Accord sur l’Iran : quelques leçons du trumpisme

Rédigé par notre équipe le 09 mai 2018.

La nouvelle a été annoncée hier soir – alors que l’Occident était censé fêter la victoire contre le nazisme (le vrai), Trump a pris la parole pour dénoncer l’accord sur le nucléaire iranien de 2015. Les Etats-Unis se retirent de cet accord et font ainsi de l’Iran leur ennemi numéro un. Si Trump vient respecter une promesse de campagne, il accélère aussi un processus de destruction particulièrement inquiétant pour le Moyen-Orient et l’ensemble du monde.  

Ce sera donc l’Iran. Chaque président américain a sa tête de turc. Celle de Trump était annoncée depuis longtemps même si la Corée du Nord a un temps semblé décrocher le gros lot. Mais Donald et Kim sont en pleine lune de miel et c’est sur l’Iran que le président américain s’essuie les pieds. Téhéran est l’objet de toutes les critiques et menaces de la part du locataire de la Maison Blanche. La chose n’est pas nouvelle puisque depuis la campagne de 2016, Trump n’a cessé de répéter qu’il s’agissait du pire accord jamais signé par les Etats-Unis.

Vers la guerre…

Dans ce contexte, il est presque miraculeux que l’accord n’ait pas été dénoncé avant. Les balles se sont rapprochées dangereusement ces derniers mois jusqu’à ce que Trump décide unilatéralement de se retirer de l’accord en ce 8 mai 2018. Un accord « au cœur d’une fiction géante selon laquelle un régime meurtrier désirait seulement un programme nucléaire pacifique. Nous avons aujourd’hui la preuve définitive que cette promesse iranienne était un mensonge ». Les mots du président sont rudes et rappelle malheureusement la bêtise d’un prédécesseur appelé George W. Bush.

Trump parle de « fiction », mais cette dernière a plutôt été créée par son administration. Comme pour l’Irak en 2003, l’ennemi doit être frappé à tout prix quitte à fabriquer des preuves. Le sketch de l’Anthrax à l’ONU est resté dans toutes les mémoires et Trump n’a pas envie de le rejouer. Il assène donc qu’il a des preuves d’un non respect de l’accord par l’Iran sans même se donner la peine de les mentionner. La fiction est en marche et la guerre aussi ! Car non content de se retirer, les Etats-Unis vont reprendre leurs sanctions contre Téhéran. L’Iran n’est-il pas « le premier État sponsor du terrorisme, qui alimente les conflits » ?

Faire de l’Iran la maison-mère du terrorisme islamiste est une erreur monumentale qui montre que le pays est vu à travers un prisme idéologique et non pas pratique et rationnel. En s’invitant sur le théâtre syrien, l’Iran a évité à toute la région de sombrer dans le chaos, mais il faut croire que certains pays dits alliés préfèrent un Etat islamique tout puissant plutôt qu’un Iran renforcé. La position américaine est idéologique et les magouilles avec Israël ont de quoi susciter un conflit extrêmement dangereux.

Il y a également d’autres leçons à tirer de toute cette affaire. La première est que Trump est l’un des rares hommes politiques à respecter ses engagements de campagne. Dans le cas présent, le monde aurait préféré le voir chausser du politicien menteur. Le mensonge est ailleurs comme cela a été évoqué… Il est aussi dans la légende vendue par les communicants de l’Elysée qui depuis un an nous disent avec gourmandise que Macron a une influence extraordinaire sur Trump.

Les rencontres, les coups de fil répétés, la bonne entente mise en scène… Tout cela pour rien ! Donald n’a pas suivi les conseils de son ami français. C’est dommage d’autant que Macron n’avait pas dit un mot au sujet de sa « délicieuse épouse ». Après avoir défendu avec un insuccès coupable l’accord sur le nucléaire iranien, Macron ira-t-il jusqu’à seconder son ami Trump dans la guerre qui s’annonce ? Tout est possible dans ce monde sans repères, mais une chose est certaine : les entreprises françaises qui ont noué des liens avec l’Iran vont être châtiées par les Etats-Unis. Une vague d’amendes et de sanctions va déferler sur la France et notre président se couchera devant la volonté de Trump. Donald 1 – Jupiter 0.

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