Lutte contre le terrorisme : la méthode (musclée) égyptienne est-elle la bonne ?

Rédigé par Notre équipe le 03 novembre 2017.

Depuis qu’Abdel Fattah Al-Sissi, répondant à l’appel du peuple égyptien, a renversé le Frère musulman Mohamed Morsi en 2013, les actes terroristes se multiplient en Egypte, frappant sans distinction les citoyens égyptiens de confession musulmane et chrétienne. Les forces de sécurité paient également un lourd tribut dans cette guerre sans merci contre le terrorisme. En avril dernier, le gouvernement, qui espère renforcer la coopération internationale dans la lutte antiterroriste, a mis en place un conseil national afin d’adopter une stratégie globale en la matière.

L’Egypte ne déroge pas à la règle selon laquelle lutter contre le terrorisme en dehors de ses frontières, c’est aussi s’y exposer un peu plus à l’intérieur. Quasiment toutes les puissances engagées de près ou de loin sur le terrain, en Syrie et en Irak aujourd’hui, font ce douloureux constat. Mais toutes partagent la même conclusion : s’effacer derrière des actes dont le seul but est d’instiller la terreur n’est pas la solution. C’est ce qu’ont estimé de concert le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, en visite officielle à Paris, la semaine dernière, et son homologue français, Emmanuel Macron.

Le Chef de l’Etat a d’ailleurs rappelé que la France se tenait prête à approfondir sa coopération dans la lutte antiterroriste avec l’Egypte, « un partenaire stratégique » et « un élément central de la stabilité régionale » selon le locataire de l’Elysée. « La France se tient au côté de l’Egypte car la sécurité de ce pays ami, c’est aussi notre propre sécurité » a-t-il indiqué, ajoutant que la volonté commune des deux pays « est d’agir très étroitement ensemble de manière partenariale afin de lutter contre les individus et les groupes liés à Daesh, Al-Qaïda ou à l’ensemble des mouvements terroristes qui opèrent dans la région. » En Egypte, les principales cibles de ces organisations sont des citoyens innocents ainsi que les membres des forces de sécurité que ce soient les policiers ou les militaires.

« Le président Sissi a un défi, l’éradication du fléau du terrorisme »

En mai dernier, l’Etat islamique (EI) revendiquait ainsi l’attaque d’un autocar dans lequel se trouvaient des dizaines de Coptes – les chrétiens d’Egypte, qui représentent environ 10 % de la population – en voyage vers un monastère situé à plus de 200 kilomètres au sud du Caire. Bilan : 29 morts et plusieurs blessés. En avril, soit quelques semaines avant, des attentats suicides contre deux églises coptes avaient déjà fait 45 morts au nord du Caire. Et en 2013, juste après le renversement de Mohamed Morsi, plusieurs lieux de cultes orthodoxes avaient été incendiés. Depuis plusieurs années, les Coptes sont aussi visés par le terrorisme.

Le 20 octobre dernier, quelque 40 policiers égyptiens sont morts dans une embuscade terroriste sur une route désertique, à moins de 200 kilomètres au sud-ouest du Caire, selon le ministère de l’Intérieur. La source a précisé que le convoi des forces égyptiennes avait été visé par des tirs de roquettes et touché par des engins explosifs, avant de répliquer et tuer plusieurs terroristes. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, tout en présentant ses condoléances à l’Egypte, avait déclaré que « la France réitère son soutien à la stabilité [du pays] dans ces moments douloureux ». Emmanuel Macron, en marge de la visite de son homologue égyptien, a de son côté reconnu que « le président Sissi a un défi, la lutte contre les mouvements terroristes, contre un fondamentalisme religieux violent. C’est le contexte dans lequel il doit gouverner, nous ne pouvons en faire abstraction. »

« Realpolitik »

Plusieurs associations, dont Human Rights Watch, ont à ce titre, regretté que le président français n’insiste pas plus sur la question des droits humains. C’est l’une des grandes rengaines des islamistes égyptiens – qui appartiennent pour la plupart à la confrérie des Frères musulmans, organisation terroriste selon les autorités égyptiennes –, chassés du pouvoir par M. Al-Sissi en 2013. Moyen de pression politicien ou combat justifié ? Sans doute un peu des deux. D’un côté : de nombreuses arrestations et des gardes-à-vue qui s’éternisent ; de l’autre, des dizaines de morts, dans le désert occidental ou dans le Sinaï, imputables à des entreprises terroristes. D’un côté, des droits à respecter, car fondamentaux ; de l’autre, une « realpolitik » à embrasser nécessairement surtout lorsque la sécurité de 100 millions d’habitants est en jeu. Impossible de nier que la situation en Egypte est aujourd’hui bien trop particulière et sensible pour émettre des jugements à l’emporte-pièce.

Le gouvernement, de son côté, avance pas à pas pour endiguer le terrorisme. En juillet dernier, il a ainsi décidé de mettre en place un Conseil national de lutte contre le terrorisme pour établir une stratégie nationale globale. Au menu, notamment : la création d’opportunités d’emplois dans les régions où sévit l’extrémisme, l’élaboration de zones industrielles dans ces mêmes secteurs, le renforcement de la sécurité de la population égyptienne – quelle que soit sa religion. Au-delà des frontières nationales, les autorités militent également pour un approfondissement de la coopération dans la lutte antiterroriste. Sur le continent Africain notamment.

Coopération internationale

Abdel Fattah Al-Sissi était en visite officielle au Tchad, en août dernier, pour s’entretenir sur le sujet avec son homologue, Idriss Déby ; les deux chefs d’Etat se sont mis d’accord pour réactiver la commission mixte de coopération entre leur pays. Car pour le président égyptien, « le danger du terrorisme persiste et il faut agir vite, sur tous les plans, militaire, éducation, enseignement et formation des jeunes pour venir à bout de ce phénomène. Nous devons coopérer pour le bien-être de tous les peuples et je compte sur le Tchad en tant que pays frère et allié ». L’an dernier, c’est au Burkina Faso que le chef d’Etat égyptien s’était rendu. Avec le même objectif : discuter des relations bilatérales entre les deux pays et leur coopération dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, afin de faire « un tour d’horizon de la situation sécuritaire dans la sous-région ouest-africaine ».

A de nombreuses reprise, Abdel Fattah Al-Sissi a appelé la communauté internationale à soutenir les efforts faits par les pays africains en matière de lutte contre le terrorisme. Lui qui s’est placé en première ligne et se veut l’interlocuteur privilégié de l’Occident dans la lutte contre ce fléau. Comme en 2015, lorsqu’il demandait au Conseil de sécurité de l’ONU d’adopter une résolution pour intervenir militairement en Libye, où l’EI s’était constitué un foyer nord-africain. Le gouvernement égyptien avait d’ailleurs entrepris de frapper Daesh sur le territoire libyen, après que l’organisation djihadiste ait assassiné au moins vingt citoyens égyptiens Coptes.

« Nous ne voulions pas que l’Egypte intervienne militairement, nous ne voulions pas agir à l’intérieur de la frontière libyenne par respect pour la souveraineté et pour le peuple libyen, mais ce qu’il s’est passé est un crime monstrueux » s’était-il justifié alors que certaines voix s’élevaient pour dénoncer une ingérence. Le 7 octobre dernier, les dépouilles des vingt Egyptiens ont été retrouvées, après que les forces loyales au gouvernement libyen d’union nationale ont repris la ville de Syrte, ancien bastion des djihadistes.

Tribune proposée par A.L. Berthier

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