Medef : Alexandre Saubot, le conservateur qui se rêvait réformateur

Rédigé par Notre équipe le 27 avril 2018.

Alexandre Saubot MEDEF

S’il se présente comme un réformateur, le patron de l’UIMM incarne surtout l’immobilisme et le Medef « d’avant » : arc-bouté sur lui-même et cramponné au modèle social français tel qu’il a été bâti en 1945. Alors qu’Emmanuel Macron ambitionne de réformer notre système de protection sociale en profondeur, Alexandre Saubot représente-t-il un interlocuteur capable de secouer le capitalisme français ?

« Saubot, c’est le conservatisme incarné ». Jean-Charles Simon n’a pas mâché ses mots. Dans les colonnes de Challenges, celui qui est aussi en lice pour l’élection à la présidence du Medef a étrillé son concurrent. Pour quel motif ? Depuis le début de la campagne, Alexandre Saubot n’a de cesse de présenter sa candidature comme celle du renouveau. Un positionnement pour le moins paradoxal quand on connaît le passif du candidat, lorsqu’il avait des responsabilités à la tête de l’organisation patronale.

Un réformateur autoproclamé

De fait, l’homme se montre volontariste. Au cours d’un entretien accordé aux Échos, Alexandre Saubot n’y va pas avec le dos de la cuillère : « Je suis convaincu que nous vivons un moment crucial, débute-t-il, à la fois pour notre pays, qui a un profond besoin de transformation, et pour notre organisation elle-même ». « Certains disent que le Medef est déjà mort, poursuit un Alexandre Saubot alarmiste, et je ne suis pas loin de le penser. En tout cas, il mourra certainement s’il ne se transforme pas. Le Medef doit reprendre la main. Fini le Medef qui subit et cautionne. Je veux bâtir un Medef qui agit et qui s’engage ».

Tout un programme, en somme. Problème, cette image de réformateur déterminé ne correspond pas à celle qu’a laissée Alexandre Saubot dans les couloirs de l’avenue Bosquet. Loin de là. Et si le volontarisme affiché par le président de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) n’était qu’un écran de fumée, destiné à faire oublier son passif ?

Un souvenir amer au Medef

Alexandre Saubot laisse un souvenir amer au Medef. Celui d’un homme d’appareil, à la tête du pôle social de l’organisation patronale, où il a davantage brillé par ses louvoiements destinés à s’accorder les bonnes grâces des hauts fonctionnaires d’État, que par une défense acharnée des intérêts des chefs d’entreprise. À la fin de l’année 2016, une partie du Medef mène la fronde contre le compromis négocié par Alexandre Saubot avec le gouvernement, sur la question de l’assurance-chômage. Un « deal », faisant la part belle aux propositions du ministère du Travail, accepté, de surcroit, sans en avoir informé les instances du Medef.

Pour ses détracteurs, l’UIMM d’Alexandre Saubot « n’en fait qu’à sa tête et ne consulte personne ». Des fédérations s’inquiètent que la métallurgie « négocie surtout en fonction de l’intérêt de ses mandants » et non de l’ensemble des entreprises. Surtout, beaucoup reprochent à Alexandre Saubot « un manque de tact et de savoir-faire » : « il n’a pas intégré que, contrairement à une entreprise où les ordres viennent d’en haut, le Medef est au service de sa base, et donc les ordres viennent plutôt d’en bas », déplore une figure du Mouvement. Certains membres du Conseil exécutif s’estiment même « mal considérés et l’ont vécu comme une tentative de reprise en mains du Medef par l’UIMM », dit un patron de fédération.

Dans une France « en marche », un Medef « d’avant » ?

Loin de l’image de réformateur qu’il aime à cultiver, Alexandre Saubot incarne, au contraire, la persistance d’un certain Medef « d’avant ». D’un Medef plus soucieux de ne pas bousculer l’État et les syndicats de salariés que de défendre les entreprises de France. Malgré son passif, Alexandre Saubot fait toujours figure de favori (parmi d’autres) de la course à la présidence du Medef. De son élection potentielle résulterait alors un curieux paradoxe : alors qu’Emmanuel Macron bouscule toutes les structures de la société française, le patronat désignerait pour le conduire l’incarnation du consensus mou et de l’immobilisme.

Depuis plusieurs mois, l’exécutif annonce qu’il compte moderniser le modèle du paritarisme au forceps. Hérité de l’après-guerre, le système repose sur une coopération entre syndicats de salariés et patronaux pour la gestion de notre modèle social : assurance-maladie, retraites, caisses d’allocations familiales, chômage et même logement. Plus de 130 milliards d’euros de dépenses sociales sont cogérées chaque année dans le cadre du paritarisme, sans parler des prud’hommes ou des organismes de formation. Un système qui assure aussi de confortables sources de financements pour les organisations chargées de le gérer. À bout de souffle, ce modèle endetté et de moins en moins efficient est dans le viseur d’Édouard Philippe et d’Emmanuel Macron. Mais pas sûr qu’Alexandre Saubot, directement issu du sérail de ce « capitalisme bureaucratique » à la française, qui a fait toute sa carrière par et pour le paritarisme, soit le candidat le plus à même pour prendre la tête du Medef et incarner ce changement impulsé par le président de la République.

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