Quand l’intelligence devient artificielle

Rédigé par notre équipe le 30 mars 2018.

A l’occasion du Sommet intelligence artificielle « AI For Humanity » qui s’est tenu le 29 mars au Collège de France, Macron a joué une de ses partitions favorites : les nouvelles technologies à la sauce jeunesse en marche. Les commentateurs sont ravis, ils ont l’impression que la France rentre de plein pied dans l’ère de l’intelligence artificielle. Après avoir fait une croix sur l’intelligence, elle devient artificielle. De quoi faire de la France un des leaders mondiaux en la matière ? La mission s’annonce ardue… 

Un milliard et demi d’euros. Voilà l’enveloppe que l’Etat entend mettre sur la table pour faire de la France « l’un des leaders de l’intelligence artificielle ». D’ici à 2022, la France entend faire entendre sa voix dans un domaine qui s’annonce très prometteur. Un sujet d’autant plus inévitable qu’il entre parfaitement dans le grand livre de la communication du locataire de l’Elysée. Il faut paraître transformer l’économie et mettant l’accent sur les technologies de demain. L’intelligence artificielle est donc un sujet en or et méritait bien le cirque politique habituel.

Des millions pour quel objectif concret ?

Comme à chaque représentation, le numéro ne laisse place à aucune improvisation. On envoie le mathématicien et député En Marche Cédric Villani faire un rapport qui colle miraculeusement aux vues d’Emmanuel Macron. Le rapport déjà rédigé par les petites mains élyséennes servira donc d’axe pour les prochaines mesures tout en se déchargeant des quelques amendements imprévus comme le doublement des salaires en début de carrière pour les chercheurs. Pourquoi bien rémunérer des têtes pensantes puisqu’elles font leurs classes dans des laboratoires hors d’âge avant de s’expatrier vers des cieux plus cléments ?

Bref, la machine est lancée et permettra de financer plusieurs projets comme dans le secteur des voitures autonomes et la santé. Sur le milliard et demi d’euros promis, près d’un tiers est destiné aux entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle et à leurs projets. La Bpifrance doit contribuer à l’élan à hauteur de 70 millions d’euros et on espère que les financements privés suivront avec 500 millions d’euros investis d’ici à la fin du quinquennat. Côté objectifs, il ne s’agit pas moins que de concurrencer les géants américains et chinois. Pas de panique, la France par l’intermédiaire de son chef adoré a d’ores et déjà déclaré qu’elle entendait obtenir le concours de son bienveillant voisin allemand. A chaque coup de menton, Berlin en soutien présumé n’est jamais loin…

Mais le petit milliard et demi injecté au petit bonheur la chance peut-il vraiment faire la différence face à une nation comme la Chine dont les intelligences réelles (et non artificielles) sont soutenues par un plan d’investissements de 60 milliards de dollars qui court jusqu’en 2025 ? Est-ce bien raisonnable de faire mine de se lancer dans la course au véhicule autonome pour ne finir qu’à la remorque des Etats-Unis qui se sont engagés dans ce pari il y a déjà longtemps ? Il faut craindre que cette nouvelle « priorité » de l’exécutif ne soit que de la poudre aux yeux destinée à préserver l’image d’un président jeune et moderne.

Un président qui a du mal avec ses semblables car lors de son discours il n’a pas pu s’empêcher de dénoncer la présence de « trop de mâles blancs quadragénaires, formés dans les grandes universités européennes ou américaines ». Les Français qui ont la tare d’être blancs sont priés de laisser leur place. Ce n’est pas une approche très cool ni « bottom up » pour reprendre l’affreux anglicisme du président au sujet de la démocratie. Décidément, rien ne nous sera épargné. Une intelligence artificielle au pouvoir nous libérerait-elle de toutes ces bêtises racialo-genrées ?

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