Mohammed Ben Salmane à Paris, une visite dont on se serait bien passé

Rédigé par Notre équipe le 10 avril 2018.

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Après l’effort, le réconfort : après trois semaines aux États-Unis, à signer des contrats mirobolants et à dorloter son allié stratégique américain, le prince Mohammed Ben Salmane alias « MBS » est venu à Paris faire une visite de courtoisie à un partenaire de second rang et en profiter pour prendre du bon temps. Une visite dont on se serait bien passé.

Mohammed Ben Salmane est arrivé à Paris ce dimanche 8 avril pour passer quelques jours dans la capitale. Les médias français furent aux anges : le nouvel « homme fort » du royaume saoudien posait pied dans notre pays ! Le jeune réformateur allait nouer de nouveaux accords économiques et diplomatiques avec notre formidable président de la République. Il n’en fut rien.

Pourtant, il y a quelques années, les satrapes du Quai d’Orsay pensaient pouvoir faire de la France le nouveau partenaire privilégié de l’Arabie saoudite. Le royaume, échaudé par la diplomatie conciliante de Barack Obama à l’égard de l’Iran, avait envoyé pendant quelques mois des signaux positifs et encourageants à Paris. Mais une visite de François Hollande à Riyad et quelques gros contrats d’armements n’ont jamais pu effacer le lien historique qui lie l’Arabie saoudite et les États-Unis. Depuis 1945 et le pacte de Quincy, les deux pays ont noué une solide alliance. Depuis son élection, Donald Trump renoue avec la plus pure tradition diplomatique américaine et cajole les Saoudiens. Le « deal » est simple : les Américains maintiennent les Iraniens la tête sous l’eau et les Saoudiens achètent pour des milliards de dollars d’armement américain.

À ce jeu-là, la France ne pèse pas grand-chose. Les diplomates français, toujours prompts à voir le monde tel qu’ils le souhaiteraient et non tel qu’il est, viennent de s’en rendre compte. Aucun contrat d’envergure n’a été signé avec le prince saoudien, qui a pourtant le carnet de chèques facile. Malgré sa visite, la France restera un partenaire mineur du royaume. En 2017, les exportations françaises vers l’Arabie saoudite s’élevaient à 4,5 milliards d’euros en 2017, soit 1 % des exportations tricolores.

Sur tous les grands dossiers, Paris et Riyad sont en désaccord

En réalité, les Saoudiens ne sont pas venus à Paris pour améliorer leur relation avec la France. Les deux pays ont de multiples points de discorde, et Mohammed Ben Salmane ne comptait faire de cadeaux à un « partenaire » si gênant. Sur tous les grands dossiers diplomatiques, les deux pays sont en désaccord. D’abord, la France a condamné à maintes reprises l’offensive militaire de Mohammed Ben Salmane au Yémen. Sur le conflit israélo-arabe, les Saoudiens sont prêts à sacrifier l’existence d’un État palestinien contre un soutien de Tel-Aviv face à l’Iran, alors que la France continue de défendre une position d’équilibre et une solution à deux États. Et dans son conflit contre le Qatar ou l’Iran, le prince saoudien sait qu’il ne peut pas compter sur la diplomatie française, tenante d’une position modérée et appelant au dialogue. Tout l’inverse de son fidèle allié américain.

Dans ces conditions, Mohammed Ben Salmane a profité de sa visite… pour passer du bon temps ! Il a d’abord rencontré Édouard Philippe autour d’un déjeuner à l’hôtel de Matignon et dans la soirée de lundi, un diner avait été organisé avec Emmanuel Macron au Louvre… tout un programme ! Il se murmure que le futur Roi d’Arabie saoudite aurait aussi profité de son passage en France pour découvrir le château « Louis XIV » de Louveciennes, qu’il avait acquis en 2015 pour 275 millions d’euros, soit « la maison la plus chère du Monde » selon le New York Times. Effectivement, à ce prix-là, autant venir jeter un coup d’œil à son achat.

Soirées parisiennes

Mardi soir, profitant des nuits parisiennes, on a retrouvé Mohammed Ben Salman à l’hôtel Georges V, accompagné du Roi du Maroc Mohammed VI et du Premier ministre libanais, Saad Hariri. Sur un cliché partagé sur le réseau social, on peut voir les trois hommes visiblement complices.

Amusant, quand l’on sait qu’il y a quelques mois, Hariri était quasiment pris en otage et poussé à la démission par les autorités saoudiennes qui le suspectaient d’être trop conciliant avec le Hezbollah.

Entre deux repas prestigieux, quelques visites culturelles et l’inspection de ses propriétés en France, l’homme fort d’Arabie saoudite a donc aussi profité des palaces parisiens. La France aura été pour lui un lieu de villégiature et de détente, entre son voyage aux États-Unis et son retour aux affaires courantes dans son pays. Une visite nullement troublée par la plainte qui été déposé contre lui au tribunal de grande instance de Paris pour « complicité de torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants » pour ses crimes de guerre au Yémen.

Un véritable camouflet diplomatique infligé à la France, réduite au rang de Musée à ciel ouvert. Le Prince Mohammed Ben Salmane n’a concédé aucun compromis diplomatique, n’a signé aucun contrat avec nos entreprises et n’a participé à aucune conférence de presse. Ainsi, pas une seule question gênante ne lui aura été posée sur la situation désastreuse des droits de l’homme dans son pays ou sur la complicité de Riyad dans le financement du terrorisme islamiste international. La France a organisé un séjour de loisirs et de détente à un chef d’État avec lequel nous sommes ouvertement en conflit et qui nous méprise.

Une visite dont on se serait bien passé..

Déjà 2 remarques sur cet article

  1. Le-civilisateur dit :

    Mohammed Ben Salmane a un couvercle et un napperon de « claquos Le rustique » sur la tête .

    C’est normal ?

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