Présidence de Radio France : en Macronie, c’est toujours les copains d’abord

Rédigé par Notre équipe le 03 avril 2018.

Qui succédera à Mathieu Gallet à la tête de Radio France ? Si plusieurs candidats sont en lice, la procédure semble biaisée en faveur de Sibyle Veil, protégée d’Emmanuel Macron. Un nouvel exemple de l’entre-soi qui règne au sein de cette noblesse d’Etat issue des grands corps de la fonction publique.

Ils sont six. Six candidats pour un fauteuil, celui qu’a laissé vacant Mathieu Gallet, l’ancien président de Radio France ayant été poussé à la sortie, fin janvier, à la suite de sa condamnation pour favoritisme. Au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) d’étudier les projets et de départager les candidatures. L’institution dévoilera, mercredi 4 avril, la liste de ceux qu’elle auditionnera pendant la semaine du 9 au 13 avril. La nomination du nouveau patron de la célèbre Maison Ronde devrait avoir lieu, au plus tard, le 14 avril.

Népotisme

Voilà pour la théorie, celle d’une procédure de désignation ouverte, transparente, démocratique. Du moins en apparence. Car, comme le révélait Mediapart le 31 mars, « la procédure ressemble déjà à une mascarade. Les dés semblent jetés. L’Elysée joue en sous-main en faveur de Sibyle Veil, ancienne condisciple d’Emmanuel Macron à l’ENA ». De fait, celle qui est Directrice déléguée aux finances de la radio publique semble faire la course seule en tête.

Camarade de promotion du chef de l’Etat au sein de la prestigieuse école d’administration publique, Sibyle Veil a également rencontré son époux, Sébastien, sur les bancs de l’ENA – Sébastien Veil dont on dit qu’il est, lui aussi, un proche d’Emmanuel Macron. Pour les anciens de la promotion « Senghor », l’entre-soi et les renvois d’ascenseur sont élevés au rang d’art de vivre.

Si elle venait à être confirmée, la nomination de Sibyle Veil à la tête de Radio France constituerait un nouvel et édifiant exemple de népotisme au plus haut sommet de l’Etat. Et une trahison des engagements présidentiels : n’est-ce pas Emmanuel Macron lui-même qui préconisait « d’ouvrir » la société française, fustigeant cette « caste » de hauts fonctionnaires, vivant dans « l’entre-soi » et bénéficiant de « protections hors du temps » ?

Pour Vincent Jauvert, auteur des « Intouchables d’Etat – Bienvenue en Macronie » (Robert Laffont), « le vrai nouveau sujet, ce sont (…) les nombreux conflits d’intérêts que l’on observe au sommet du pouvoir, particulièrement depuis l’élection d’Emmanuel Macron ». Et de s’interroger sur ces curieux couples de pouvoir, dont l’un des membres est au gouvernement, pendant que l’autre siège à la tête d’une puissante administration d’Etat ou pantoufle dans un groupe privé.

Vincent Jauvert va plus loin. Selon lui, « dans la noblesse d’Etat, l’entre-soi et la cooptation provoquent des dysfonctionnements considérables. Comment se fait-il, par exemple, que la plupart des grands établissements culturels français soient dirigés, avec des salaires très élevés, par des conseillers d’Etat ou de la Cour des comptes alors qu’ils n’ont pas de compétences spécifiques pour cela » ?

Enarque, maître des requêtes au Conseil d’Etat, ancienne « directrice du pilotage de la transformation » de l’Assistance publique Hôpitaux de Paris puis conseillère « travail, santé, logement » à l’Elysée auprès de Nicolas Sarkozy, Sibyle Veil semble cocher toutes les cases de la technocratie française et aligne le CV typique des hauts fonctionnaires hexagonaux. Son expérience, indéniable, la prédispose-t-elle pour autant à prendre les rênes d’une maison aussi emblématique que Radio France ? Rien ne l’indique.

Mélange des genres

Apparemment bien consciente que ni son profil ni son programme ne plaident en sa faveur, et non contente de mobiliser les moyens de Radio France pour sa campagne, Sibyle Veil se serait aussi offert les services de consultants de luxe… sans oublier de faire marcher la machine à piston. Conseillée par Raymond Soubie, son ancien patron à l’Elysée – et lui aussi énarque –, la candidate serait désormais assistée par la patronne de Dentsu Consulting, Véronique Reille-Soult.

Problème, Dentsu Consulting est aussi en contrat avec Radio France pour la gestion des achats médias. Un mélange des genres qui ne semble pas faire trembler Sibyle Veil, sûre que sa proximité avec le chef de l’Etat suffira à convaincre les sages du CSA de lui accorder leur confiance. Le lobbying forcené de Sibyle Veil parviendra-t-il à ses fins ? Réponse dans les tous prochains jours. Mais quel que soit le nom du successeur de Mathieu Gallet, c’est encore une fois la « République exemplaire » qui sera perdante

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