Beurre : une fausse pénurie bien salée

Rédigé par notre équipe le 07 novembre 2017.

La France serait-elle en train de revivre les heures les plus sombres de son histoire ? Depuis l’Occupation, jamais les Français n’avaient eu à souffrir d’une pénurie de beurre. Premier consommateur mondial par habitant, notre pays est doté d’une forte tradition dans le domaine laitier, mais d’un seul coup d’un seul, les plaquettes de beurre ont déserté les rayons des supermarchés. Est-ce la première étape d’une famine programmée ? Si le spectre de la famine n’est pas à craindre, cette « pénurie » a pourtant quelque chose de programmée…

La France serait-elle à ce point entrée en décadence qu’elle n’est plus capable de produire assez de beurre pour sa population ? Un français consomme en moyenne 8 kilogrammes de beurre chaque année, ce qui le place en tête au niveau mondial devant les Allemands et les Tchèques. Consommer du beurre n’est donc pas une nouveauté et l’appareil productif fonctionne bien. Alors comment comprendre des rayons vides depuis plusieurs semaines dans certains supermarchés ?

Des distributeurs tout puissants

La réponse a été donnée par les producteurs qui multiplient depuis plusieurs jours les opérations de communication pour dénoncer l’attitude irresponsable et coupable de certains distributeurs. La production française de beurre a augmenté depuis un an, mais la pénurie frappe. Il s’agit là d’un non sens sauf si l’on se penche sur le business des distributeurs. Ces derniers signent avec les producteurs un accord annuel sur le prix du beurre, lequel doit être renouvelé en février 2018. L’accord prévoir le prix de la tonne de beurre au cours des douze prochains mois et peu importe l’évolution des cours du beurre. Un système dans lequel les distributeurs sont toujours gagnants, car en position de force. Ils dictent donc le prix qu’ils veulent bien accorder aux producteurs de lait et tant pis si cela ne permet pas aux paysans de vivre de leur travail.

Mais en l’espèce, le scandale est double ! En effet, en plus de ne pas rémunérer les producteurs au juste prix et de les laisser dans la plus grande des misères, ils organisent une pénurie qui prive le consommateur final de beurre. Car depuis l’accord de février 2017, les prix mondiaux du beurre ont explosé notamment en raison de la demande toujours plus importante de pays comme la Chine et l’Arabie saoudite. La consommation de beurre a progressé de 7 % entre 2012 et 2016. Une aubaine pour les producteurs qui ne reste malheureusement que très théorique. Et là encore, les industriels sont responsables car au lieu d’écouler leurs stocks sur le marché français, ils l’exportent là où les prix ont sensiblement augmenté.

Ainsi, la pénurie est artificiellement créée. Le consommateur français n’a plus de beurre et le producteur continue de survivre alors que les cours mondiaux, s’ils étaient suivis, devraient l’aider. Champions de la com’, certaines enseignes ont fait savoir que leur devoir est de proposer les meilleurs produits aux tarifs les plus attractifs. Le refrain est attrayant et se moque bien de la réalité. Les supermarchés exploitent depuis des années les producteurs et les condamnent à la pauvreté. Les marges sont parfois énormes tandis que certains produits sont vendus à pertes afin d’attirer les clients par des petits prix. Le système est bien connu, mais est encadré de manière lâche.

La grande distribution est coupable et montre que le chemin à suivre : les circuits courts. En se passant des intermédiaires, le système sera bien plus bénéfique sur les plans économique et gustatif. Toutefois, deux garde-fous empêchent le développement généralisé des circuits courts : la concentration de la population dans des métropoles bétonnées et le lobbying hallucinant des industriels qui ont leur chambre dans toutes les institutions françaises et européennes. Même le ministre de l’agriculture a fini par reconnaître que la pénurie actuelle n’en était pas vraiment une. Pour quelle sanction envers les affameurs ? Aucune…

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