Linky : les mauvaises ondes du Monde

Rédigé par Notre équipe le 26 octobre 2017.

Une « vaste opération », « mal partie », qui « s’annonce perdante » pour l’économie française.Voici résumée en quelques mots l’analyse, toute personnelle, que Patrice Cahart, inspecteur général des finances honoraire de son état, a livré du déploiement des compteurs Linky, le 5 octobre dernier aux lecteurs du Monde…qui n’en demandaient sans doute pas tant.

Dans une tribune publiée par le quotidien du soir, le haut fonctionnaire s’en prend en effet au nouveau compteur électrique intelligent, progressivement déployé par la société Enedis chez les usagers français. Dénonçant le coût et le modèle même de l’opération, Patrice Cahart relaie également une série de rumeurs mettant en cause la sécurité sanitaire du dispositif : revoici donc les fameuses « ondes » soit disant émises par le compteur, dont l’auteur note, très à propos, qu’elles vont s’ajouter aux ondes électromagnétiques déjà existantes dans chaque foyer. Raisonnement imparable, en effet. Faut-il donc en déduire que Linky est, après les fours micro-ondes, les téléphones portables et les box WiFi, l’appareil électrique de trop, celui qui va faire inéluctablement et à lui seul déborder la coupe électromagnétique ?

Restons sérieux. Un sérieux dont le vénérable journal fondé par Beuve-Méry semble pourtant se départir dès qu’il s’agit des compteurs communicants. Ce n’est pas la première fois, en effet, que Le Monde publie dans ses colonnes un papier à charge contre Linky. Déjà en avril 2016, dans un long papier, sobrement intitulé « Faut-il se méfier des compteurs Linky ? », le quotidien faisait référence à des ondes classées « cancérogènes possibles » – avant de reconnaître l’innocuité de celles émises par le compteur incriminé –, ou encore aux menaces qu’il ferait peser sur la vie privée des utilisateurs…

Les lecteurs du Monde au chevet de la vérité

Autant d’accusations, d’approximations et d’idées reçues que n’ont pas laissé passer les lecteurs du Monde. Les commentaires des deux articles en ligne sont, à ce titre, éloquents. Et rétablissent quelques vérités malmenées… ou oubliées.

« Avez-vous les pieds sur terre ? », demande d’emblée l’un des commentateurs du premier article, soulevant la question, stratégique, du stockage de l’énergie – un stockage local qui « coûte et pollue énormément », si l’énergie produite localement n’est pas revendue, par exemple, au distributeur – ce que permet justement le compteur Linky. « L’autoconsommation sans réseau, c’est du gaspillage de ressources, abonde un autre lecteur. Une aberration économique, écologique et plus de précarité énergétique ».

Les commentateurs du Monde ne se montrent pas plus tendres avec la tribune de notre ami inspecteur des finances. « Le compteur Linky trouvera son utilité au fil de la décentralisation de la production électrique, avec le photovoltaïque », explique un certain « Marc ». « Tout à fait », renchérit un autre lecteur : « Je suis équipé de panneaux photovoltaïques en autoconsommation et s’il y a excédent, il sera vu par Linky ». « Quant au rayonnement, c’est du pipeau : les courants porteurs existent déjà sur les compteurs actuels et le niveau est insignifiant par rapport à n’importe quel smartphone ».

En somme, résume « Marc », Philippe Cahart « vit au 19e siècle (…) et n’a visiblement pas étudié le dossier ». Fermez le ban. Au-delà de l’indignation légitime de lecteurs manifestement plus au fait du sujet que l’auteur de la tribune, ces commentaires mettent en lumière les nombreuses impasses de son analyse. A commencer par le rôle de Linky en tant qu’outil de gestion du réseau, ou comme porte d’entrée indispensable pour l’autoconsommation.

Demain, tous producteurs ?

Sans Linky, par exemple, pas de système de production décentralisé faisant appel aux énergies renouvelables. Sans compteur communicant, en effet, il sera impossible d’intégrer les énergies vertes auto-produites dans le réseau. Et sans énergies renouvelables, pas de transition énergétique… L’enjeu est de taille, suffisamment, du moins, pour qu’il ne soit pas passé par pertes et profits dans une tribune consacrée au sujet.

Alors que près de la moitié (47%, selon un sondage Opinionway réalisé en juin 2016) des Français se disent prêts à investir dans des panneaux solaires, l’autoconsommation n’est plus de la science-fiction. Encore moins depuis que l’ordonnance de juillet 2016 a fourni un cadre légal à ces nouvelles pratiques énergétiques.

Linky, quant à lui, permet de calculer avec un seul dispositif, au lieu de deux auparavant, la consommation et la production d’électricité au niveau local. Le compteur apparaît donc comme la pierre angulaire des réseaux intelligents, permettant de mieux contrôler sa consommation électrique et, surtout, de passer d’un modèle de production centralisé à un modèle décentralisé. Il était temps.

Alors demain, tous producteurs ? On en prend le chemin, alors que le coût d’installation des panneaux photovoltaïques a été divisé par quatre entre 2007 et 2014. Un objectif réaliste, à condition de ne pas céder aux peurs et fantasmes relayés par certains journaux, qu’on a connus plus sérieux.

Déjà 4 remarques sur cet article

  1. d'Albronn dit :

    oui, il vaut mieux que cet inspecteur des finances soit à la retraite ; on aurait moins ri s’il avait encore une once de pouvoir !

    C.d’A

  2. LIVERSAIN dit :

    Bravo 24hActu ! vous êtes vraiment dans le sens de l’histoire !
    Et merci comme vous le dites, pour votre sérieux, les pieds sur terre…. et j’ajouterais : la tête dans le sable…

  3. Pas dit... dit :

    Cet inspecteur lève des questions tout à fait légitimes. Certes, il y a d’autres sources d’ondes dans les habitations, mais tout un chacun est libre de ne pas avoir de micro-ondes, de portable ou de CPL dans ses murs…Linky ne laisse pas le choix…personnellement, je me rangerai plutôt à l’avis du calcul du ratio bénéfice/risque…très mauvais pour linky: aucun bénéfice (si on n’a pas de panneau photovoltaique), une conception mal pensée (CPL + réseau GSM), des problèmes en plus et des risques (peut être légers, certes, mais pas nuls) au niveau des ondes et de la vie privée.
    Pourquoi ne pas laisser chacun décider de ce qu’il souhaite laisser entrer chez lui ?

  4. Le Cecilien dit :

    LINKY saura ce que vous regardez à la télévision.
    LINKY saura ce que vous regardez à la télévision. Les compteurs communicants de type LINKY sont une source d’information à forte valeur ajoutée. « La précision est tel que nous pouvons reconnaitre toutes les configurations d’appareils; à partir de la variation de luminosité que génère un téléviseur, nous pouvons identifier quel film visionne le téléspectateur, Ainsi les informations de consommation d’énergie transmise devienne le mirroir du mode de vie d’un foyer de quoi intéresser les entreprises énergétiques mais également les entreprises commerciales, les commitions d’enquêtes et les cambrioleurs »

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