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Catastrophe écologique en Chine

Rédigé par thibnice10 (24actu) le 23 juillet 2010.

Obnubilés que nous étions tous par la marée noire dans le Golfe du Mexique, nous n’avons prêté qu’une attention toute relative à l’explosion de deux oléoducs utilisés pour vider un tanker vendredi dernier à Dalian, dans la province de Liaoning (nord-est de la Chine). La faute à des informations délivrées au compte-gouttes et à prendre au conditionnel, comme souvent dans l’Empire du Milieu. La faute aussi à une pollution qui paraissait très modeste en comparaison avec celle qui frappe les États-Unis.

 

Sauf que la situation a nettement empiré ces derniers jours, contredisant les prévisions optimistes des officiels locaux selon lesquels la zone allait être nettoyée d’ici à la fin de la semaine dernière.

Dans le premier port pétrolier du pays l’heure (NDLR : Quelque cinquante-sept millions de tonnes de pétrole y transitent chaque année) est maintenant à la mobilisation générale. Huit cents bateaux de pêche réquisitionnés par les autorités et une vingtaine de bâtiments spécialisés venus leur prêter main forte tentent de venir à bout d’une déferlante noire que ni les barrages, ni les bateaux écumeurs, ni la mousse chimique ne sont parvenus à contenir. Utilisées pour la première fois à grande échelle les bactéries mangeuses de pétrole n’ont pas davantage obtenu les résultats escomptés. Autant dire que la partie est très loin d’être gagnée.

 

Sous-estimation ?

 

Mille cinq cents tonnes de pétrole (soit environ un million cinq cent mille litres) s’étaient officiellement déversées dans la mer Jaune hier, environ quatre cent soixante avaient été récupérées et les hydrocarbures couvraient une surface de quatre cent trente-cinq kilomètres carrés. D’après nos confrères du Shenyang Evening News la superficie de la marée noire serait cependant deux fois plus importante qu’annoncé sur la chaîne de télévision chinoise CCTV et le pétrole s’étendrait sur quatre-vingt dix kilomètres de long.

 

Alors que plusieurs plages et une île touristique ont été interdites au public (NDLR : Le port a quant à lui été en partie rouvert hier après le nettoyage des principales voies navigables), cette catastrophe sème un doute sérieux sur la fiabilité des infrastructures chinoises et les eaux internationales pourraient in fine être contaminées, d’autant que là-bas aussi des conditions météorologiques défavorables perturbent les opérations de secours.

« Il faudra au moins deux semaines pour que la nappe soit contenue, mais les dégâts écologiques peuvent durer une décennie », a estimé le chercheur Zhao Zhanguyan, membre de l’Académie de recherche chinoise sur les sciences de l’environnement.

 

Négligences coupables ?

 

Selon le South China Morning Post de Hong Kong les réservoirs concernés par l’accident appartenaient à des sites pétrochimiques couchés sur une blacklist de l’Agence de protection de l’environnement chinoise en 2006 à cause de l’obsolescence de leur système de sécurité. Le National Business Daily, quotidien basé à Shangaï, a pour sa part révélé que la Dalian Petrochina International Warehousing&Transportation, société qui gère les oléoducs et le site où a eu lieu l’accident, avait été mise en garde en avril dernier à la suite d’une enquête d’évaluation ayant conclu à un risque d’explosion et d’incendie très élevé sur ses installations.

Avaient été invoqués, pêle-mêle, la forte teneur en soufre du pétrole importé d’Arabie Saoudite, des fuites potentielles et une mauvaise ventilation. L’enquête diligentée par le gouvernement et dont les résultats sont attendus d’ici à deux semaines fera peut-être la lumière sur la responsabilité de l’entreprise, pour l’heure fortement suspectées de ne pas avoir pris les mesures idoines pour se prémunir, mais en attendant Pékin se fait discret. Responsable du département climat et énergie à Greenpeace Chine, Yang Ailun a ainsi « l’impression que les autorités minimisent l’accident pour l’instant. Alors que c’est la plus grave marée noire qu’ait connue la Chine ces dernières années la couverture médiatique est relativement faible, il y a peu de déclarations officielles et de conférences de presse ».

 

La réalité est donc sans doute beaucoup plus grave que celle décrite dans les très grandes lignes par le pouvoir central. Des conséquences écologiques, économiques et touristiques importantes sont également à redouter.

Incapables d’établir une législation stricte et contraignante sur la sécurité de leurs installations pétrolières, les deux plus gros pollueurs de la planète auront chacun été confrontés à un désastre environnemental en l’espace de trois mois. Il serait de bon ton qu’ils en tirent des leçons.

 

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