Crise du Golfe : pas d’impact sur l’étroitesse des liens militaires France-Qatar

Rédigé par Notre équipe le 04 octobre 2017.

En participant depuis quelques semaines à une campagne de lutte contre le terrorisme avec Doha, Paris ne perpétue pas seulement deux décennies de relations entre les deux pays. La diplomatie française vient d’apporter un soutien important au Qatar alors que la crise du Golfe, qui l’oppose à l’Arabie saoudite, est dans une impasse.

Dans les crises internationales, certains actes relèvent du symbole et en disent long sur les rapports de forces à l’oeuvre. Le 14 septembre dernier, alors que la brouille diplomatique entre l’Arabie saoudite et le Qatar venait de passer la barre des cent jours, une frégate française, le Jean-Bart, a accosté non loin de Doha, à Port Hamad, pour participer à une opération franco-qatarie visant à combattre le terrorisme et l’extrémisme. Si ce « débarquement » a été peu commenté, c’est que les relations – militaires notamment – entre les deux pays sont aussi anciennes que constantes. Rien d’anormal, ainsi, à ce qu’un navire allié mouille dans les eaux de l’émirat. Pourtant, la situation géopolitique de la région implique d’observer cet acte d’une manière bien plus approfondie.

« La coopération de sécurité et de défense entre la France et le Qatar, formalisée en 1994 par un accord de défense, est l’un des piliers les plus anciens de la relation bilatérale » indique le site Internet de la diplomatie française. « En 2011, l’engagement conjoint des aviateurs français et qataris lors des opérations de Libye a [par exemple] marqué une nouvelle étape. La signature le 4 mai 2015 du contrat portant sur l’achat de 24 avions Rafale est venue confirmer l’étroitesse des relations entre la France et le Qatar. » Un volet économique renforcé par « des exercices militaires bilatéraux [qui] sont régulièrement organisés dans l’émirat. »

Tous les deux ans, ce sont les manœuvres « Gulf Falcon » qui ont lieu entre les forces armées françaises et qataries, ceci dans le but, notamment, de « permettre au Qatar de maitriser l’utilisation de matériels comparables à ceux de l’OTAN » pour le site Internet spécialisé La lettre diplomatique. Régulièrement, des militaires français basés à Djibouti viennent s’instruire et s’entraîner conjointement avec les forces qataries. La coopération bilatérale intéresse également la sécurité au sein des frontières de l’émirat, puisqu’elle comporte un important programme de formation de la force de sécurité intérieure. Dans le cadre de l’organisation de la Coupe du monde de football en 2022, au Qatar, celui-ci a d’ailleurs choisi de faire appel à la France pour sécuriser l’événement.

Portée symbolique

Si l’envoi d’une frégate française, il y a quelques semaines, n’est que la continuité de deux décennies de relations diplomatiques serrées entre les deux pays, il revêt une portée symbolique très particulière à l’heure actuelle. Malgré la crise diplomatique entre Riyad et Doha, Paris continue d’apporter son soutien au petit pays du Golfe, pourtant traité en paria par ses voisins saoudiens, émiratis et bahreïnis. Pour rappel, le 5 juin dernier, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis (EAU), le Bahreïn et l’Egypte ont décidé de rompre leurs relations avec le Qatar, au motif que celui-ci s’était rapproché de l’Iran et facilite les actes terroristes – leur financement notamment. Des accusations qui ont pu faire vaciller les esprits français à l’époque, sans les faire plier.

Dans une interview fleuve accordée à l’hebdomadaire Le Point, le président de la République, Emmanuel Macron, avait pu laisser entendre qu’il renvoyait dos à dos Arabie saoudite et Qatar en matière de financement du terrorisme. Avec, cependant, la nuance suivante : jamais il n’a été prouvé que de tels actes avaient été commis grâce à une quelconque aide saoudienne ou qatarie. Des propos exprimés de manière maladroite, peut-être, mais qui semblent perdre toute légitimité depuis que les forces françaises participent, depuis le 14 septembre, à la campagne franco-qatarie de lutte contre l’extrémisme et le terrorisme.

Pas sûr, d’ailleurs, que Riyad soit très bien placée pour donner des leçons de morale en la matière. Tous les groupes djihadistes contemporains n’ont-ils pas fait de la religion d’Etat saoudienne, le wahhabisme – un courant rigoriste et traditionnel de l’islam –, leur (dé)raison d’être ? Sans parler des bombardements effectués par l’Arabie saoudite au Yémen voisin, où une guerre civile a éclaté en 2014 entre loyalistes (sunnites) et opposants au pouvoir (chiites), responsables d’environ deux tiers des 5 000 morts perpétrées. Le Conseil des droits de l’Homme vient à ce titre d’ouvrir une enquête internationale pour faire la lumière sur de potentiels « crimes de guerre ».

Le régime saoudien semble acculé sur tous les fronts. Ce qui explique sans doute certaines réactions étonnantes de sa part. Comme le 8 septembre dernier, quand après un échange téléphonique avec l’émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al-Thani, le prince héritier, Mohammed ben Salmane, a brusquement décidé de mettre fin aux pourparlers naissants. La diplomatie qatarie, pourtant, était prête à s’assoir à la table des négociations pour discuter d’une sortie de crise. Et notamment de la fin de l’embargo saoudien qui prive la population de l’émirat. Dans les crises internationales, si les symboles sont puissants, les attitudes le sont tout autant.

Déjà une remarque sur cet article

  1. Le-civilisateur dit :

    Vous n’aller peut-être pas y voir de rapport direct mais tous les constructeurs automobiles européens travailent à se désolidariser du pétrol.

    Dans 20 ans nous ne serons plus obliger de négocier des accords avec le golf persique.

    Affaire à suivre…

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