Geoffroy Roux de Bézieux, un mondain à la tête du Medef ?

Rédigé par Notre équipe le 08 février 2018.

Geoffroy Roux de Bézieux

Favori pour prendre la suite de Pierre Gattaz, le médiatique patron a encore une longue campagne devant lui pour convaincre ses pairs que la présidence du Medef ne représente pas, pour lui, un simple trophée à son tableau de chasse.

Geoffroy Roux de Bézieux sera bien candidat à la succession de Pierre Gattaz à la tête du Medef. Il y aura donc comme un air de déjà vu lors de l’élection, qui se tiendra le 3 juillet prochain. Celui qui fait figure de favori était, en effet, déjà en lice en 2013 pour remplacer Laurence Parisot, avant de se désister, dans la dernière ligne droite, en faveur de l’actuel président. Un renoncement qui lui avait valu de décrocher la vice-présidence de l’organisation patronale.

Des atouts… et des faiblesses

Cette fois, Geoffroy Roux de Bézieux a bien l’intention de ne pas se contenter d’un tel lot de consolation. Incontestablement, le candidat a des atouts : il peut compter sur son réseau, sur sa bonne connaissance des arcanes patronales, sur sa réussite dans les affaires et, last but not least, sur une très bonne présence médiatique. Cela suffira-t-il a décrocher la timbale ? Rien n’est moins sûr.

Car l’homme a aussi ses faiblesses. Il ne peut compter, pour l’heure, sur le soutien acquis d’aucune fédération professionnelle de poids, comme la puissante UIMM (métallurgie) ou celle du BTP. Et si Geoffroy Roux de Bézieux met, logiquement, sa longue expérience au sein du Medef en avant, celle-ci pourrait, in fine, se retourner contre lui. Malgré son jeune âge, l’heure est au renouvellement, que ce soit au niveau de la classe politique – Emmanuel Macron et sa République en marche sont passés par là – ou de la société civile.

Plus fondamentalement, Geoffroy Roux de Bézieux va devoir démontrer qu’il incarne le changement dont l’organisation patronale a plus que jamais besoin. Le candidat estime ainsi qu’il est temps de passer du « Medef de combat », cher à Pierre Gattaz, à un « Medef de propositions ». Au cours des interviews qu’il a accordées à la presse, le favori du scrutin s’est pourtant borné à énoncer quelques lignes directrices consensuelles, en accord avec les objectifs du gouvernement d’Edouard Philippe.

Geoffroy Roux de Bézieux veut ainsi « décentraliser davantage le dialogue social au niveau de la branche et de l’entreprise » – ce qu’a déjà fait, dans une large mesure, Emmanuel Macron – , ou, en termes de fiscalité, « démontrer maintenant la vertu économique » de la fin de la surtaxation du capital. Il entend aussi « repenser le fonctionnement et l’organisation » du Medef, comme il l’indique sur son site de campagne. De fait, tout y passe : « le rôle du Medef et ses priorités, notre conception du dialogue social, la gouvernance et la représentativité, le financement et la communication ».

Tout changer, en somme. Si la volonté ne semble pas faire défaut au candidat, les contours de son projet restent flous. Mais au-delà de ses propositions pour l’avenir du Medef, que Geoffroy Roux de Bézieux a, après tout, encore le temps d’affiner, ce sont sans doute son parcours et sa personnalité qui risquent de jouer contre lui.

Un « deal maker » plus qu’un entrepreneur ?

Si Geoffroy Roux de Bézieux n’est pas avare de paroles sur sa carrière, celle-ci se résume pourtant davantage à celle d’un – très – habile « deal maker » qu’à celle d’un entrepreneur. Plus qu’un créateur d’entreprises, le candidat est un repreneur. Il a ainsi repris pas moins de quatre sociétés, spécialisées dans l’outdoor (Chullanka, une filiale de Décathlon spécialisée dans la randonnée, et Chronoloisirs, qui vend du matériel de pêche sur Internet) et la gastronomie, avec la reprise d’Oliviers & Co, spécialisée dans l’huile d’olive haut de gamme.

Repreneur d’entreprises, Geoffroy Roux de Bézieux est aussi un vendeur. Il s’est ainsi séparé de Virgin Mobile en 2014, en le cédant à SFR. Une cession qui a provoqué, six mois après, le mécontentement de ses anciens salariés. Dans une lettre ouverte du « Collectif Virgin », les ex-employés de Roux de Bézieux dénoncent un « énorme gâchis » et une « absence de morale », estimant que la « confiance n’existe plus chez Virgin Mobile ». Critiquant « l’indécence » de la politique salariale du groupe, ils s’en prennent directement à leur ancien patron, estimant que celui-ci a gagné ses lettres de noblesse patronales sur une trahison des salariés. Il n’en fallait pas davantage pour qu’il s’établisse une solide réputation d’homme égotique et « perso », faisant passer ses intérêts personnels avant ceux des organisations qu’il dirige.

Les entrepreneurs – les vrais, serait-on tenté d’ajouter – ne s’y sont pas trompés, à l’image de ce tacle lancé par un chef d’entreprise en réponse au tweet d’annonce de candidature de Geoffroy Roux de Bézieux, ce dernier prétendant « porter la voix des entrepreneurs » : « venez les rencontrer alors ! ». Ambiance… Même son de cloche dans les couloirs du Medef, où le vice-président de l’organisation peut parfois irriter. Son côté « collectionneur de trophées », mis en avant par ses adversaires, qui lui reprochent de vouloir accrocher une nouvelle conquête à son palmarès, a aussi du mal à passer. Décrit comme « mondain », Geoffroy Roux de Bézieux, attiré par le prestige de la fonction, préfèrerait-il les ors de la République et la perspective de flanquer Emmanuel Macron lors de ses déplacements officiels à la réflexion et à l’action ?

S’il demeure, à ce stade, l’indiscutable favori, il aura donc fort à faire pour convaincre ses semblables de lui accorder leur confiance.

G. D

Déjà une remarque sur cet article

  1. […] lui, le pari est compliqué. Réputé « deal-maker » plus qu’entrepreneur, il ne dispose pas, comme son rival direct Alexandre Saubot, du soutien […]

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