Conflits en Côte d’Ivoire : le mal est-il si profond ?

Rédigé par notre équipe le 23 janvier 2017.

Cote-Ivoire-Militaires-Mutineries-Ouattara

Au début du mois de janvier, des mutineries ont éclaté en Côte d’Ivoire. Ces événements n’ont pas manqué de raviver les souvenirs de la crise de 2011, surtout dans certains médias qui se sont dès lors montrés alarmistes. Pourtant, la situation politique du pays est bien plus stable qu’il n’y parait, le dialogue amorcé par le gouvernement Ouattara ayant rapidement permis de trouver des solutions. Une gestion de crise qui, paradoxalement met en relief la robustesse des institutions.

Pour stopper les conflits, le gouvernement Ouattara choisit le dialogue

Entre le 5 et le 7 janvier, puis à nouveau vers le milieu du mois, des militaires mutins ont bloqué plusieurs villes du pays, dont Daloa, Daoukro, ou encore Bouaké. Au départ de cette agitation, plusieurs revendications : le paiement de primes et l’amélioration de leurs conditions de vie. Ces soldats, issus des ex-Forces Armées des Forces Nouvelles (FAFN) avaient participé aux opérations de sécurisation du processus de sortie de crise, entre 2007 et 2011. Mais alors que l’Accord politique de Ouagadougou prévoyait à l’époque la prise en charge des soldats de l’État ivoirien, le gouvernement d’Alassane Ouattara a reconnu, dans un communiqué publié le 18 janvier 2017, que « durant toute cette période, ces soldats n’ont reçu ni prime ni salaire contrairement aux autres soldats ».

Et si le gouvernement ainsi que le Président de la République ont rappelé qu’ils «désapprouvent ce mode de revendication », Alassane Ouattara a néanmoins choisi d’écouter les demandes des mutins et de payer les primes en questions selon les modalités arrêtées à l’occasion des discussions entre les soldats et le ministre auprès du Président de la République chargé de la Défense.

Il n’y a pas uniquement les militaires qui ont décidé d’adresser une série de reproches au gouvernement Ouattara en ce début d’année 2017. Ce dernier a en effet eu fort à faire ces derniers jours puisque dans le même temps, les grèves dans la fonction publique perturbaient des écoles, des hôpitaux et certaines administrations. Les revendications sociales des fonctionnaires, qui portaient notamment sur la réforme autour des dispositifs de retraite et de privatisation du système scolaire, ont elles aussi trouvé une oreille attentive du côté du gouvernement, qui s’est appuyé sur les partenaires sociaux pour trouver une solution. Ainsi, le gouvernement a rapidement mis en place une série de rencontres qui ont permis d’arrivée dans un temps très court à des conclusions satisfaisantes pour les différentes parties en présence. Preuve de l’efficacité de la stratégie de dialogue initié par le gouvernement ? Les fonctionnaires ont repris le travail ce lundi 23 janvier, comme le demandait le gouvernement.

Des médias bien souvent trop alarmistes

Faire la Une des journaux européens en des termes négatifs semble être l’usage pour les pays africains. En effet, dès qu’une contestation politique se fait entendre en Afrique, celle-ci est bien trop souvent accompagnée de termes radicaux, la plupart du temps injustifiés, comme « renversement », « fuite de dirigeant », « crise », etc. À l’image de récents articles traitant de la situation en Côte d’Ivoire, preuve d’une confiance médiatique qui peine à s’instaurer, adoptant un ton particulièrement anxiogène.

Or, la Côte d’Ivoire 2017 n’est pas la Côte d’Ivoire de 2011. Le pays n’est plus soumis à une tension politique quotidienne nous permettait alors de douter légitimement de la stabilité du pays dès lors que des contestations avaient lieu.

Les conflits sociaux sont monnaie courante dans les pays développés, alors pourquoi la Côte d’Ivoire, qui se targue d’être le « moteur économique » de l’Afrique et aspire à intégrer le plus rapidement possible la liste des pays développés devrait échapper à la règle. Les conflits sociaux vont en effet de pair avec le processus de développement d’un pays, la France en est le parfait exemple.

Ainsi, si l’on devait faire le bilan de ces 6 dernières années, le constat serait plutôt positif pour la Côte d’Ivoire. Les élections, symbole de démocratie, se déroulent aujourd’hui dans le calme, le pays attire les investisseurs et trouve la confiance de plusieurs institutions comme la Banque Mondiale. La population ivoirienne ainsi que son gouvernement semble d’ailleurs avancer de concert puisque lors des législatives de 2016, les Ivoiriens ont décidé de renouveler leur confiance dans le parti de leur président qui a obtenu 167 sièges sur 254 dans l’hémicycle. Élections dont le déroulement a été salué par le secrétaire général de l’Organisation de Nations unies Ban Ki-moon, qui a applaudi des élections « pacifiques » et « inclusives ».

Il est vrai que le pays connaît certains problèmes, notamment celui de peiner à obtenir une croissance inclusive, mais les conflits sociaux, lorsqu’ils trouvent leurs solutions dans le dialogue et l’échange, sont plutôt de bon augure pour la suite. Il s’agit en effet d’un mode de fonctionnement propre à la démocratie telle qu’elle est appliquée dans bon nombre de pays développés.

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