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François Hollande : récital au pays du candidat normal

Rédigé par marcass le 30 mai 2011.

Nous voilà désormais à moins d’un an de l’élection présidentielle et les candidats déclarés ou en puissance s’attèlent à la confection de l’instrument idéologique qui devra leur ouvrir les portes élyséennes. En musicien consciencieux, chacun élabore sa partition et ne s’interdit pas d’en changer si d’aventure la mélodie proposée ne devait rencontrer aucune oreille bienveillante.

 

La symphonie du « care » qui nous a été proposée il y a quelque temps par Martine Aubry a ainsi eu droit à son trait de plume, au grand soulagement de ceux qui craignaient de voir la France se transformer en une vaste clinique. Le citoyen mélomane en vient logiquement à souhaiter que pareil destin puisse à terme frapper la vilaine sérénade du candidat « normal » jouée, à juste titre, par celui qui n’a jamais été ministre et dont les qualités de chef ne sont pas étayées par son bilan décennal à la tête du PS.

 

Semblable posture idéologique semble effectivement aussi absurde que nocive. Elle est absurde en ce qu’elle sous-tend qu’il n’est au fond pas nécessaire que la direction du pays échoie au meilleur d’entre nous : dans la même veine, l’on choisirait ainsi de confier sa vie à un médecin « normal » plutôt qu’à un autre excellent. Cette appétence pour la normalité, qu’on imagine doublée d’indolence, ne nous épargne pas non plus le sentiment du ridicule qui naîtrait de la dissonance du violon France jouant un adagio dans un monde qui lui évolue sur un rythme allegro.

 

La normalité,  qu’est-elle d’ailleurs, sinon un concept flou car fluctuant, éminemment relatif et donc dangereux dès qu’il s’agit de l’ériger en absolu et d’en faire une étiquette personnelle. Une telle idée, qui tend en creux à excommunier tous ceux – et ils sont plus nombreux qu’on ne le croit – qui n’en relèveront pas, flirte inconsciemment avec la pensée totalitaire malgré la bonne foi avec laquelle s’en défendra son concepteur. Ce-dernier eût été mieux avisé de puiser son inspiration ailleurs, dans des qualificatifs autrement plus valables : quid d’un candidat « responsable » ? D’un candidat « efficace » ?

 

L’électeur lui-même ne s’y retrouvera pas au final, qui greffera sur ce vocable sa propre définition du « normal » – forcément différente de celle d’un autre – et s’apercevra douloureusement qu’elle n’est porteuse d’aucune substance politique réelle et surtout univoque. La malhonnêteté intellectuelle se complète ainsi de celle, démocratique, qui consiste à réclamer subrepticement au citoyen un chèque en blanc : votez pour le candidat « normal », vous voterez pour le candidat fourre-tout !

 

Enfin, ce souci de réduire l’élection au seul choix du comportement et de la personnalité du candidat ne consomme t-il pas l’échec de certains à proposer un projet consistant et enthousiasmant ? Triste démocratie que celle où sévit l’indigence intellectuelle qui réduit considérablement le champ des candidats sérieux et crédibles.

 

En attendant donc de savoir si les socialistes nous proposeront un nouvel opéra-bouffe ou le sempiternel concerto pour égos, gardons au moins l’espoir que d’ici là le leitmotiv assez pauvre du candidat « normal » aura fait long feu puisqu’une certaine nuance commence déjà à être apportée. Ma voix en tout cas ne sera pas à vendre pour un simple la.”

Déjà 2 remarques sur cet article

  1. lili du bassin dit :

    Hollande ou le retour du Jospinisme.

    Il nous faut un président exceptionnel, non un candidat normal.

  2. Laulau dit :

    Qu'est-ce qu'un président normal ?

    Élémentaire, un président normal est un président qui veut être réélu!

    De Gaulle y est parvenu.

    Pompidou est mort avant la fin

    Giscard n'a fait qu'un mandat,depuis il n'est plus très normal.

    Mitterand y est parvenu, la force tranquille!

    Chirac peste de n'avoir pas pu en faire trois.

    Et Sarko rêve d'en avoir deux …..

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