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Limogeage Naulleau/Zemmour : vers une télé aseptisée !

Rédigé par lesoufflet le 05 juillet 2011.

eric_zemmour_eric_naulleauDans le Nouvel Obs, Éric Naulleau a réagit à son éviction et à celle de son camarade Éric Zemmour de l’émission “On est pas couché”.  Visiblement vexé, l’éditeur regrette que la télévision française perde de son piment. Quand les émissions de télévision sur les chaînes publiques se transforment en publicités pour les “produits culturels”…


Pourquoi Zemmour et Naulleau ont-ils étés virés de l’émission de Laurent Ruquier ? C’est la question que tout le monde se pose. Voici la version d’Éric Naulleau :

 

“On est dans un système où chacun comprend où est son intérêt. Et peut-être que l’intérêt de Laurent, voire de l’émission, était de faire cesser des pressions de toutes sortes. Un talk-show peut-il se priver de têtes d’affiches? Il est compliqué d’en animer un quand la moitié du show-biz vous répond: «Ah, on serait ravi de vous envoyer notre star, mais quel dommage que vous ayez ce furieux de Naulleau qui dézingue à tout va…». Le problème est que de nombreux artistes refusent de s’exposer à la critique. C’est le principe du «Grand Journal» de Canal +: on n’est pas là pour se faire allumer. L’impertinence est dans un coin réservé qui s’appelle «les Guignols»; on vous prévient quand ça commence, on vous prévient quand c’est fini: fin de la parenthèse, reprise de la promotion.”

 

En gros, si Laurent Ruquier n’a pas reçu de pression directe, ce serait la multitude de petites pressions (en particulier celles des artistes) qui l’auraient poussé à se débarrasser de son duo de chroniqueurs. Un duo gagnant qui avait pourtant fait le succès de l’émission par sa franchise, son refus de la langue de bois et ses critiques affûtées. En quelques années, ils sont devenus l’idole des téléspectateurs mais aussi la bête noire du PAF français.

 

Les critiques doivent-ils seulement dire ce qu’ils pensent en se cachant derrière leur plume (dans la presse, il existe des critiques bien plus offensantes et gratuites que celles pratiquées par nos 2 compères) ? Au final, n’étaient-ils pas plus respectueux que la plupart des lécheurs de bottes officiels (Grand journal, TF1…) car eux au moins se plongeaient vraiment dans les œuvres qu’il attaquaient ? On a toujours plus de mal à critiquer un livre lorsque l’on a pas pris la peine de le lire… Quand Harry Roselmack publie un roman, que voulez vous qu’un critique littéraire digne de ce nom dise ? Est-il vraiment scandaleux de dire à un artiste que l’on aime pas son art et de lui expliquer pourquoi ?

 

Les artistes qui passent chez Ruquier, a priori, ne sont pas à plaindre. Il gagnent la plupart du temps très bien leurs vies grâce à la vente de leur “art”. Ces ventes sont issues de leurs expositions médiatiques. C’est quand même la moindre des choses quand on vient faire sa promo que d’écouter ses contradicteurs.  Pour qui se prennent-ils ? On retrouve cette caste de pseudos intellos et d’artistes parisiens qui garde le pouvoir et se protège pour conserver ses privilèges : le peuple (l’audimat, les spectateurs) souhaitait conserver le duo mais la classe des élites médiatiques a eu sa peau…

 

Le problème est simple : nos artistes et notre télévision publique, à l’image de notre société, sont aseptisés. Dans les années 90 encore, on pouvait observer des débats virulents, de franches engueulades sur les plateaux télé. Ardisson, entre autre, interviewait sans langue de bois (rien à voir avec le cirage de pompe entre amis qu’il nous sert désormais chaque semaine sur Canal…).

 

En rejetant toute forme de critique, de contradiction, de conflit, la télévision nous endort doucement le cerveau afin de faire de nous de bons moutons consuméristes. Comme l’expliquait très bien Patrick Le Lay, ancien PDG de TF1, ” Il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation (…) de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. ”

 

Une bien mauvaise idée pour un média qui subit la concurrence de plus en plus puissante de l’Internet dont le fonctionnement est précisément inverse : omniprésence des désacords et des conflits exacerbée par l’anonymat et mort de la langue de bois en contradiction avec l’esprit web.

 

Au programme chez Ruquier l’année prochaine, Audrey Pulvar et Natacha Polony… Ça sent la bienpensance, la distribution de leçons de morales et l’ennui à plein nez…

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