Paris : la défense d’Airbnb ne convainc pas

Rédigé par notre équipe le 25 septembre 2017.

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Ces derniers mois, à Paris, Airbnb est au centre de l’attention. La raison ? Les élus de la Ville Lumière sont bien décidés à encadrer la plateforme afin de mettre un terme aux effets néfastes engendrés par l’omniprésence de celle-ci dans la capitale. Une volonté loin d’être partagée par Emmanuel Marill, le directeur France et Belgique d’Airbnb, qui multiplie les arguments — pas toujours très crédibles — pour tenter d’inverser la tendance…

Paris constitue le premier marché d’Airbnb au monde avec 65 000 logements. La plateforme est même devenue si écrasante dans certains quartiers de la Ville Lumière que la vie locale y meurt à petit feu. Sur l’île Saint-Louis par exemple, un appartement sur cinq accueille des touristes. Une situation intenable que plusieurs députés La République En Marche (LREM) de Paris ont tenu à souligner dans une tribune publiée dans Le Figaro le 28 août dernier.

Sylvain Maillard, Élise Fajgeles, et Pacôme Rupin, députés des très touristiques 1er, 2e, 3e et 4e arrondissements de Paris expliquent que « les locations touristiques sont en train de détruire le marché du logement classique, vidant nos arrondissements de leurs habitants ».

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 26 % des logements sur la zone concernée seraient vacants, la plupart étant désormais loués sur des plateformes de location en ligne. Résultat : l’économie locale bat de l’aile, les commerces de proximité ferment les uns après les autres, les relations de voisinage sont de plus en plus tendues et la vie de quartier disparaît peu à peu.

Paris a donc été obligé de réagir : à compter de décembre 2017, les loueurs Airbnb devront s’enregistrer en bonne et due forme auprès de leur mairie. Et pour ceux qui espèrent passer entre les mailles du filet, les agents de la ville dont le rôle est de débusquer les propriétaires indélicats veillent au grain. Ces derniers ont infligé des amendes pour un montant record de 600 000 euros au cours de l’année 2016 contre 45 000 euros l’année précédente. La pression sur la plateforme se fait donc de plus en plus forte, et la mairie de Paris ne compte pas s’arrêter là.

Emmanuel Marill se dit victime d’un « acharnement »

La Ville Lumière cherche donc des solutions afin d’enrayer une croissance qui perturbe les équilibres urbains. Le nombre de nuitées autorisées pourrait ainsi être raccourci à 60 ou 90 contre 120 actuellement, et ce au grand dam d’Emmanuel Marill qui dénonce les « lobbies hôteliers qui contribuent depuis de nombreuses années à la concentration du tourisme de masse dans le centre de Paris ». Une défense sous forme d’attaque qui ne pèse pas bien lourd face à la réalité des chiffres.

20 000 logements ont été perdus ces dernières années en raison de la présence de plateformes du type Airbnb. Ce chiffre rapporté par la mairie de Paris n’est contesté par personne et encore moins par M. Marill qui préfère en commenter d’autres. Dans une réponse à la tribune des trois députés LREM de Paris, le patron d’Airbnb France assure que « la croissance d’Airbnb à Paris a permis, cet été encore, de renforcer l’offre touristique avec l’apport de 730 000 arrivées de voyageurs supplémentaires, sans nécessiter aucune nouvelle construction d’infrastructures hôtelières ». Et n’en déplaise au directeur, tout le problème est là. Les touristes arrivent en masse et supplantent les Parisiens qui sont désormais obligés de migrer vers la banlieue. Paris devient un véritable musée à ciel ouvert.

Dans sa réponse, Emmanuel Marill « oublie » également de commenter le scandale financier lié aux impôts payés en France par la firme. Airbnb a en effet réalisé un chiffre d’affaires de 130 millions d’euros dans l’Hexagone, mais n’a payé que 92 944 euros d’impôts en 2016. Où est donc passé l’argent ? L’homme finira par avouer au cours d’une interview accordée au quotidien Les Echos en juin dernier que les fonds transitent en réalité par l’Irlande qui pratique un taux d’imposition particulièrement bas (12 %). La manœuvre est légale, mais loin d’être éthique ou même « solidaire », un terme que la plateforme aime utiliser pour décrire son activité…

Le « lobby hôtelier » pour reprendre une expression qui semble chère à M. Marill, paye ses impôts en France, lui, et est soumis à une réglementation bien plus contraignante. Des faits et des chiffres qui n’intéressent pas un Emmanuel Marill qui préfère disserter sur le temps long et la perte d’habitants dans le centre-ville de Paris.

A trop vouloir défendre son pré-carré contre vents et marées, Airbnb perd sa crédibilité, son image de plateforme collaborative et bientôt la lutte contre les pouvoirs publics. L’encadrement strict décidé à Barcelone ne restera sans doute pas une initiative isolée…

J. Daigneault

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