Le Louvre Abu Dhabi a-t-il récupéré des œuvres issues du trafic de biens culturels ?

Rédigé par Notre équipe le 13 décembre 2017.

Louvre Abu Dhabi

Le Louvre Abu Dhabi est sous le coup d’une enquête du gouvernement irakien sur un possible trafic de biens culturels impliquant Daesh, seulement quelques jours seulement après son inauguration. Si les faits étaient vérifiés, l’affaire constituerait un véritable affront pour les Émirats arabes unis et un énorme coup dur pour l’image de la France.

De son inauguration en grand pompe le 8 novembre dernier, les médias internationaux ont surtout retenu la présence d’Emmanuel Macron, qui effectuait son premier déplacement dans le Golfe persique. Le président français a qualifié le lancement du Louvre Abu Dhabi de « tournant décisif » dans les relations entre la France et les Émirats arabes unis, résultat des 10 premières années d’un partenariat de 30 ans entre les deux nations. Mais pour certains observateurs avertis, l’ouverture du nouveau musée de la capitale émiratie a surtout mis en lumière un possible scandale gigantesque : l’exposition d’objets anciens volés par des groupes terroristes en Irak, en Syrie et en Égypte. Suite à la publication de plusieurs images et plaintes sur les réseaux sociaux, le gouvernement irakien a annoncé avoir lancé une enquête pour déterminer si certaines des œuvres exposées ne font pas partie des 15 000 antiquités disparues depuis l’intervention militaire américaine dans le pays en 2003.

« Le Parlement va déposer une motion avec le gouvernement pour former une commission afin d’enquêter sur la manière dont [ces objets] sont arrivés aux Émirats arabes unis et d’entamer une action légale pour les rapatrier en Irak », a déclaré Sadeq Rassoul, membre du Parlement irakien. Contacté par la rédaction de The New Arab, qui a révélé l’affaire le 13 novembre, la direction du Louvre Abu Dhabi reste enfermée dans un curieux mutisme, contribuant à alimenter les soupçons autour de la provenance des biens en question. Sur les réseaux sociaux, les réactions de protestation se sont multipliées depuis trois semaines, accusant les Émirats arabes unis de profiter du pillage des pays concernés par les réseaux terroristes. Les internautes s’appuient sur des photos prises dans le nouveau musée, qui montrent des sculptures issues des civilisations akkadienne, assyrienne, babylonienne, ottomane et sumérienne, ainsi que d’Inde.

Daesh : un trafic d’antiquités lucratif et rôdé

Très vite, d’aucuns ont fait le lien avec les pratiques de Daesh, connu pour ses lucratives activités de contrebande de bien culturels. Selon l’organisme intergouvernemental GAFI (groupe d’action financière), le groupe islamiste contrôlait près de 4 500 sites historiques en Irak et en Syrie en 2015, amassant des millions de dollars en revendant les trésors saisis sur place. Ses membres auraient mis sur pied une organisation bien rôdée, avec un système de taxe de 30 à 60 % pour les revendeurs, d’après le Département d’État américain. « Ils volent tout ce qu’il peuvent vendre, et ils détruisent ce qu’ils ne peuvent pas vendre, déclarait alors Qais Hussein Rasheed, ministre irakien du patrimoine. Nous avons remarqué que le trafic d’antiquités a considérablement augmenté depuis le mois de juin [2015] », au moment où Daesh prenait le contrôle de Mossoul, la deuxième plus grande ville d’Irak.

Pour les Émirats arabes unis, l’exposition d’objets volés par Daesh constituerait, si elle était confirmée, une terrible contradiction. L’état arabe serait alors reconnu coupable de financer indirectement le groupe terroriste qu’il prétend publiquement combattre. La situation pourrait s’avérer encore plus embarrassante pour le gouvernement français, qui travaille sur le projet de Louvre Abu Dhabi depuis 10 ans. Particulièrement médiatisée pour exprimer sa volonté d’ouverture au monde arabe, la présence d’Emmanuel Macron vaudrait alors caution, aux yeux du monde, au vaste trafic de biens culturels orchestré par Daesh. Un véritable coup dur pour l’image de la France et pour sa crédibilité diplomatique, notamment vis-à-vis des pays lésés, qui mérite d’être rapidement tiré au clair.

Daniel Almasi

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