Glyphosate : le Foll tacle le gouvernement

Rédigé par Notre équipe le 22 décembre 2017.

Une sortie rapide du glyphosate est-elle envisageable ? Pour l’ancien ministre Stéphane Le Foll, l’option n’est pas réaliste. Une sortie médiatique qui relance le débat sur cet herbicide, récemment mis en lumière par une nouvelle étude américaine particulièrement rassurante. Et si l’exécutif avait pêché par excès de zèle ?

« Pour se passer des phytosanitaires, pour se passer du glyphosate, il faut changer complètement tous les modèles de production agricole qui ont été conçus il y a cinquante ans avec le glyphosate » déclarait ce mercredi 20 décembre sur France Inter l’ancien ministre de François Hollande, estimant que « ceux qui sont capables de dire qu’en deux ans ils changent tout, ils racontent des histoires ». Discret depuis la fin de son passage rue de Varenne, Stéphane le Foll a surpris son interlocutrice Léa Salamé en s’opposant ouvertement à la promesse faite récemment par Emmanuel Macron d’interdire le produit dans les cultures françaises d’ici trois ans. Des propos qui expriment le désarroi d’une bonne partie du monde agricole, des experts et des scientifiques. Alors que les alternatives à l’herbicide de Monsanto se révèlent coûteuses, polluantes ou compliquées, des analyses rassurantes sur le glyphosate apparaissent dans la presse scientifique.

Ainsi, une importante étude épidémiologique concernant les éventuels liens entre le glyphosate et l’incidence du cancer chez les agriculteurs vient d’être publiée dans la revue scientifique Journal of the National Cancer Institute. Il s’agit probablement de la plus grosse étude épidémiologique de ce type à ce jour.

Contrairement aux études réalisées sur des animaux, les études épidémiologiques visent à évaluer la distribution des maladies et des facteurs qui y contribuent sur les populations humaines. Au lieu de comparer la mortalité ou la survenue de certaines maladies chez un groupe de rats exposés au produit testé par rapport à un groupe non exposé, on prend des êtres humains ayant été véritablement exposés et l’on étudie la surmortalité ou le risque de survenance de certaines maladies.

Commanditée et financée par des institutions publiques américaines de recherche, l’Agricultural Health Study (AHS) est un exemple de ce dernier type d’étude. Elle est en effet le résultat d’un vaste projet de suivi de l’état de santé de dizaines de milliers de salariés agricoles, d’agriculteurs et de leurs familles dans les États américains de l’Iowa et Caroline du Nord.

Équipe rigoureuse et non partisane

Comme le rappelle France Info, au total, 54 251 personnes ont été suivies par une douzaine de chercheurs pendant vingt ans. Parmi elles, 9 319 n’ont jamais été en contact avec le glyphosate et constituent ce que les spécialistes appellent le « groupe de contrôle », à savoir celui dont le taux d’incidence du cancer sera comparé au taux d’incidence chez les personnes ayant été exposées au glyphosate.

C’est désormais chose faite. Durant la période de suivi, on a diagnostiqué 7 290 cas de cancer pour le total des agriculteurs, dont 1 511 cas dans le groupe de contrôle et 5 779 dans le groupe « glyphosate ». La proportion d’individus ayant déclaré la maladie est ainsi statistiquement identique (environ 14 %) chez l’ensemble des agriculteurs suivis, qu’ils aient été ou non exposés au glyphosate.

Ceci permet aux chercheurs de l’AHS de conclure qu’il n’y a pas d’association entre l’herbicide et les cancers « solides », ni avec les cancers du sang.

Les résultats de cette étude sont d’autant plus importants qu’elle a été réalisée par une équipe réputée pour son sérieux et sa neutralité. Aucun de ses membres n’a déclaré de conflits d’intérêts et la directrice de l’équipe, Laura Beane Freeman, est une spécialiste reconnue de l’épidémiologie du cancer chez les travailleurs exposés. Elle a travaillé sur des sujets similaires pour l’exposition au formaldéhyde, à l’arsenic et à d’autres types de pesticides dans l’agriculture.

Pour le CIRC, l’étude est « importante, sérieuse et bien réalisée »

Même le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), seule agence internationale à avoir classé le glyphosate comme « cancérogène probable » pour l’homme, a reconnu que l’étude de l’AHS est « importante, sérieuse et bien réalisée ». L’organisation liée à l’OMS estime en outre que les données qui viennent d’être publiées approfondissent les premiers résultats de l’étude. Partiellement dévoilés en 2015, ils affirmaient déjà qu’il n’y avait pas d’association entre le lymphome hodgkinien et le glyphosate.

Le gouvernement d’Édouard Philippe prendra-t-il en compte les résultats de cette nouvelle étude dont les experts s’accordent à dire qu’elle est neutre et non partisane ? Alors que les pays membres de l’Union européenne peinent à se mettre d’accord sur la question du glyphosate depuis plus d’un an, on voit mal l’État français ignorer ces nouvelles données.

Déjà une remarque sur cet article

  1. PhilZ dit :

    Encore une fois quel décalage entre les approximations de la presse et d’écologistes qui se gargarisent de pseudo-vérités plus idéologiques que réelles et l’approche de véritables scientifiques qui ne cherchent qu’à limiter modestement leurs observations aux constats des études menées avec rigueur…

    Quelle démonstration supplémentaire de ces tentatives de plus en plus fréquentes de manipulation des masses pour ces mêmes groupes influant car l’information ( ou plutôt une forme de désinformation) et l’écologie sont de puissants moyens pour contrôler et culpabiliser les individus donc pour asseoir ensuite sa puissance
    Le business n’est pas forcement la ou l’attend.
    Le monde dérive dangereusement..

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