracle. Première cible hautement symbolique dans le viseur : l’industrie automobile.

Dévasté par la crise économique débutée en 2008, le secteur automobile américain a été sauvé par Obama grâce aux milliards de la planche à billets. Le patient est encore en vie, mais a perdu beaucoup de sang avec de nombreuses fermetures de sites. Il est plus rentable de produire des véhicules au Mexique puis de les importer aux Etats-Unis que de tout faire sur le sol américain. Sauf que Trump a annoncé la mise en place prochaine d’une taxe à hauteur de 35 % pour tout véhicule sorti des chaînes de montage mexicaines et vendu sur le territoire américain. Une taxe aussi élevée rend caduc les marges supplémentaires dégagées grâce à une main d’œuvre corvéable à merci et pas chère.

C’est du bluff ! Il ne le fera pas et ne pourra même pas le faire quand bien même il le voudrait vraiment ! Une fois encore, les anti-Trump ont hurlé dans leur mégaphone pour faire comprendre à tous ceux qui les écoutent encore que le programme économique de Trump ne pourra pas voir le jour. Et encore une fois, les plus noires prophéties se prennent le mur de la réalité en pleine face. Après quelques messages sur Twitter du président élu, les principaux constructeurs automobiles comment à infléchir leur politique. Ford a été le premier à annoncer l’annulation de l’implantation d’une nouvelle usine sur le sol mexicain permettant ainsi la création de 700 emplois dans le Michigan.

Rebelote il y a quelques heures avec la décision de Fiat Chrysler d’investir un milliard de dollars d’ici à 2020 pour produire dans l’Ohio et le Michigan un pickup jusque-là assemblé au Mexique. Au total ce sont 2 000 nouveaux emplois à la clé. La peur aurait-elle changé de camp ? Est-il toujours impossible d’imposer ses choix économiques à des entreprises considérées comme intouchables ? La réponse est aujourd’hui évidente. En tapant au portefeuille, les acteurs économiques deviennent tout de suite plus souples et « patriotes ». D’autres constructeurs américains et étrangers s’apprêtent à prendre des mesures pour ne pas tomber en disgrâce auprès de celui qui était jusque-là considéré comme un amuseur de foire.

Le protectionnisme est donc possible. Un protectionnisme intelligent qui permet de préserver des emplois et d’en recréer des milliers d’autres. Tous les Cassandres le jugeaient impossibles car l’Alena – l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada – corsetait la politique économique et empêchait l’adoption de taxes unilatérales. Tous les Cassandres ont eu faux. L’Alena va immanquablement changer de visage ou disparaître et les emplois américains sauvegardés. L’automobile n’est que la première étape d’une vaste politique qui ne va pas faire que des heureux mais qui aura au moins le mérite de recréer de la richesse aux Etats-Unis et rendre leur dignité à des millions de déclassés.

La même chose est-elle possible en France et en Europe ? Dans l’Hexagone, Montebourg a déjà prouvé qu’il maîtrisait le verbe, mais se faisait allègrement marcher dessus par les grands patrons d’industrie et même par son Flamby de président. En outre, il est pour un accommodement avec l’Union européenne et non pas une refonte profonde du système. Ainsi, le protectionnisme est mort-né car pour instaurer une taxe significative à ses voisins dans et hors de l’UE, la France devrait obtenir l’accord de tous les autres membres de l’Union. Une chimère doublée d’un regret car le monde sait désormais que même des messages forts postés sur Twitter peuvent faire plier de grandes entreprises. La leçon sera appliquée aux Etats-Unis. Pas chez nous.

Déjà 2 remarques sur cet article

  1. Gérard dit :

    Il me plaît de plus en plus ce Trump. Pouvons-nous avoir la même chose en France ? Oui, sans doute : mais il faudra voter Marine …

  2. Muriel dit :

    Pas un hasard si Marine Le Pen était l’une des rares en France à soutenir Trump….

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