Paris : vers un encadrement plus strict d’Airbnb ?

Rédigé par notre équipe le 15 mars 2017.

Airbnb-Paris

Dans une interview accordée au journal Le Parisien, le 28 février dernier, le PDG d’Airbnb, Emmanuel Marill, annonçait vouloir mettre en place une limite automatique de 120 nuitées par an pour les propriétaires parisiens utilisant la plateforme. Si, encadrer la plateforme et ses utilisateurs s’impose de plus en plus comme une nécessité, cette récente décision semble toutefois ne pas être à la hauteur pour lutter efficacement contre les dérives qu’engendre l’omniprésence d’Airbnb dans la capitale française…

Avec 8 millions d’utilisateurs en France, Airbnb fait aujourd’hui partie intégrante du quotidien des Français. Rien qu’à Paris, près de 75 000 logements sont disponibles à la location sur la plateforme. Une offre largement supérieure à celle que l’on peut trouver dans les autres métropoles du monde où la plateforme est présente. Une omniprésence qui n’a pas été sans conséquence pour la Ville Lumière et ses habitants.

Emplois menacés et difficultés pour se loger : la face cachée d’Airbnb…

Soumis à une concurrence qu’ils jugent « déloyale », les hôteliers parisiens dénoncent depuis plusieurs années les dérives de la plateforme, notamment en matière de fiscalité. En effet, seuls les revenus locatifs supérieurs à 23 000 euros par an doivent être déclarés par les loueurs opérant sur la plateforme. De leurs côtés, les professionnels de l’hôtellerie voient leurs chambres être imposées dès le premier euro et moins de la moitié d’entre elles offre un chiffre d’affaires supérieur à 23 000 euros par an…

Cette différence de traitement fiscal n’a pas manqué de participer à l’explosion de la location entre particuliers, au détriment du secteur hôtelier français qui a, quant à lui, enregistré une nette baisse en 2016 : 19,6 % de clients en moins en Île-de-France pour le seul mois d’août par rapport à 2015, et même 23,7 % de moins pour les visiteurs étrangers. Au niveau national, le recul s’est établi à près de 5 % sur le deuxième trimestre 2016. La France reste pourtant une destination prisée par les voyageurs. En 2016, l’Hexagone a ainsi enregistré une hausse de 1% du nombre de visiteurs étrangers par rapport à 2015…

Cette situation n’est pas sans conséquence pour le secteur hôtelier : licenciement, gel des embauches, etc., mais les hôteliers ne sont pas les seuls à pâtir de cette situation. En effet, comme le déclare Nelly Rolland, gérante de 7 hôtels et 2 restaurants à Paris : « L’économie est une chaîne : si l’un de ses maillons casse, c’est tout le tissu économique d’une ville, d’une région ou d’un pays qui peut se désagréger. Quand les hôteliers souffrent, les commerces de quartier, les familles environnantes, en paient les conséquences. Et les finances de l’État souffrent aussi. Si rien n’est fait pour enrayer cette tendance destructrice, c’est l’âme de Paris qui est en danger. »

Mais les professionnels et autres commerçants de quartiers ne sont pas les seuls à voir leur avenir s’assombrir du fait de l’émergence de la startup californienne dans leur ville. Ainsi, dans plusieurs métropoles, il est devenu extrêmement difficile de se loger en raison de l’omniprésence de la plateforme. C’est notamment le cas à San Francisco où l’appât des gains locatifs a fait grimper les loyers en flèche, au point que la population peine aujourd’hui à se loger. Depuis 2014, la municipalité a donc choisi de réduire à 90 le nombre de nuitées maximum par an, et même à 60 pour les nouveaux inscrits. Elle vient également d’obtenir l’accord pour que la plateforme lui communique le nom des hôtes ne déclarant pas leurs revenus.

Et toujours dans la capitale de la Silicon Valley, un bailleur privé (AIMCO) détenant 50 000 appartements a récemment lancé une action en justice contre Airbnb pour dénoncer les locataires sous-louant leur bien sans son accord. Rattrapée par la loi, la startup californienne valorisée à 31 milliards de dollars doit maintenant se résoudre à faire des concessions…. La lutte contre les dérives d’Airbnb est belle et bien lancée.

Les métropoles sonnent la charge

Il n’y a pas que dans sa ville natale qu’Airbnb est mis à mal. À New York, depuis octobre 2016, une nouvelle loi interdit la location d’un appartement pour une durée inférieure à 30 jours en l’absence du propriétaire. Seule solution : louer plus d’un mois ou partager l’hébergement avec ses hôtes. L’objectif de cette loi ? Permettre aux New Yorkais de trouver plus facilement un logement.

En Europe, la tornade Airbnb est également en train de s’essouffler face à l’opposition de plusieurs métropoles. À Londres, la location d’un logement par un particulier est désormais limitée à 90 jours par an. À Amsterdam, cette durée a été réduite à 60 jours, et à Berlin, une autorisation officielle doit être délivrée avant de pouvoir louer son appartement sur la plateforme.

Plus récemment, en août 2016, c’est Barcelone qui a décidé de s’attaquer aux dérives d’Airbnb. La capitale catalane a fermé plus de 250 logements locatifs non autorisés et infligé des amendes d’un montant de 30 000 euros à leur propriétaire. Une opération coup de poing largement soutenue par la population, lassée par les nuisances sonores et l’augmentation insoutenable des loyers…

Déjà une remarque sur cet article

  1. JpB dit :

    La vraie question, c’est pourquoi les proprios préfèrent louer à des touristes plutôt qu’en locations vides classiques.

    Tout simplement car les lois ont tellement protégé les locataires que cela dissuade les proprios ( impayés, inexpulsions, dégradation du logement, récupération difficile du bien….), à fortiori avec des taxations hallucinantes ( dont taxes sociales tels Gsg, Rds, invraisemblables sur des loyers et non des salaires !) pour une rentabilité toujours en baisse.

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