Sarkozy et Cameron à la manoeuvre face au régime libyen

En reconnaissant le Conseil national de transition constitué par les insurgés comme le « seul représentant légitime » de la Libye, en s’apprêtant à envoyer un ambassadeur auprès d’eux à Benghazi et en se prononçant en faveur de frappes ciblées, la France, aidée par le Royaume-Uni, tente actuellement de sortir le monde de son inertie vis-à-vis des évènements en Libye. L’enjeu est en effet de taille, puisque les troupes gouvernementales semblent en passe, sinon de reconquérir les zones contrôlées par les insurgés, du moins d’aboutir à un éventuel cessez-le-feu et une ligne de démarcation qui laisseraient au pouvoir l’essentiel du territoire et des ressources. Si l’intention de la France semble noble et lui permet de redorer quelque peu son blason, il se pourrait cependant très fortement que cela ne puisse suffire pour empêcher la contre-attaque du colonel Kadhafi.

 

 

Evidemment, cela fait plaisir à voir. Alors que la diplomatie française a été critiquée, moquée et vilipendée pendant les révolutions tunisienne et égyptienne, Nicolas Sarkozy semble avoir repris la main et changé de cap face aux évènements en Libye. Le gouvernement français se place en défenseur le plus déterminé de ces insurgés libyens qui n’ont que leur courage à opposer aux armes lourdes du régime de Tripoli. On retrouve le Sarkozy que l’on aime, n’hésitant pas à bousculer les conventions, ayant un coup d’avance et ses déployant tous azimut afin de résoudre les conflits armés, comme il a pu tenter de le faire en 2008 en Géorgie. Dans cette opération, la France est en totale convergence avec la Grande-Bretagne et Nicolas Sarkozy et David Cameron sont les deux seuls dirigeants à s’être exprimés clairement pour des frappes ciblées et un soutien sans faille aux insurgés.

 

 

Cependant, quelle est la marge de manoeuvre de Paris et de Londres pour forcer la main du colonel Kadhafi? Si le Parlement européen applaudit fortement l’initiative franco-britannique, les autres partenaires européens semblent beaucoup plus circonspects. L’Allemagne, en effet, par l’intermédiaire de son ministre des affaires étrangères, Guido Westervelle, a déjà annoncé qu’elle refuserait de se lancer dans une guerre en Afrique du Nord. Le premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, a critiqué le timing des déclarations franco-britanniques, estimant que les initiatives européennes devaient attendre le Conseil européen qui doit se réunir aujourd’hui. Concernant les autres partenaires européens, c’est pour l’instant, R.A.S, on attend de voir, et on imagine, de toute façon, mal Silvio Berlusconi attaquer son compagnon de bunga-bunga.

 

 

Mais le Conseil européen ne pourrait être la seule instance à convaincre. Il serait en effet assez improbable, ou, en tout cas, inédit, de voir les européens passer aux hostilités contre le régime Kadhafi sans l’aval du Conseil de sécurité que ni la Chine ni la Russie ne comptent donner. Depuis de nombreuses semaines, l’Europe, les Etats-Unis et le reste du monde ont laissé Kadhafi reprendre la main et reconquérir une partie de son pays. Cela pourrait se faire au prix d’une catastrophe humaine et politique. En plus des milliers de morts libyens, quel signal, en effet, pour les peuples du Maghreb et du Machrek qui se sont levés pour renverser leurs dictateurs peut donner l’inertie occidentale? Alors que ces révolutions montrent que la population arabe refuse la stagnation politique et économique, l’Europe et les Etats-Unis ne savent toujours pas comment réagir.

 

 

Que peuvent donc faire Londres et Paris? Après leur implication de ces derniers jours, les possibilités semblent assez réduites. Sarkozy et Cameron peuvent convaincre la “communauté internationale” de la nécessité d’intervenir en Libye. Ils peuvent prendre leurs responsabilités et agir seuls s’ils n’arrivent pas à réveiller l’Europe et l’ONU, ce qui serait clairement, sinon du néo-colonialisme, du moins de l’ingérence. Ou ils peuvent finir, peu à peu, par se renier, laisser le feu s’éteindre et suivre l’immobilisme international, comme les puissances moyennes que les deux pays sont devenus. Tant pis pour les insurgés libyens, mais l’essentiel est ailleurs : il fallait redorer le blason de la diplomatie française.

On vous recommande

A propos de l'auteur kacheer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.