Le digital, grand absent du plan de Laurence Rossignol

Rédigé par notre équipe le 07 mars 2017.

Rossignol-Protection-Ennocence

La ministre des Familles, Laurence Rossignol, annonçait mercredi 1er mars, son « plan pour lutter contre les violences faites aux enfants ». Si l’intention est plus que louable, il apparaît que ce plan passe à côté d’un sujet pourtant majeur : « l’exposition non-voulue des enfants aux images à caractère violent et pornographique » en ligne. L’absence de propositions quant aux « violences faites aux enfants par le biais du digital » dans le plan de la ministre des Familles a notamment été déplorée par l’association Ennocence, qui milite pour la prise en compte de ce phénomène de société grandissant et non sans risques…

Un plan plus que bienvenu

Il n’était pas trop tôt pour s’attaquer à la douloureuse question des violences faites aux enfants. Selon les chiffres de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie, chaque année en France, 124 000 filles et 30 000 garçons subissent des viols ou des tentatives de viol. Et ce ne sont pas moins de 140 000 enfants qui sont exposés à des violences conjugales et au moins 300 qui meurent sous les coups de leur agresseur.

En plus de ces tristes chiffres, l’association estime qu’un enfant sur quatre subit des violences physiques, un sur trois des violences psychologiques, une fille sur cinq et un garçon sur treize des violences sexuelles. Par ailleurs, toujours selon l’association, avoir subi des violences au cours de l’enfance peut faire perdre jusqu’à vingt ans d’espérance de vie…

Devant cette situation plus que dramatique, le gouvernement n’a eu d’autres choix que de réagir. Ainsi, il a lancé, pour la première fois, un « Plan interministériel de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux enfants ». Présenté le 1er mars par Laurence Rossignol, le texte poursuit quatre objectifs : quantifier et comprendre les violences, sensibiliser et prévenir, former les professionnels et accompagner les victimes. Le plan, que la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des Femmes estime aussi ambitieux que ceux mis en place depuis 2005 pour lutter contre les violences faites aux femmes, devrait permettre de protéger les mineurs « contre toutes les formes de violence ».

Une dimension digitale oubliée…

Cependant, dans un communiqué diffusé le 2 mars, l’association Ennocence « déplore une nouvelle fois l’absence de prise en compte » d’un phénomène qu’elle dénonce depuis plusieurs années déjà : l’exposition involontaire des enfants à des images pornographiques ou violentes sur les sites de streaming ou de téléchargement illégaux. Selon un sondage réalisé en novembre dernier par Opinion Way pour l’association, 42 % des parents estiment que leurs enfants ont été confrontés à des images à caractère violent sur ces sites, et 23 % pensent qu’ils y ont déjà été confrontés à des images pornographiques.

Reçue par le gouvernement en février, Ennocence ne cesse de plaider pour un renforcement des contrôles sur ces plateformes, qui tirent près de 138 millions d’euros par an des annonces publicitaires pornographiques. Problème : elles sont souvent hébergées à l’étranger et sont donc difficiles à attaquer en justice.

Mais cela ne doit pas empêcher les responsables politiques d’agir, insiste l’association. D’autant que, selon le sondage Opinion Way, 66 % des parents considèrent que les mesures mises en place par les pouvoirs publics ne sont pas suffisamment efficaces pour protéger leurs enfants. Ils sont même 79 % à considérer que l’exposition à la pornographie sur les plateformes illégales n’est pas assez abordée par les hommes et femmes politiques.

Selon la majorité des parents, les acteurs publics doivent « s’emparer de cette question » en mettant impérativement en œuvre une véritable politique de lutte contre ce « fléau ». De son côté, l’association Ennocence plaide pour une accélération de la prise de conscience des autorités concernées afin que les parents puissent envisager une protection plus efficace de leurs enfants.

L’enjeu n’est pourtant pas des moindres : les conséquences de l’exposition précoce à des images choquantes peuvent être extrêmement graves. Échec scolaire, dépression, tentatives de suicide, complexe d’infériorité, ou encore banalisation de la violence. Confrontés involontairement à des images pornographiques, les jeunes peuvent se faire des images déformées, voire dangereuses, de la sexualité et des rapports hommes-femmes.

Or, si le gouvernement s’est enfin décidé à s’attaquer frontalement au problème des violences faites aux enfants, il ne doit pas négliger ce phénomène, tout aussi dangereux, qu’est l’exposition involontaire des enfants à des contenus pornographiques en ligne. La banalisation de ce type de contenus sur Internet à l’heure de l’hyperconnectivité doit devenir un sujet de préoccupation majeure. La balle est aujourd’hui dans le camp des candidats à la présidentielle 2017…

Alain Provencher

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