Aéroports : le grand défi d’Emmanuel Macron

Rédigé par Notre équipe le 07 mai 2018.

Alors que le gouvernement songe à privatiser le Groupe ADP, une réforme des aéroports français semble plus que jamais d’actualité afin de réduire l’écart avec l’étranger. Cumulant les difficultés, l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle souffre en particulier d’un grave déficit d’image qui tarde à se résorber.

Les aéroports parisiens de Roissy et d’Orly seraient-ils à vendre ? Bien que démentie par Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, début mars, la rumeur dévoilée par BFM Business voudrait que l’État soit, depuis l’été dernier, en pleins préparatifs pour céder sa participation au capital d’Aéroports de Paris. Détenteur de 50,6 % du groupe estimé à 17 milliards d’euros, les pouvoirs publics pourraient ainsi espérer récupérer 8 à 9 milliards d’euros en cas de vente de ses parts. Pour le journaliste François Lenglet, il s’agirait toutefois d’une fausse bonne affaire pour le contribuable. Dans une chronique diffusée le 8 mars sur RTL, le journaliste économique rappelle qu’un aéroport constitue une frontière, et qu’à ce titre il serait difficilement envisageable de confier sa gestion à une entreprise privée. Même aux États-Unis, patrie du libéralisme économique, les 3 000 aéroports du pays sont toujours propriété publique, souligne-t-il. Mais selon le chroniqueur, il serait regrettable d’abandonner les actions au sein d’une société détenant un monopole géographique naturel, surtout qu’elles assurent une rente annuelle de 4 % après impôts, et alors même que l’État français s’endette à 0,9 % par an sur 10 ans. « Pourquoi donner une rente financière au secteur privé ? C’est ce qu’on a fait pour les autoroutes, il y a 12 ans, lorsqu’on a privatisé d’importants tronçons chez nous, en hypothéquant des recettes futures pour l’État au profit de sociétés privées très rentables », estime François Lenglet. Et le journaliste de citer l’exemple de la vente de l’aéroport de Toulouse à un groupe chinois en 2014, qui se serait soldé par le siphonnage de la trésorerie au lieu des investissements promis. « Il serait bien plus intéressant de conserver ADP, d’encaisser ses dividendes et de les affecter au désendettement. »

Roissy-Charles de Gaulle parmi les plus détestés au monde

Malgré leur rentabilité, les aéroports français et notamment parisiens ne semblent toutefois pas pouvoir échapper à un projet de réforme d’ampleur, s’ils veulent rattraper le retard pris sur leurs homologues à l’étranger. Dixième plus fréquenté au monde avec 69,5 millions de voyageurs en 2017, Roissy-Charles de Gaulle concentre l’immense majorité des préoccupations suite aux nombreux dysfonctionnements vécus par les usagers. Cible principale des critiques, l’accès à l’un des trois terminaux par les transports en commun est rendu particulièrement difficile par la longueur du trajet, les fréquents problèmes techniques et le manque d’informations claires sur la ligne B du RER. Roissy-CDG fait ainsi partie des aéroports les plus détestés par les touristes étrangers, qui l’ont encore classé parmi les 10 pires au monde en 2015 selon le site Skytrax, après avoir été cités en dernière position lors d’une enquête de CNN en 2011. Si un projet de liaison ferroviaire ultra rapide entre la Gare de l’Est et le terminal 2 devrait voir le jour en 2023 pour un coût de plus 1,6 milliard d’euros et un prix par passager de 25 euros, la saturation de l’aéroport n’est pas près de disparaître. La construction d’un nouveau terminal est bien à l’étude pour porter la capacité de 80 à 140 millions dans les années 2020, mais la lenteur des décisions rend encore hypothétique la concrétisation du projet.

Le vrai potentiel d’Orly

Moins obsolète et plus facile d’accès, l’aéroport d’Orly profite, quant à lui, des difficultés de son voisin pour tirer ADP vers le haut. L’infrastructure, créée sur ordre de Georges Clemenceau en 1908 et élargie en 1961 avec un deuxième terminal au sud, connaît depuis plusieurs années une nouvelle jeunesse qui tranche avec la réputation moribonde de Roissy-CDG. En 2017, Orly a enregistré un nombre record de 32 millions de voyageurs, avec une pointe historique à 113 461 passagers sur la seule journée du 30 juin. Pour y parvenir, l’aéroport a su exploiter sa plus grande proximité géographique avec le centre de Paris (15 km) pour développer son offre aérienne au-delà de l’Hexagone et de la Méditerranée. Bien que limité à 250 000 créneaux annuels d’atterrissage et de décollage depuis 1994, il a réussi à séduire une clientèle renouvelée en proposant des destinations variées vers l’Europe, l’Afrique, l’Amérique et même l’Asie via des compagnies comme Air France/Transavia, Aigle Azur, easyJet, Norwegian, French Blue ou encore Corsair. Et le « petit » aéroport parisien ne compte pas s’arrêter là : début avril, une nouvelle salle d’embarquement a été livrée avec deux mois d’avance pour relier dès l’an prochain le hall 4 du terminal ouest au hall 1 du terminal sud, qui accueillera de nouvelles compagnies (Iberia, Vueling, TAP, etc.). D’ici 2024, Orly sera également mieux desservi avec le prolongement de la ligne 14 du métro et bénéficiera aussi de la création d’un écoquartier d’affaires censé rivaliser avec La Défense. Un dynamisme dont les dirigeants d’ADP devraient s’inspirer pour développer Roissy-Charles de Gaulle, s’ils ne veulent pas que Paris abrite à la fois l’un des aéroports les plus appréciés au monde et l’un des plus détestés…

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