Entrepreneuriat numérique : attention à ne pas aller trop vite

Rédigé par notre équipe le 09 mai 2017.

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A l’ère du numérique, il apparaît de plus en plus facile de créer sa start-up. Que ce soit dans le tourisme, l’e-commerce ou encore dans le domaine des auto-écoles en ligne, presque tout le monde peut se prêter à l’exercice, et ce en très peu de temps. Mais s’il offre de la rapidité, l’outil numérique ne permet pas d’ignorer les bases élémentaires de gestion et management. De trop nombreux startupeurs, comme les fondateurs de PermiGo, l’ont appris à leurs dépens…

Une récente étude de la Direction Générale des Entreprises (DGE) a récemment affirmé ce que chacun devinait : « La révolution de la donnée représente un moment historique pour nos sociétés et nos économies ». Dans son rapport, la task force franco-britannique chargée de l’étude soutient également que dans ce monde encore émergent, « la seule certitude est que la France et le Royaume-Uni entrent dans une phase de recomposition économique majeure et que les anciens leviers de politiques publiques ne seront pas suffisants ».

Notre monde est donc en train de changer, mais à une vitesse qu’on a encore du mal à maîtriser. Selon une étude du cabinet McKinsey, et reprise par Bpifrance, le numérique a représenté 5,5 % du PIB français en 2016 et « sa part pourrait doubler dans les prochaines années ». Par ailleurs, celui-ci est à l’origine de la création de pas moins de 700 000 emplois en 15 ans, auxquels s’ajoutent 300 000 emplois directs et 150 000 emplois induits.

Le numérique facilite l’initiative entrepreneuriale : il est en effet de plus en plus facile et de moins en moins coûteux de créer son entreprise. L’open source et le cloud computing ont banalisé les ressources technologiques indispensables pour se lancer. Chacun peut désormais créer sa propre start-up presque du jour au lendemain.

Les vieux secrets toujours d’actualité

Mais attention, si le numérique semble faciliter les choses, il n’est pas gage de succès à coup sûr : selon 1001start-ups, le taux d’échec des start-ups en France est de 90 %. Par ailleurs, 25 % des start-ups françaises « ont à leur capital des fonds de capital-risque » et « 74 % affichent un excédent brut d’exploitation en perte ».

Cela ne fait pas de doute, un modèle économique reposant sur le numérique permet d’accélérer le processus de création de valeur, mais seulement à condition que soient respectés les éléments fondamentaux de la gestion entrepreneuriale. Le modèle doit en particulier être rentable pour tous les partenaires du projet. Cela paraît être une évidence, mais de nombreux exemples montrent que ce n’est pas toujours le cas.

En décembre dernier, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) a ainsi dû suspendre les activités de Morning, une plateforme en ligne permettant de sécuriser les paiements entre particuliers. L’ACPR parlait à l’époque d’un déficit de plus d’un million d’euros et reprochait à la start-up toulousaine de ne pas avoir « mis en œuvre les diligences requises pour assurer la protection des fonds reçus de sa clientèle ».

PermiGo, dernier exemple en date

Plus récemment, en avril 2017, c’est PermiGo, le numéro 3 des auto-écoles en ligne, qui a déposé le bilan en raison de mauvais choix entrepreneuriaux. Quelque 10 000 élèves, qui avaient fait confiance à la start-up lyonnaise, pourraient ainsi perdre tout l’argent investi si celle-ci ne parvient pas à trouver un repreneur avant l’été.

L’échec de PermiGo peut s’expliquer en partie par les prix pratiqués par la start-up (forfait à 799 euros) qui n’ont pas permis de couvrir les besoins en cash d’une entreprise qui employait de nombreux moniteurs et était propriétaire de 15 sites « qui lui coûtent 50 000 euros de taxes foncières par an ». Par ailleurs, la start-up n’est jamais parvenue à faire de levée de fonds, au contraire de son concurrent direct Auto-école.net qui a levé plus de 3 millions d’euros en 2015 pour déployer son modèle dans l’Hexagone.

Le défaut du retour sur expérience

Encore aujourd’hui, certains entrepreneurs confondent vitesse et précipitation, et ne tirent aucun enseignement des échecs passés, car comme le rappelle Dynamique-mag, les exemples de start-up qui ont échoué en raison d’une mauvaise gestion sont monnaie courante, et ce depuis les années 90 !

En 1997, déjà, c’est la start-up américaine WebVan, spécialisée dans la livraison de produits d’épicerie, qui dépose le bilan, seulement un an après une levée de fonds « astronomique » de 800 millions de dollars. En cause : une très mauvaise gestion du capital-risque. Pour le magazine, la start-up « détient l’un des records les plus tristes du monde Internet ».

Dans l’Hexagone, c’est la prometteuse start-up, L’Usine à design, fondée en 2009 et spécialisée dans la décoration d’intérieur et l’ameublement, qui a mis la clé sous la porte, en 2013, notamment en raison « d’une levée de fonds disproportionnée » que la start-up n’est pas parvenue à gérer.

Toujours en France, en juillet 2016, la start-up Save My Smartphone annonçait son placement en redressement judiciaire, et ce malgré « 100 K de chiffre d’affaires par jour ». Le spécialiste de la réparation des smartphones et tablettes comptait 400 salariés et un réseau de 200 boutiques, dont certaines au Royaume-Uni, en Belgique, en Espagne et au Portugal. Mais la gestion était visiblement désastreuse : « nous n’avons pas maîtrisé cette croissance (…) On cramait trop d’argent, et on ne savait pas comment », confiait alors le fondateur de la start-up.

Malgré les exemples qui se suivent et se ressemblent, certains startupeurs, aveuglés par les promesses du numérique, ne prennent pas la peine de consolider et pérenniser leur modèle. Malheureusement, mener une course au profit en laissant de côté les bases élémentaires de gestion peut s’avérer fatal et pas uniquement pour les dirigeants. En effet, dans le cas de PermiGo par exemple, ce sont également les élèves de l’auto-école en ligne qui risquent gros…

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