Environnement : la curieuse politique chinoise…

Rédigé par notre équipe le 15 février 2017.

Chine-Pollution-Bauxite-Guinée

Après 30 années de développement économique sans frein, les Chinois découvrent l’ampleur de la catastrophe écologique dans leur pays. Pékin a lancé une audacieuse et très volontariste politique de préservation de l’environnement. Une bonne volonté qui s’arrête pourtant aux frontières de la Chine, laissant libre cours à la prédation et aux dégradations environnementales causées par ses entreprises à l’étranger. L’extraction de bauxite en Afrique est particulièrement visée.

Les Chinois font rarement dans la demi-mesure, que ce soit en matière de rattrapage économique ou environnemental. Et les entreprises et gouvernements locaux sont prévenus : en 2017, Pékin met les bouchées doubles. Les inspections environnementales seront étendues à l’ensemble des régions provinciales de Chine, a annoncé le ministère de la Protection de l’environnement.

Lancées en 2016, ces inspections centrales ont permis de suivre quelque 33 000 affaires en une année. Pas moins de 440 millions de yuans (environ 64 millions de dollars) d’amendes ont été imposés. 720 personnes ont été arrêtées et plus de 6 000 citoyens chinois ont été reconnus coupables d’infractions liées à l’environnement. La célérité avec laquelle les autorités chinoises tentent de rattraper le retard de leur pays en matière de développement durable répond à celle qui a présidé à son explosion économique.

Pékin déclare la « guerre à la pollution »

Retour en 2014. Lors d’un Congrès national, le gouvernement de Pékin déclare officiellement la « guerre à la pollution ». C’est qu’il y a urgence. Passée du sous-développement à la seconde puissance économique du monde, la Chine a vu son revenu par habitant multiplié par quatre en trois décennies. Du jamais vu dans l’histoire de l’humanité. Mais ce rattrapage économique, mené tambour battant, s’est opéré au mépris des considérations environnementales.

Premier pollueur au monde, premier émetteur de gaz à effet de serre, le pays, et notamment les habitants de ses grandes villes, étouffe sous le « smog », ce perpétuel brouillard de pollution gorgé de particules fines. 4 000 Chinois meurent, chaque jour, des conséquences de ce désastre. Des villages et régions entières sont contaminés par les déversements de produits toxiques par les industries lourdes qui font la croissance du pays. Les nappes phréatiques sont épuisées par l’agriculture intensive. Excédé, le peuple se soulève de plus en plus contre les aberrations écologiques d’un développement sans foi ni loi. Les autorités n’appréciant pas davantage en Chine qu’ailleurs la grogne populaire, elles se devaient de réagir.

Dès 2014, le gouvernement chinois adopte donc une nouvelle loi renforçant les moyens de sanction à l’encontre des industries polluantes et de leurs dirigeants. Les autorités peuvent désormais fermer, voire confisquer les usines en tort. Le système « d’amendes maximales », sensiblement inférieures aux coûts de mise en conformité environnementale, est abrogé. Les ONG peuvent attaquer en justice les entreprises qu’elles accusent de polluer. Certaines zones sont sanctuarisées et prémunies contre tout développement industriel. Surtout, la nouvelle législation inscrit dans le marbre la priorité de l’environnement sur l’économie. Une seconde révolution « culturelle » à la chinoise, mais une révolution verte.

Aujourd’hui, la Chine est le premier pays producteur d’énergie solaire. Elle replante des arbres à tout va pour lutter contre la déforestation et projette d’élever une « Grande muraille verte ». Elle sera, demain, le premier marché de voitures électriques au monde. En d’autres termes, le Céleste empire a bel et bien entamé sa transition écologique. Un virage vert qui se cantonne, pour l’heure, au périmètre du territoire chinois. A l’étranger, les entreprises chinoises ne semblent pas s’embarrasser de tant de scrupules.

En Guinée, « pillage organisé » et « exploitation sauvage » de la bauxite

Loin des yeux, loin du cœur…mais aussi loin des normes et contrôles imposés dans leur propre pays, les entreprises chinoises à l’étranger se comportent un peu telles des cowboys au Far West. C’est, notamment, le cas de l’industrie minière, et singulièrement celui des mastodontes spécialisés dans l’extraction de la bauxite.

La bauxite ? Un minerai rouge sang dont, au sein d’un secteur minier en berne, le cours continue de dépasser les 55 dollars la tonne. Un minerai, surtout, qui rentre dans la composition de l’aluminium, dont la Chine est le premier producteur mondial. Un minerai stratégique, enfin, dont les réserves sont très inégalitairement réparties dans les sous-sols de la planète. Les entreprises chinoises de la bauxite convoitent donc ardemment les régions qui en contiennent. Il faut extraire la bauxite partout, et surtout à n’importe quel prix. Et qu’elles qu’en soient les conséquences humaines et environnementales.

Ces industries ont tout d’abord jeté leur dévolu sur leurs voisins asiatiques, la Malaisie et l’Indonésie. Souvent illégales, les mines ont été lessivées par les pluies, rejetant des boues rouges, toxiques, dont les métaux lourds ont contaminé les rivières et les côtes. Les deux pays ont rapidement suspendu ou interdit toute exportation de bauxite à destination de la Chine.

Les entreprises chinoises se sont alors rabattues sur la Guinée, pays d’Afrique qui renfermerait entre un et deux tiers des réserves mondiales de bauxite. Des millions de dollars sont investis dans le pays dirigé par Alpha Condé, des promesses d’emplois sont faites… Mais le désastre écologique guette. Aliou Barry, président de l’Observatoire national de la démocratie et des droits de l’homme (ONDH) en Guinée, dénonce la « corruption », le « pillage organisé (des) réserves minières et l’exploitation sauvage (des) réserves naturelles » de son pays. Le géopolitologue s’insurge contre « l’énorme manque à gagner pour l’économie nationales et ses populations », qui vivent avec 514 euros par habitant et par an, rangeant la Guinée au neuvième rang des pays les plus pauvres.

Appelant à ne « surtout pas suivre les exemples » indonésien et malaisien, Aliou Barry met en garde contre le « véritable champ de bataille » qu’est devenue l’extraction de bauxite dans son pays. Et de pointer la « stratégie cosmétique » d’Alpha Condé, qui se prévalait de ses avancées en matière de développement durable lors de la dernière COP22. Une « stratégie cosmétique » qui pourrait également s’appliquer à Pékin.

Déjà 2 remarques sur cet article

  1. JpB dit :

    Le soufflé chinois risque de retomber très vite, et cela va être douloureux.

  2. Daniel Pilotte dit :

    Pas évidente la politique chinoise il faut avoir de sacrés arguments pour s’attaquer à un pays en l’occurrence la CHINE qui a plus d’un milliard d’habitants.

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