En Californie, une « dream team » pittoresque contre le glyphosate

Rédigé par notre équipe le 17 juillet 2017.

Les activistes anti-glyphosate sont soutenus par une galaxie d’individus hauts en couleurs aux intentions opaques. Dernier exemple en date : la constitution, aux États-Unis, d’une « dream team » d’avocats dont l’absence de connaissances scientifiques est patent.

Composée d’avocats de l’environnement et militants politiques, cette redoutable coalition a pour objectif avoué de contourner le système juridique américain en attaquant Monsanto sur plusieurs fronts et dans plusieurs États américains différents. Ils se décrivent volontiers comme des « procureurs citoyens » (« private attorney generals ») ou des « justiciers » (« vigilantes »).

Et ils attaquent. Comme le révèle une enquête récente de Bloomberg, ils ont passé les derniers mois sur des centaines de documents « confidentiels » qui montreraient que la société « a activement travaillé à minimiser les informations sur les risques de cancer du glyphosate ». Ils affirment également que le Roundup est à l’origine des lymphomes non hodgkiniens développés par les plaignants impliqués dans une affaire judiciaire contre Monsanto qui se tient actuellement en Californie.

Mais cette « dream team » ne limite pas son action à cette très médiatisée affaire. Le 20 juin dernier, elle a rejoint d’autres avocats pour accuser l’entreprise américaine de publicité mensongère. Selon les informations de Bloomberg, le groupe a par ailleurs joué un rôle important dans la décision de la Californie de classer le glyphosate comme substance cancérogène.

Michael Milles, Aimee Wagstaff, Michael Baum, Brent Wisner et Robin Greenwald font partie de l’« équipe de rêve » unie contre Monsanto. Mais le plus pittoresque d’entre eux est sans doute leur directeur, Robert Kennedy, un militant anti-vaccin devenu célèbre pour avoir été chargé par Donald Trump de mener un panel d’experts sur la question de la sécurité vaccinale.

Caution « scientifique »

L’actuel président américain avait en effet proclamé ses convictions en matière de vaccins dès 2014. Il avait déclaré sur Twitter que les vaccins contre les maladies infantiles « étaient responsables de l’autisme ». Des affirmations basées sur les résultats d’une recherche bâclée qui date de 1998 et qui montre en effet un lien entre l’autisme et la vaccination contre certaines maladies infantiles.

Seulement, ces résultats ont été démentis par la suite et aucun chercheur sérieux ne les valide aujourd’hui. Peu importe. En janvier dernier, Robert Kennedy n’a pas hésité à accuser les CDC (Centers for Disease Control) d’étouffer la connexion vaccin-autisme tout en sermonnant les médias pour leur révérence excessive à l’égard de la principale agence américaine pour la protection de la santé publique. M. Kennedy ajoutait que s’il avait accepté de présider la commission sur « la sécurité vaccinale et l’intégrité scientifique », c’est parce qu’il trouvait M. Trump très « réfléchi et sérieux » sur la question.

C’est donc ce personnage qui prétend aujourd’hui être la « caution scientifique » du mouvement des anti-Monsanto. Mais la question se pose de savoir quelle caution peut fournir au juste un homme qui continue de défendre, contre l’avis de la communauté scientifique internationale, l’idée selon laquelle il existerait une connexion entre les vaccins et l’autisme. Une position qui s’avère non seulement pittoresque, mais franchement dangereuse lorsqu’on sait que des maladies que l’on croyait disparues font leur retour dans le monde du fait d’un relâchement de la vaccination.

Frontière poreuse entre recherche et militantisme

La présence de Robert Kennedy parmi les avocats californiens ne devrait pourtant pas surprendre. Bien qu’hétéroclite, la galaxie des militants anti-Monsanto se caractérise par l’influence de personnalités excentriques et un peu troubles, dont les conflits d’intérêts ont été soulignés à plusieurs reprises.

Le comportement de certains chercheurs internationaux, comme Fiorella Belpoggi, de l’institut italien Ramazzini, et Christopher Portier, consultant pour le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), suscitent des interrogations. Il n’est en effet pas toujours facile de distinguer le chercheur du militant et les frontières entre leurs engagements politiques et leur activité scientifique ne sont pas toujours très nettes.

Une enquête diffusée par l’agence Reuters le 14 juin dernier révèle le cas du professeur Aaron Blair, épidémiologiste au NCI (National Cancer Institut), qui a sciemment occulté les résultats de l’AHS (Agricultural Health Study), une des plus importantes études sur les effets de l’usage des pesticides. Selon cette étude, « le glyphosate n’est d’une manière générale pas associé avec l’incidence du cancer ». Mais la négligence de M. Blair a empêché les experts du monde entier, réunis au sein du CIRC en 2015, de prendre connaissance de ces conclusions. Leur apport aurait pourtant été inestimable à l’heure où le CIRC s’apprêtait à classer le glyphosate comme « probablement cancérogène » pour l’homme.

Or pour être critiqués, les anti-glyphosate n’en sont pas moins virulents. Robert Kennedy se félicitait ainsi du travail de sa « dream team » californienne. « Je n’ai jamais vu des avocats privés aussi vigoureusement mobilisés contre un accusé », déclarait-il à Bloomberg. La vigueur de leurs revendications risque pourtant de s’avérer insuffisante face à la faiblesse scientifique de leurs arguments.

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