Entreprises allemandes en Chine : les raisons d’un succès

Rédigé par VLSZ le 22 juillet 2010.

La chancelière AngelaMerkel vient de quitter la Chine après une courte visite durant laquellele partenariat entre les deux plus gros exportateurs mondiaux a étérenforcé. L’Allemagne est le premier partenaire économique de la Chineen Europe, loin devant la France. Comment expliquer cet insolent succès ?

L’industrie allemande a de beaux jours devant elle en Chine. Durant savisite de quatre jours qui s’est terminée dimanche, Angela Merkel et sadélégation ont signé une série d’importants accords incluant entreautres la création de joint-ventures entre de grandes entreprises desdeux pays, le renforcement du partenariat économique et un plan decoopération dans le secteur des énergies vertes.

L’Allemagne semble donc bien partie pour conserver son statut de premierpartenaire économique européen de l’empire du milieu. En 2009, les deuxpays avaient échangé près de 700 milliards d’euros, soit presque ledouble de l’année précédente.

La visite de la chancelière allemande tranche avec celle du Présidentfrançais, en avril dernier. Tentant de faire oublier la brouille quiavait accompagné les jeux Olympiques de 2008, M.Sarkozy s’était alors efforcé de se réconcilier avec les dirigeants chinois,première étape nécessaire au futur établissement de partenariatséconomiques.

La différence dans la teneur de ces deux visites d’Etat illustreégalement le succès prononcé des entreprises allemandes en Chine.

“On ne sait pas travailler ensemble”

Pour Hervé Denis, directeur général adjoint de l’entreprise de protection périmétrique DIRICKX, le succès des entreprises allemandes en Chine est avant tout dû à une certaine culture d’entreprise.

Les entrepreneurs allemands qui viennent en Chine possèdent unesprit de groupe qui leur est très utile, alors que nous autresFrançais, nous marchons chacun pour soi, explique t-il. Parexemple, j’ai observé qu’à la Chambre de Commerce Européenne, quant unentrepreneur allemand rencontre un problème, il se met autour d’unetable avec d’autres pour en discuter. Nous, quand on fait des erreurs,on préfère prétendre que tout va bien“.

Selon Hervé Denis, cet esprit de groupe ne se limite pas à ladiscussion, mais va jusqu’à la coopération entre les différentesentreprises. “Les entreprises allemandes, quand elles viennent enChine, ont recours à d’autres entreprises de leurs pays, par exemplepour la sous-traitance. Nous, les PME françaises, quand on demande detravailler avec les grands groupes, on est trop souvent regardé avecdédain. Le problème, pour résumer, c’est qu’on ne sais pas travaillerensemble. D’ailleurs, il n’y a qu’à voir le chantier de l’ambassade deFrance à Pékin pour s’en convaincre!

Une entraide et une fidélité aux entreprises du pays d’origineeffectivement très présente, comme l’expliquait en 2008 Christophe deMaistre, directeur français et germanophone de la Division Automation, Drives, Low Voltage du géant Allemand Siemens, au magazine Connexions.

Siemens (…) a besoin en Chine de ses sous-traitants déjàqualifiés. Pour  préserver le même niveau de qualité, Siemens pousse sessous-traitants à venir en Chine. En retour, Siemens les accompagne, metà leur disposition des bureaux, fait tout ce qu’il faut pour favoriserleur installation en Chine. (…) Tout est lié à cette question deloyauté. Siemens change très rarement de sous-traitants. Pour lesgarder, elle leur accorde un soutien opérationnel pour leur mettre lepied à l’étrier.”

Une question de culture d’entreprise, donc, mais pas seulement.

Il faut comparer ce qui est comparable, tempère un jeuneentrepreneur français qui a voulu garder l’anonymat. C’est vrai que lesAllemands sont plus offensifs et plus organisés que nous mais ils sontsurtout présents dans tous les secteurs industriels. La raison pourlaquelle ils sont plus compétitifs que nous est donc aussi qu’ils ontdes PME et des TPME dans tous les domaines, alors que les Français, non.Ce qui explique que dans certains secteurs en Chine, on ne trouve quedes Allemands et jamais de Français.”

La force d’une diplomatie constante

Au delà des entreprises elles-mêmes, le rôle des relations diplomatiquesn’est pourtant pas à négliger si l’on veut comprendre le succèsallemand en Chine.

La position allemande vis-à-vis de la Chine (reconnaissance de lapolitique d'”une seule Chine”) est en effet considérée comme clairementdéfinie par les Chinois, alors que sur ce plan, la France a étédesservie par l’épisode des J.O, en 2008.

Nicolas Sarkozy avait en effet menacé de boycotter la cérémonied’ouverture si la Chine ne reprenait pas le dialogue avec le Dalaï-Lama,avant de changer d’avis, et de se rendre à Pékin en août. Ce changementde position avait été perçu en Chine comme une indéniable marque defaiblesse et d’inconstance. Quelques mois plus tard, la rencontre entrele Président français et le Dalaï-lama en Pologne avait encore renforcéla colère de Pékin.

Et malgré les efforts prodigués depuis par la diplomatie hexagonale pourrattraper le tir, en Chine, la France reste en mauvaise posturecomparée à son voisin allemand.

C’est pourquoi, en attendant la visite en France du Président Hu àl’automne, qui devrait s’accompagner d’une série de signatures decontrats, on se rassure comme on peut du côté français, en se félicitantnotamment que la chancelière allemande ait laissé à la France le soinde signer les gros contrats prévus avec Airbus.

Source : Aujourd’hui La Chine

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