Électrosensibilité : au-delà du conspirationnisme, un business juteux

Rédigé par Notre équipe le 01 février 2018.

Dans l’ère de la post-vérité, la santé est devenue un business comme les autres. Après la montée en puissance des régimes détox, qui ne se fondaient sur aucune base scientifique, l’électro-sensibilité est devenu le nouveau marché de scientifiques de tous poils. Et les charlatans ne manquent pas.

La vérité est ailleurs. Remise en cause de l’homme sur la lune, de la forme de la Terre, croyance en un complot du 11 septembre 2001 orchestré par la CIA… Récemment, 79 % des Français interrogés par l’Ifop ont répondu croire à au moins à une des théories du complot qui leur étaient soumises. Des théories qui pullulent sur le net et font les choux gras des colporteurs de mauvaise nouvelles. Des campagnes de désinformation sont également propagées, comme celle sur les vaccins obligatoires décidés par la ministre de la Santé, Emmanuelle Buzyn. Plus de la moitié des Français estiment ainsi, selon l’Ifop, que « le ministère de la santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins ». Et ce, bien que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ait déjà rappelé les risques liés à cette défiance, notamment la résurgence de maladies éradiquées.

Des effets sur la santé jamais démontrés

Le compteur Linky s’attire, lui-aussi, les critiques d’une partie de la population. Ses opposants mettent en garde contre les risques liés aux ondes : l’électrosensibilité qui entraînerait maux de tête, fatigue, dépression, douleur articulaire, problème cardiaque… L’OMS et les autorités médicales n’ont pourtant jamais établi de liens entre ces souffrances et l’exposition aux ondes électrosensibles. L’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) et l’OMS ont également pratiqué des dizaines d’expériences visant à étudier les troubles ressentis par des personnes électrosensibles dans une pièce dotée d’un émetteur. Résultat, que ce dernier soit éteint ou allumé, les troubles décrits restaient stables. Pour l’OMS, il s’agirait davantage d’un « trouble psychologique » les études démontrant que « les champs électromagnétiques n’étaient pas à l’origine des symptômes constatés ». Pourtant, elle court, elle court la rumeur. Concernant celle sur Linky, elle semble même entretenue par ses détracteurs. Ils s’appuient notamment sur une étude menée en 2008 par l’association CRIIREM (Centre de recherche et d’information indépendant sur les rayonnements électromagnétiques). A sa tête, Pierre le Ruz, un docteur en physiologie animale qui a pourtant déclaré que son rapport présenté devant l’Assemblée nationale était un « ressenti des riverains et non pas une étude épidémiologique »…

Un médecin mis en cause par l’ordre de la profession

Un business pour le moins original se développe néanmoins autour des ondes

On peut trouver sur Internet des produits promettant de s’en protéger: patch pour le corps, “burka” anti-ondes, pastille en shungite à avaler, clef USB protectrices, Belly Armor (protection du foetus) ou encore patch à coller derrière son téléphone portable… Certains se vendent entre 10 et 1000 euros. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANES) a voulu tester certains de ces dispositifs. Ses conclusions sont sans appel : « aucun effet probant de ces dispositifs sans une altération des performances du téléphone mobile. Au contraire, les protections qui modifient les performances radioélectriques des téléphones mobiles, en dégradant par exemple les capacités de réception, risquent, dans des conditions d’utilisation réelles d’augmenter le niveau d’exposition de l’utilisateur ».

Mais les élucubrations électro-sensibles ont fini par inquiéter quand un médecin a choisi d’en faire son fonds de commerce. Selon une information de l’Agence de Presse Médicale relayée par le Figaro, le Pr Dominique Belpomme, un cancérologue aux positions scientifiques controversées, a récemment été visé par une procédure disciplinaire menée par le Conseil national de l’ordre des médecins.

L’homme, reconverti dans la “médecine environnementale” depuis 2009, n’en est pas à son coup d’essai. Dans sa luxueuse clinique privée parisienne, ce dernier reçoit une fois par semaine des personnes se prétendant victimes de troubles liés aux champs électromagnétiques. Après un examen d’imagerie médicale controversé (la “tomosphygmographie ultrasonore cérébrale”, une technique qui n’était plus utilisée depuis 1986) et 250 euros de diagnostics plus tard (non remboursés par la Sécu), le Pr Belpomme délivre un certificat médical attestant d’un “syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques”.

Parmi la centaine de certificats d’électro-sensibilités reçus entre 2015 et 2016 par EDF, au moins la moitié a ainsi été signée de la main du Pr Belpomme. Un chiffre qui semble confirmer les interrogations de l’Ordre, pour qui l’absence de diagnostic individuel et des bases scientifiques branlantes justifient la procédure disciplinaire en cours.

Avant de procéder à celle-ci, l’Ordre des médecins a sollicité à trois reprises le Pr Belpomme pour obtenir un éclairage sur ses diagnostics. Celui-ci n’a pas daigné répondre au coup de fil.

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