Un échiquier trop grand pour l’Arabie saoudite

Rédigé par notre équipe le 27 décembre 2017.

N’en déplaise à nos élites qui profitent des largesses de cet Etat pétrolier, l’Arabie saoudite est l’un des pays les plus obscurantistes de la planète. Complètement arriéré, il tente d’imposer sa conception du monde grâce à ses dollars et à la permissivité des autres Etats. Mais parfois, certains individus lui rappellent ce qu’il est et malmènent une communication qui voudrait faire de ce pays un paradis terrestre. L’Arabie saoudite ferait bien de revoir ses prétentions à la baisse pour éviter un échec et mat retentissant.

Les compétitions sportives sont devenues une vitrine de choix pour la plupart des régimes arriérés. Les sportifs adulés sont invités à se produire lors de compétitions prestigieuses et très lucratives. L’Arabie saoudite n’échappe pas à la règle et se bat pour obtenir l’organisation de tournois dans des disciplines détestées et souvent interdites dans les faits. C’est le cas des échecs. Jeu millénaire dont l’origine reste encore entourée de mystère, les échecs ont été introduits en Europe au contact des Arabes.

Un tournoi mort-né

Les choses ont bien changé. Désormais victime d’une fatwa en Arabie saoudite, les échecs sont interdits par l’autorité religieuse suprême du pays. Les jeux de réflexion ne sont pas admis dans ce royaume (pour éviter de se rendre compte de la pauvreté intellectuelle dans laquelle il se complait ?) et l’on comprend mal la décision de la Fédération internationale d’échecs de donner à l’Arabie le soin d’organiser les championnats du monde de Blitz et de parties rapides. Là encore, il s’agit d’une histoire de gros sous. Les sommes et les intéressés ne seront certainement jamais connus officiellement, et il n’est même pas certain qu’il rougissent face au scandale déclenché avant même le début de la compétition (26-30 décembre 2017).

La Fédération ne sait plus quoi faire face au refus des Saoudiens de délivrer des visas pour sept champions israéliens pourtant qualifiés pour la compétition. Simplement invités à rester chez eux parce qu’Israéliens. Une belle preuve d’ouverture d’esprit de la part de Saoudiens au lourd passif. Les règles sont pourtant claires : il est interdit d’empêcher la participation d’un concurrent en raison de sa nationalité. Les joueurs du Qatar et d’Iran ont obtenu in extremis leur visa, mais il est trop tard : l’Arabie saoudite s’est de nouveau distinguée par son arriération et sa haine de tout ce qui ne va pas dans le sens de l’obscurantisme wahhabite.

La compétition aurait due être annulée en raison d’organisateurs aussi peu scrupuleux. Mais nul doute que le panache de la double championne du monde Anna Muzychuk porte un coup grave à l’image de la compétition. L’Ukrainienne a annoncé qu’elle ne se rendrait pas à Ryad afin « de ne pas jouer en fonction des règles de quelqu’un d’autre, de ne pas porter une “abaya”, de ne pas devoir sortir accompagnée et de ne pas me sentir comme une créature inférieure ». Voilà une championne et une femme de conviction. Loin de ses compatriotes des Femen, Anna Muzychuk défend une cause véritable et sacrifie un pan de son palmarès et des gains financiers substantiels pour dire non à la crétinerie malsaine.

Son absence fait d’ores et déjà entrer cette compétition dans une catégorie inférieure et la future gagnante saura qu’elle a été couronnée sans avoir dû affronter la meilleure joueuse et dans un pays qui hait les échecs. L’Arabie saoudite, elle, ronge son frein. Elle voulait faire oublier son obscurantisme à coups de dollars et de compétitions tronquées, elle n’aura que le poids de son arriération à porter jusqu’à la fin de ce tournoi, lequel espérons-le, sera le dernier du genre en cette terre qui n’aime décidément pas l’intelligence.

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