Education : combien coûte un élève ?

Rédigé par jean-baptistenoe le 08 novembre 2010.

Les questions sur l’éducation enflamment les esprits. Afin de calmerces feux brûlants il peut être bon d’apporter quelques chiffres utiles,comme autant de baume sur des plaies ouvertes. La question du coût d’unélève est ainsi régulièrement évoquée. En s’appuyant sur les chiffresde l’INSEE il est donc possible d’éclaircir cette question.

Par Jean-Baptise Noé

Des dépenses éducatives en augmentation

Toutd’abord combien dépense la France pour son éducation ? En 2006, laFrance dépensait 5 482 dollars par élèves du primaire, et 9 303 dollarspar élèves du secondaire. Elle se situait au huitième rand des 30 paysles plus développés. Le pays dépensant le plus était le Luxembourg, avecrespectivement 13 676 et 18 144 dollars, le pays dépensant le moinsétait la Turquie, avec 1 130 et 1 834 dollars, tous ces chiffres étantdonnés en dollar constant de 2006. La moyenne des dépenses d’éducationpar élèves du secondaire étant de 7 884 dollars, et la médiane de 8 399dollars. La France se situe donc dans la fourchette haute, elle faitpartie des pays développés qui dépensent le plus pour son éducation.Nous pouvons d’ailleurs constater que les Etats-Unis se situent en 4èmeposition, avec 9 709 dollars pour le primaire et 10 821 dollars pour lesecondaire, ce qui bat en brèche l’idée reçue d’un pays qui nes’occuperait pas de son éducation. La France dépense donc beaucoup, avecles taux d’échec affligeants que nous connaissons. En 2006 c’est 6.12%de son PIB qui est consacré aux dépenses d’éducation, contre 5.12% pourl’Allemagne mais 6.92% pour le Royaume-Uni. Le Luxembourg, quant à lui, yconsacre 3.41%de son PIB. Mais comme nous le savons son PIB estbeaucoup plus important que les autres pays, ce qui fait qu’en valeurglobale il est, nous l’avons vu, le pays d’Europe et du monde quidépense le plus pour l’éducation.

Un lycéen coûte 9 110 euros

La France consacre donc 6.12% de son PIB à l’enseignement. En soi celane veut pas dire grand-chose, ce chiffre est tout juste bon à nousdonner un ordre de grandeur. Regardons de plus près la structure mêmedes dépenses, et notamment les dépenses par élèves, entre 1980 et 2008,les chiffres étant donnés en euros constants de 2008.

Dépenses par élèves, en euros.

Premier degré Second degréSupérieur Tous niveaux

1980 2 919 5 833 7 426 4 404

1990 3 646 7 000 8 177 5 500

2000 5 115 8 987 9 487 7 347

2008 5 620 9 110 10 792 7 780

Nous constatons une très forte augmentation des dépenses par élèves.Entre 1980 et 2008 cette augmentation est de 43.39%, le plus marquéétant le premier degré, avec 48% d’augmentation, contre 36% pour lesecond degré. Cette augmentation n’est pas linéaire. La véritablerupture a lieu à partir de 1988, avec un emballement des dépenseséducatives, jusqu’à l’aube des années 2000. Entre 1981 et 1986l’augmentation des dépenses pour le secondaire est de 3%. Entre 1986 et1988 elle est de 3.3%. Mais entre 1988 et 1993 cette augmentation est de18.5%, avant d’être nettement stoppée entre 1993 et 1997 (6.7%d’augmentation), de repartir entre 1997 et 2002 -8% d’augmentation-, etde baisser entre 2002 et 2008 avec une baisse de 0.4% des dépenses.Cette baisse est minime mais elle vient clore deux décenniesd’augmentation. On constate ainsi qu’autour des dépenses d’éducation secristallisent deux visions politiques, puisque ce sont les différentsgouvernements socialistes qui ont provoqué de très fortes hausses desdépenses, alors que les gouvernements conservateurs ont eux initié unebaisse. Toutefois, cela n’est vrai qu’à partir de 1988, car avant cettedate le gouvernement de Jacques Chirac avait connu une plus forte hausseque les gouvernements Mauroy et Fabius.

Des élèves en diminution, des enseignants en augmentation

Cette hausse effrénée des dépenses d’éducation ne peut laisser qu’ungoût amer, car elle s’accompagne d’une augmentation de l’échec scolaireet d’un déclassement du niveau français. Elle a donc été incapabled’améliorer le niveau scolaire. On peut aussi se demander si cette trèsforte augmentation était nécessaire, ce qui au regard des effectifsscolaires est plus que douteux. En effet, entre 1980 et 2008 le nombred’élèves dans le primaire est passé de 7 396 milliers à 6 643 milliers,soit une baisse de 11% des effectifs alors que, dans le même temps, lesdépenses augmentaient de 48%. Quelle fut donc la logique d’un tel budget? Au collège, toujours sur la même période, les effectifs passaient de 3261 milliers à 3 088 milliers, soit une baisse de 5%. Il n’y a guèreque le nombre de lycéens qui a augmenté, passant de 1 124 milliers à 1446 milliers, soit une hausse de 22%. Encore ces chiffres ne font-ilspas la distinction entre les lycéens de la filière générale et ceux dela filière technologique.

Qu’est-ce qui a justifiée unetelle hausse ? En 1980 un écolier coutait 2 919 euros par an, en 2008 5620 euros. En 1980 un lycéen coutait 5 833 euros, en 2008 9 110 eurossoit, répétons-le, 48% et 36% d’augmentation. Le nombre moyen d’élèvesen classe était de 23 élèves à l’école en 1980 et de 22 élèves en 2008.Au lycée il était de 24 élèves en 1980 et 23 élèves en 2008, deschiffres qui sont donc restés d’une remarquable stabilité.

Alors si la hausse des dépenses éducatives ne s’explique ni parl’augmentation du niveau scolaire, ni par l’augmentation du nombred’élèves, ni par la diminution des effectifs en classe, comment peut-onla justifier ? Peut-être du côté des effectifs d’enseignants.

Les enseignants étaient 882 640 en 1990 et 940 403 en 2009, avec unepointe en 2005 où ils étaient alors 1 005 138. Il est remarquable deconstater que plus le nombre d’élèves

diminuait, plus celui desenseignants augmentait. Entre 1980 et 2005 la hausse est de 12%, alorsqu’entre 2005 et 2009 on constate une diminution de 7%. Si l’on ajoutele personnel administratif, l’Education Nationale comptait 1 171 300salariés en 1990, 1 283 615 en 2000 (+ 9%) et 1 115 242 en 2009. Onconstate donc que le nombre d’enseignants n’a pas été indexé sur lenombre d’élève. C’est ainsi que l’on arrive à la situation suivante : laFrance est le pays européen qui a le plus fort taux d’encadrement. Ellese classe en 6ème position sur 27, avec 9.6 élèves par enseignants en2007. La première place est occupée par la Grèce, 7.3 élèves parenseignants, la dernière par la Finlande, avec 15.9 élèves parenseignants, la moyenne étant à 11.8.

Un excellent taux d’encadrement, mais pour quels résultats ?

L’augmentation du coût de la scolarité ne semble donc obéir à aucunelogique compréhensible. Déconnectée de l’évolution du nombre d’élèvecomme des résultats scolaires, elle semble plus liée à l’idéologie qu’àune analyse scrupuleuse des faits et des besoins. Pour éviter de tellesdérives financières, n’est-il pas nécessaire d’établir un chèquescolaire, afin de permettre aux parents de choisir, pour leur enfant,l’école de leur choix, et d’être responsabilisés aux dépenses éducatives?

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