Cinéma : Cheyenne-Marie Carron défriche les sujets tabous

Rédigé par Georges Thomas le 27 mars 2017.

«La morsure des Dieux», la dixième œuvre de Cheyenne-Marie Carron arrive en salle. Un titre énigmatique qui laisse au spectateur le soin d’en rechercher le sens. Cette morsure est-elle celle que reçoit la France qui se meurt ? Celle de la France rurale qui se meurt d’être confrontée à la concurrence déloyale de la mondialisation sauvage ? C’est une interprétation possible, justifiée dans le film par la révolte de son personnage principal, un paysans basque joué par l’excellent François Pouron.

La France rurale se meurt ! Cette question est si prégnante, si vive au cœur de la nation française, que l’élection présidentielle 2017 voit même apparaître un candidat hors système de la ruralité agonisante : Jean Lassalle. Pourtant Cheyenne Carron, visionnaire, l’a précédé de quelques encablures. Car les activités économiques de la France rurale sont confrontées à davantage qu’une simple adaptation à un nouveau contexte politique et économique, elles déposent leurs clés sous la porte les unes après les autres, elles meurent. C’est d’un enjeu vital dont il s’agit.

Dans ce long métrage, Cheyenne Carron s’attaque à un sujet tabou avec «honneur et fidélité», mots qui s’affichent sur l’écran, lorsque que Sébastien (François Pouron) paysan basque, épuise sa dernière énergie pour sauver son exploitation agricole, celle de ses pères. Sébastien aime sa terre, Il veut la faire vivre, il veut la transmettre, c’est un paysan dans l’âme, jusque dans ses croyances, empruntes d’un paganisme oublié. La question existentielle de Sébastien n’est pas seulement matérielle, car elle mélange immanence et transcendance, elle est portée par l’héritage mémoriel qu’il a reçu, fait de matérialité et de spiritualité. Quelle pertinence !

A la beauté magique des paysages basques, Cheyenne Carron associe la maturité de son cinéma d’auteur : l’image est belle et porte le texte. Le texte n’est pas tout le film, mais il y prend toute sa place, une place assez centrale malgré tout. L’amplitude de sa pensée suit donc la voix off du personnage principal, alternant dialogues et réflexions intimes, rythmant le récit entre action et méditation.

A l’arrivée, «la morsure des Dieux» est un film de très belle facture, qui associe la profondeur de la pensée à l’esthétique de la mise en scène, pour deux heures d’émerveillement au pays basque. Décidément, rien n’arrêtera Cheyenne-Marie Carron au pays des sujets difficiles ! Certains prétendent même qu’elle serait tombée dans le cinéma quand elle était petite.

Déjà une remarque sur cet article

  1. Total recall dit :

    Il est étonnant de mesurer la progression de Cheyenne Carron au fil de ses réalisations, car elle s’améliore indiscutablement, prenant toujours davantage de risques. Ce film rejoint l’Apôtre et Patries au rang de ses plus beaux chefs d’oeuvre. À voir en salle ou en DVD, en vente sur son site.

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