Annie Lobé, l’onde d’un doute

Rédigé par Notre équipe le 20 février 2017.

Nous avons tous besoin de héros. Ou du moins d’un héraut, d’un porte-voix. Dans le petit monde de l’électrosensibilité, cette affection dont se disent victimes les personnes « sensibles » aux ondes électromagnétiques, ce rôle échoit sans aucun conteste, en France, à Annie Lobé. Tel Don Quichotte s’attaquant aux moulins que sont devenus, de nos jours, tous les appareils électriques ou électroniques qui envahissent notre quotidien, Annie Lobé ne ménage pas sa peine afin de porter secours aux électrosensibles de France et de Navarre.

Non contente d’avoir acquis une petite réputation grâce à ses vidéos et ouvrages alarmistes, notre activiste entend désormais porter l’étendard des électrosensibles jusque dans l’arène publique et politique. Un article de blog revient ainsi sur l’offensive d’Annie Lobé à Montreuil, ville de la petite couronne parisienne. Opposée, entre autres lubies, à l’installation des nouveaux compteurs électriques Linky, la dame se serait invitée jusqu’au sein des conseils de quartiers de Montreuil, afin d’y propager sa bonne parole.

Un entrisme qui passe mal auprès des observateurs locaux : « Il est inadmissible que nos instances de démocratie locale fassent la promotion d’une escroquerie, dénonce le blogueur. De la téléphonie mobile à l’ampoule basse consommation, le charlatanisme d’Annie Lobé est déjà largement documenté. Les anti-Linky mettent la ville sous tension en agitant les peurs. N’en soyons plus les dupes ! ». Mais de quoi Annie Lobé est-elle le nom ?

Business de la peur

A tout seigneur tout honneur : en endossant la bannière du combat contre les ondes électromagnétiques, Annie Lobé n’a rien inventé. Elle surfe sur une tendance bien installée. Plus qu’une tendance, il s’agit d’ailleurs d’un véritable business, d’autant plus efficace qu’il joue et se joue de peurs savamment entretenues. Les souffrances des personnes se disant, de toute bonne foi, électrosensibles, sont sans aucun doute réelles. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les autorités médicales françaises les reconnaissent comme telles.

Pour autant, les mêmes autorités réfutent tout lien de cause à effet entre les symptômes reconnus par ces patients et l’exposition aux ondes électromagnétiques. Tous les tests et expériences réalisés depuis des années confirment cette absence de corrélation. A tel point que l’OMS a classé l’électrosensibilité au rang des « troubles psychologiques ». Alors, fermez le ban ?

En cette ère de post-vérité et « d’alternative facts », une vérité scientifique ne suffit plus, on le sait, à faire autorité. La parole scientifique, politique ou journalistique est démonétisée. La défiance règne, alimentée par un discours complotiste qui trouve sur Internet un écho démesuré. L’électrosensibilité reste à prouver ? Qu’à cela ne tienne, le temps de la science n’est pas celui du commerce. Et de nombreux petits malins l’ont bien compris.

Sur le Web, une personne pensant sincèrement souffrir d’électrosensibilité trouvera, en quelques clics, toute la panoplie nécessaire pour se protéger des ondes maudites. Appareils de détection et de mesure des champs électriques et magnétiques, panoplie intégrale de vêtements et autres armures anti-ondes, mais également lits à baldaquin blindés, rideaux métalliques et toutes sortes de cages destinées à capitonner le moindre de vos appareils électriques ou « communicants »… Autant de gadgets facturés au prix fort, qui alimentent le juteux business de la peur.

Un certain journalisme citoyen, quand il ne tombe pas tout à fait dans le « journalisme d’épouvante » (pour reprendre une expression de Rue89 dans un papier consacré à Annie Lobé), alimente ce sentiment de crainte, voire de culpabilité. Avec, pour risque ultime, de faire basculer ceux à qui il s’adresse dans une forme de paranoïa permanente. « A force de voir la vie comme une série de nuisances, une source d’émissions de carbone et de pollutions diverses, on tombe dans l’anxiogène », alerte Sylvie Brunel, géographe et auteure de A qui profite le développement durable ?

Le système Annie Lobé

L’anxiogène, un fonds de commerce qui semble réussir à Annie Lobé. Avant de s’en prendre aux compteurs Linky, celle qui se présente, à défaut de posséder la moindre carte de presse, comme une « journaliste scientifique », avait déjà fait des nouvelles ampoules basse consommation son cheval de bataille. Les vidéos au cours desquelles elle fustige ces « mini-usines d’éclairage (qui) contiennent du mercure, toxique » et où elle proclame qu’il « ne nous reste plus qu’à nous éclairer à la bougie » ont fait le tour de la toile, cultes. Annie Lobé a également été condamnée à 500 euros d’amende pour avoir écrit que « les gens meurent sous les antennes » téléphoniques de l’opérateur SFR.

C’est qu’Annie Lobé a des livres à vendre, ce qu’elle ne se prive pas de rappeler dans chacun des « droits de réponse » qu’elle publie en réaction aux articles qui s’intéressent d’un peu trop près à ses affaires. Les ingrédients de son « succès » sont, hélas, bien connus, reposant essentiellement sur la propagation de rumeurs sur les réseaux sociaux, rumeurs que viennent appuyer des démonstrations à la rigueur scientifique douteuse – on ne s’en étonnera pas, de la part d’une journaliste scientifique étrangement absente des listings de l’Association des journalistes scientifiques, et dont la défense avait consisté, dans l’affaire l’opposant à SFR, à clamer son manque d’expertise pour minimiser sa faute !

Qu’à cela ne tienne. Après les ondes téléphoniques, les ampoules basse consommation et, dernièrement, le compteur intelligent Linky, et quand bien même l’ensemble de ses « thèses » seraient scientifiquement réfutées, gageons qu’Annie Lobé remontera bientôt sur son cheval contre de nouveaux moulins électromagnétiques !

C. Bravo

Déjà 2 remarques sur cet article

  1. jean dit :

    Bonjour,

    les lobbys sont partout, autant chez les pros que chez les anti ondes. Il est cependant assez facile de comprendre que ceux qui jouent avec de bien plus grosses sommes et donc avec plus d’intérêts ce retrouveront du coté des pro ondes.

    Une démarche personnel ne peux pas être prise comme une vérité universelle, et les agissements de la personne citée ne sont applicable qu’à elle.
    Il manque cependant dans cet article les informations relatives aux doutes que l’on as sur l’innocuité des ondes face à la santé.
    Aujourd’hui, on est sur de rien.. donc le principe de précaution est applicable et doit être appliqué. Gardons de cette personne au moins ce point positif qui est la préservation de la santé commune.. la santé de tous est quand même plus important qu’une hypothétique croisade personnelle d’enrichissement..

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