Linky : la majorité silencieuse ignorée des grands médias

Rédigé par notre équipe le 07 juillet 2017.

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Christina B Castro/ Flickr

Une récente enquête du Monde fait la part belle aux adversaires du compteur « intelligent ». Mais ne semble pas s’intéresser aux milliers de Français aujourd’hui satisfaits du dispositif.

Linky, le compteur communicant d’Enedis est au cœur d’une vive polémique portée par des militants associatifs, retraités, élus locaux et autres mécontents qui n’hésitent pas à se déclarer « en guerre » contre le boîtier.

Si leurs actions ne sont pas toujours très coordonnées, ils bénéficient d’une certaine bienveillance médiatique leur permettant de toucher un public de plus en plus large. Ainsi, selon un article diffusé le 23 juin dernier sur Lemonde.fr, « plus de 300 municipalités ont voté contre le petit compteur vert anis, et des collectifs citoyens se multiplient pour raconter leur ‘guerre’ contre Enedis (ex-ERDF) ».

Pour étayer leurs arguments, les anti-Linky disposent d’un certain nombre de rapports. Ils évoquent notamment l’UFC-Que Choisir pour valider la thèse selon laquelle Linky pourrait entraîner une augmentation des factures, tandis que la Ligue des droits de l’Homme (LDH) désapprouverait l’installation du compteur dans les foyers.

Seulement, le papier du Monde « oublie » le fait important que ces deux associations sont en réalité favorables à l’installation de Linky, et que leurs enquêtes leur ont finalement permis de répondre aux préoccupations qu’elles avaient pu manifester par le passé.

Des associations globalement favorables à Linky

L’UFC-Que Choisir a ainsi mis en garde ses lecteurs contre les risques financiers et légaux liés à un éventuel refus du compteur. L’association de consommateurs souligne en effet que le contrat liant les ménages à leur fournisseur d’électricité stipule que le gestionnaire du réseau « peut procéder à la modification ou au remplacement [du dispositif de comptage] en fonction des évolutions technologiques ».

Et d’ajouter : « Si on refuse la pose du compteur Linky, c’est donc à ses risques et périls. Dans l’immédiat ça ne pose aucun problème. […] Par la suite, en revanche, les relevés pourraient être facturés, et selon la clause 5.5 de ses conditions générales, Enedis peut même suspendre l’accès au réseau ».

L’association de consommateurs a déjà connu des tensions avec les anti-Linky par le passé, dont des membres avaient mis en place à Albi un collectif auquel l’adhésion était payante. Ce système avait été vivement critiqué par l’UFC Que-Choisir dans le Tarn qui voyait là « une pratique illégale et abusive » encourageant « à adhérer à quelque chose qui va contre la loi ». On est loin de l’assentiment en règle que semble dépeindre le Monde dans son article du 23 juin.

Même inexactitude dans le cas de la LDH. Certes, en avril 2016 l’association se déclarait inquiète au sujet de la protection des données personnelles. Mais les échanges avec la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) ainsi qu’avec les responsables d’Enedis ont permis à la Ligue des droits de l’Homme de découvrir les procédures mises en place pour protéger la vie privée des usagers, en particulier l’interdiction de transmettre des informations à des tiers sans l’accord « explicite » du client.

« Ces différentes procédures ne nous paraissent pas constituer une infraction au consentement libre et éclairé que la loi (Informatique & libertés) exige pour toute utilisation de données personnelles », estime aujourd’hui la LDH. L’association promet par ailleurs de rester vigilante afin que les procédures soient respectées et que les citoyens en soient bien informés.

Information partielle, voire partiale

La question reste cependant entière : pourquoi les avis les plus récents de ces associations n’ont-ils pas été cités dans l’article du Monde, qui n’a retenu que des déclarations désormais dépassées ? Le mystère a en tout cas été souligné par de nombreux lecteurs, désespérés face à ce qu’ils considèrent comme une information partielle, voire partiale.

« Il faudrait s’interroger sur la manière dont une certaine doxa de méfiance systématique envers le progrès, la science, la technique, l’industrie s’est installée en France, notamment dans la classe des journalistes, intellectuels et autres fabricants d’opinion », estime un internaute. Tandis qu’un autre déplore les insuffisances d’un article pourtant « intéressant » : « On a compris, le débat est ouvert. Mais justement, n’est-ce pas possible de préciser les arguments et de différentier ceux qui sont légitimes de ceux qui ne sont pas assez documentés ? ».

Il est vrai que si l’article du Monde ne cite que (trop) rapidement la position de la Cnil, il ignore ostensiblement les conclusions de l’Agence nationale des fréquences (ANFR). Les diverses études réalisées par cette dernière concluent pourtant à des niveaux de champs électriques se situant « entre 100 et 350 fois sous la valeur limite réglementaire de 87 V/m dans la bande de fréquence utilisé par Linky (35-91 kHz) ». Des niveaux d’exposition très faibles qui ont été « relevés en laboratoire et chez des particuliers ».

Mais il y a surtout un sujet dont « le quotidien de référence » ne parle pas. Il s’agit de toutes ces personnes chez qui le compteur a déjà été installé et qui profitent aujourd’hui des avantages en matière de gestion de leur consommation électrique. La majorité silencieuse qui s’agace des blocages et des incohérences à la française, mais dont les choix sont en permanence critiqués et contestés par une minorité bruyante qui se débrouille toujours pour se faire entendre. Cette majorité silencieuse n’avait-elle pas le droit de s’exprimer dans les pages du Monde ? La question reste entière.

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