En Marche prend la porte au Sénat

Rédigé par notre équipe le 25 septembre 2017.

Les élections sénatoriales de ce 24 septembre ont conclu cette folle année électorale sur une promesse. Après les victoires de Macron et de tous les ralliés de la dernière heure, En Marche a enregistré un premier coup d’arrêt avec seulement 24 élus lors de ce renouvellement partiel du Sénat. Le mode de scrutin ne lui était, certes, pas favorable, mais il donne au moins l’espoir de voir la Chambre Haute se dresser comme le seul contre-pouvoir. La rue est le contre-pouvoir dirait Mélenchon, mais à force de réécrire l’Histoire de France, « l’insoumis » perd le sens de la réalité.

De défaite en défaite jusqu’à la victoire. Ainsi peut-on résumer l’horrible séquence politique qui a vu l’intronisation de Macron, sa mainmise sur l’Assemblée nationale et, enfin, sa défaite aux sénatoriales. La victoire des non macronistes est partielle, comme l’élection d’hier, mais elle montre au moins que les grands électeurs ne sont pas encore atteints de ce virus mortel pour la France. Le Sénat s’est renouvelé sans changer les équilibres qui le menaient jusqu’alors. Les Républicains ont renforcé à la marge leur majorité relative, le PS n’a perdu que 14 sénateurs et reste la seconde force avec 72 élus, tandis que LREM se prend les pieds dans le tapis avec seulement 24 élus contre 29 jusqu’alors. L’influence d’En Marche au Sénat est minime et s’il faudra compter sur des désertions et trahisons de certains pour plaire au pouvoir, le Palais du Luxembourg demeure un bastion anti-macronien.

Les extrêmes, comme adorent en parler les médias, font plutôt la grimace ce matin. Le Front national n’attendait pas grand-chose de cette élection est n’a vu aucun de ses champions l’emporter même si Marine Le Pen a souligné que la progression en voix par rapport à 2011 était positive. Chez les rouges de type communiste, c’est la débandade, avec 10 élus contre 18 avant ce scrutin qui annonce une mort lente, mais certaine d’un groupe qui ne représente plus que lui-même depuis trop longtemps. Le Sénat reste un ovni politique en ces temps d’apocalypse et s’il ne représente pas fidèlement le corps électoral, il a au moins le mérite de tenir en respect un macronisme qui se veut tout-puissant à défaut d’être jupitérien.

Le Sénat sur la liste noir de Macron ?

Les banquiers ne sont pas habitués à voir leurs décisions contestées. Ils décident, les instances en charge font mine d’approuver et ce sont les gueux (c’est-à-dire nous) qui trinquent toujours. La même formule doit fonctionner sur le plan politique pour Macron, mais c’était sans compter sur des institutions qui peuvent encore remplir leur rôle. L’Assemblée nationale est complètement perdue pour la cause pendant cinq ans et c’est là que toute la force du bicamérisme apparaît. Depuis des années, les députés rageux – le plus souvent de gauche – se plaignent de voir le Sénat ralentir leurs folies législatives et se dresser contre des mesures délirantes, voire iniques.

Peu importe, se disent les plus dédaigneux car, in fine, l’Assemblée nationale a le dernier mot. Pourtant, le travail du Sénat – largement passé sous silence par les médias – permet de réduire le pouvoir de nuisance de députés godillots. Des amendements sont votés, les textes prennent plus de temps à être adoptés et les forfaitures sont plus difficiles à cacher aux citoyens. Le bicamérisme est essentiel, mais va contre l’ambition de Macron. Il comptait obtenir – à terme – les 3/5e du Parlement afin de changer la Constitution à sa guise. Il faudra attendre ou passer par un référendum de tous les dangers. Mais 2005 a montré que les référendums n’engagent que les électeurs, pas leurs représentants…

Le Sénat sera-t-il puni pour son insoumission au pouvoir macronien ? Se débarrasser de cette chambre est une possibilité. Une campagne médiatique se mettra en place pour montrer que le bicamérisme est un gadget antidémocratique, des sénateurs seront épinglés pour de sombres affaires et quand les esprits faibles seront prêts, le temps de la suppression du Sénat sera venu.

Que dira Mélenchon, celui qui fut sénateur PS pendant plus de 18 ans ? Il versera peut-être une petite larme en souvenir de ces années bénies et scandera une nouvelle fois que le pouvoir vient de la rue. Ce Lénine du pauvre d’esprit croit pouvoir renverser Macron par la rue et en veut pour preuve la Révolution française, la victoire contre le nazisme et le putsch manqué des généraux en 1961 (et non pas 1962 comme il le professe). Mélenchon pourrait être professeur d’un cours intitulé « affabulations historiques », car dire que ces trois faits sont dus au pouvoir de la rue, c’est prendre les citoyens pour des idiots. Mais après quatre décennies de socialo-européisme, peut-être que le pari de l’inintelligence du peuple est le bon…

Déjà une remarque sur cet article

  1. JpB dit :

    Combien coûte un sénateur ?

    523.846 euros par an, payés par les contribuables!

    Sans oublier des avantages exorbitants, comme l’explique le site « L’Observatoire des Gaspillages ».

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