Anne Hidalgo, l’amie de François Pinault

Rédigé par Notre équipe le 06 mars 2018.

Pinault et Hidalgo

Réticente à l’idée d’accueillir les cendres du grand écrivain Michel Déon, l’édile de Paris n’hésite pas à rendre hommage à Che Guevara ou à mettre à contribution le contribuable parisien pour financer les rêves de François Pinault.

Tous les hommes ne meurent décidément pas égaux devant la mairie de Paris. Si Anne Hidalgo n’a pas hésité à invoquer les « principes fondateurs de notre République » pour refuser une sépulture à l’écrivain et académicien Michel Déon, elle a rendu un hommage appuyé à Che Guevara, auteur, lui, de nombreuses exécutions massives dans le cadre du grand roman de la révolution. Cherchez l’erreur !

La famille de Michel Déon, mort le 28 décembre 2016 à Galway en Irlande, souhaitait que les cendres de l’écrivain soient inhumées à Paris. Mais la mairie avait été d’une intransigeance rare sur les normes. N’étant ni domicilié, ni électeur, ni décédé dans la capitale, l’auteur de La Montée du soir ne remplissait pas les conditions pour être inhumé dans la capitale.

La décision de Mme Hidalgo a provoqué l’indignation de nombreux Parisiens, qui soupçonnaient une décision idéologique (Michel Déon étant généralement classé à droite). Cent auteurs, éditeurs et artistes, dont Milan Kundera, Michel Houellebecq, Emmanuel Carrère, Antoine Gallimard ou Frédéric Mitterrand, ont signé un texte commun pour demander à la mairie d’accorder une sépulture parisienne à l’auteur des Poneys sauvages. « Sa présence à Paris, comme celle de Proust, Stendhal, Baudelaire, Sartre, contribuera au prestige déjà grand d’une ville indissociable de notre histoire intellectuelle et littéraire », ont-ils écrit.

L’amie des tortionnaires…

Face à la pression des intellectuels et de la société civile, Anne Hidalgo n’a eu d’autre choix que de capituler. Plus d’un an après la mort de l’écrivain, elle a enfin décidé d’user de son pouvoir de dérogation en demandant de lui « trouver une sépulture parisienne ». Mais pourquoi a-t-elle tant tardé ?

L’attitude de Mme Hidalgo est d’autant plus révoltante qu’elle a décidé en même temps d’organiser une exposition à l’Hôtel de Ville pour célébrer la mémoire de Che Guevara, le « petit boucher de La Cabaña ». Tout d’un coup, les polémiques historiques ne semblaient plus la gêner. C’est en effet en tant que responsable de la forteresse de La Cabaña à Cuba que le révolutionnaire argentin a supervisé l’exécution de quelque 200 opposants à partir de 1959. « Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant que cela sera nécessaire », avait-il reconnu le 11 décembre 1964 devant l’Assemblée générale des Nations unies.

Mais qu’à cela ne tienne ! Pour la mairie de Paris, Che Guevara est surtout « le lecteur insatiable, le sportif, le voyageur, le guérillero, le marxiste aspirant à voir émerger l’“homme nouveau”, le médecin-phytothérapeute, mais aussi le poète, le photographe et l’amateur d’art ». Les victimes de la Révolution cubaine, qui se comptent encore par centaines de milliers, apprécieront.

… et des milliardaires !

Mais alors, faut-il être un révolutionnaire de gauche pour avoir droit à l’admiration et aux hommages d’Anne Hidalgo ? Eh bien, non ! Il suffit, parfois, d’être un milliardaire.

La mairie de Paris a en effet déboursé la bagatelle de 86 millions d’euros pour racheter la Bourse de commerce et réaliser ainsi l’un des plus grands rêves de François Pinault. Cela fait en effet des années que le milliardaire souhaite faire de ce bâtiment, situé dans le quartier des Halles, un musée accueillant sa collection personnelle d’art contemporain.

Jamais avare avec l’argent du contribuable, la mairie a d’abord acheté le bâtiment pour 63 millions d’euros, alors qu’elle aurait pu, d’après Le Canard Enchainé, payer uniquement 15 centimes d’euros ! Le journal explique en effet que la Bourse de commerce a été vendue en 1949 à la CCI de Paris pour un franc symbolique, soit 15 centimes d’euro. Le contrat de vente contenait une clause selon laquelle la Ville pouvait décider à tout moment d’annuler la transaction si le bâtiment ne servait plus à « l’usage principal de services publics dépendant de la CCI », ce qui était le cas. À cette somme s’ajoute l’indemnisation de la CCI pour les investissements consentis durant ces 70 ans. Somme évaluée à 4,3 millions d’euros selon la préfecture. Là encore, pour une raison inexpliquée, Anne Hidalgo a préféré faire exploser les compteurs et mettre sur la table… 23 millions d’euros. Ce qui a finalement porté la facture finale à 86 millions d’euros, par pure incompétence. Résultat, un rachat particulièrement onéreux pour accueillir le musée d’un grand financier, spéculateur et collectionneur d’art contemporain. Pourtant, François Pinault a probablement quelques bons experts comptables à conseiller à la maire de Paris. En janvier dernier, des documents officiels démontraient que le PDG de Kering avait validé un montage d’évasion fiscale, via une société offshore au Luxembourg, destiné à rémunérer le patron de sa filiale Gucci, Marco Bizzarri. Avec à la clé 15 millions d’économies d’impôts pour le patron italien et plus de trois fois plus pour Kering. Pinault n’aime pas les impôts, sauf quand c’est le contribuable qui finance ses projets pharaoniques…

Ce nouveau caprice budgétaire réclamé par François Pinault fragilise encore davantage la majorité municipale. Épinglée l’année dernière dans le magazine Capital pour sa gestion budgétaire, Anne Hidalgo est confrontée à une succession d’affaires : après le couteux imbroglio autour du Velib, la commande d’un sondage à l’IFOP sur la propreté de la ville facturée 224 580 euros, la mairie est accusée de favoritisme dans l’attribution du permis de construire de la gigantesque tour Triangle et qui doit voir le jour pour 2024 dans le sud de la capitale. Tout ceci coûte très cher et la possibilité d’une alliance entre la République en Marche et les Républicains aux prochaines élections municipales fait craindre le pire aux élus socialistes et communistes de l’actuelle majorité.

Mauvaise gestion financière, couacs en série, Anne Hidalgo aura du mal à défendre son bilan devant les électeurs en 2020. Face à une droite qui se renforce, il sera difficile pour elle de défendre son image de « femme de gauche », après tant d’années de cadeaux à son ami milliardaire François Pinault.

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