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Le Massacre de Nankin vu par ses bourreaux

Rédigé par VLSZ le 25 juillet 2010.

Chine

Dans "City of life and death" sorti le 21 juillet 2010 au cinéma, Lu Chuan revisite un épisode noir de l'histoire chinoise, la prise de Nankin par l'armée japonaise en 1937. L'originalité du film tient à la place donné à un sous-officier de l'armée japonaise, Kadogawa, qui est à la fois acteur et spectateur bouleversé des exactions.

 

Le film se découpe en deux parties. Dans la première, les rares troupes chinoises présentes après la fuite de l'Etat-major opposent une résistance désespérée à l'armée japonaise. Défaits, les soldats sont faits prisonniers et pratiquement tous exécutés par balle.

 

Puis le film se focalise sur la zone occidentale de la ville transformée en camp de réfugiés sous la tutelle d'un homme d'affaire allemand. Seulement, la zone s'avère de plus en plus difficile à préserver de l'armée japonaise qui traque les soldats chinois survivants et assouvissent leurs appétits sexuels sur les femmes et les enfants chinois.

 

Mais Lu Chuan dresse également une galerie de portraits de personnages qui permet de dépasser la vision "classique" du massacre par les chinois : un crime contre l'humanité odieux de l'agresseur japonais, une résistance héroïque des chinois, le martyr de la population.

 

Ainsi, au delà des personnages attendus – le chef des soldats chinois qui combat jusqu'au dernier moment et qui sera exécuté, l'officier japonais sadique, … – le film suit de près le parcours d'un sergeant japonais, Kadogawa, dont le cheminement révèle les souffrances qu'ont pu également ressentir des soldats japonais pendant ces 40 jours de tueries.

 

Kadogawa passe donc par plusieurs stades. Si son sentiment dominant est au départ la peur des résistants chinois qui harcèlent l'armée japonaise, au fil de l'histoire, les plans de son visage témoignent de son choc face aux atrocités. Un choc qui l'ébranle et affecte son comportement. On le voit ainsi à un moment demander un objet à une Nankinoise au lieu de le prendre de force. Plus tard il exaucera la supplique de la même femme qui lui demande de la tuer au lieu de laisser ses camarades japonais la violer.

 

Enfin, le film s'achève sur son écroulement moral. Vidé de toute impulsion guerrière il libère deux soldats chinois prisonniers qui étaient promis au peloton d'exécution, puis il se suicide, anéanti dans son être par ce qu'il a vu et probablement par ce qu'il a fait.

 

Un personnage central qui a fait débat lors de la sortie du film en Chine. Les internautes chinois ont été nombreux à critiquer l'insistance sur les souffrances des soldats japonais, sans commune mesure avec celle de la population. Le réalisateur a même reçu des menaces de mort. Pourtant, après une censure initiale, le film a été soutenu par le gouvernement chinois qui a déclaré qu'il faisait partie des 10 films recommandés pour la commémoration des 60 ans de la fondation de la Chine populaire.

 

A l'inverse, le film a peu de chance d'être projeté au Japon où la réalité et l'ampleur du Massacre de Nankin sont régulièrement remis en cause par des révisionnistes. Lu Chuan a déclaré qu'il donnerait son film gratuitement si cela pouvait lui permettre d'être diffusé.

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