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FC Gueugnon : carton rouge sur la radioactivité

Rédigé par Denis le 04 janvier 2012.

Imaginez un instant que l'on découvre enfouis sous le parking du stade de France, celui Parc des Princes ou encore du stade Vélodrome des déchets radioactifs et que l'on empêche les supporters d'accéder dans l'enceinte les soirs de match pour cause de radioactivité trop élevée: scandale! Que l'on se rassure, ce n'est ni le stade parisien ou marseillais qui est visé par l'atome mais le stade Jean-Laville du FC Gueugnon, club de division Nationale (qui a quand même flirté avec la ligue 1 dans les années 90).

gueugnonImaginez un instant que l’on découvre enfouis sous le parking du stade de France, celui Parc des Princes ou encore du stade Vélodrome des déchets radioactifs et que l’on empêche les supporters d’accéder dans l’enceinte les soirs de match pour cause de radioactivité trop élevée: scandale! Que l’on se rassure, ce n’est ni le stade parisien ou marseillais qui est visé par l’atome mais le stade Jean-Laville du FC Gueugnon, club de division Nationale (qui a quand même flirté avec la ligue 1 dans les années 90).

L’affaire remonte aux années 80 quand la Cogema (petit nom de ce qui deviendra plus tard Areva) décide de se débarrasser de plus de 200 000 tonnes de déchets radioactifs dont on ne savait déjà que faire et produites par l’usine de traitement d’uranium de Gueugnon qui doit fermer ses portes. Enfoui dans des gravières, le site est classé ICPE (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement), c’est à dire que le site fixe présente des risques pour l’environnement. Tout va cependant pour le mieux du côté des pouvoirs publiques et de l’ASN qui bouclent le dossier une fois l’usine démentelée.Mais voilà que quelques années plus tard, en 2007, la criiRad (Centre de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité) promène ses compteurs geiger aux abords du stade et les appareils de mesure s’affolent. Des valeurs supérieurs à 20 fois la radioactivité naturelle sont relevés sur les 2500 m² du parking du stade de foot qui jouxte le site de stockage. On venait de mettre à jour un autre site de stockage (totalement illégal, celui là) de près de 20 000 tonnes de déchets radioactifs enfouis a à peine 70 cm en sous-sol. Areva est obligée d’admettre la faute.

En 2007, alors qu’une solution permettant d’enlever la totalité des déchets est évoquée (pour un coût de 700.000 euros) et révélée par le Canard enchainé , une autre solution sera finalement choisie par Areva: décapage et goudronnage des zones les plus exposées. Coût de l’opération: 350.000 euros, moitié moins cher, donc. D’après Areva, la décision viendrait de l’État. Le maire socialiste de Gueugnon, Dominique Lotte, n’a surement pas bien su choisir son camp politique. Seulement, dès la première pose de bitume, la radioactivité se multiplie par deux! Et oui: le radium 226, quand il se désintègre, a la fâcheuse manie de libérer du radon 222, gaz radioactif qui se retrouve bloqué par le bitume et libère encore plus d’éléments radioactifs. Ah, ce que l’atome peut être facétieux… Fin des travaux en urgence, alors que la ville doit recevoir l’Ukraine (autre grand pays pourtant habitué du nucléaire) en match Espoirs.

La criiRad sonne une nouvelle fois l’alarme et Areva sort de son chapeau anti-atomique une autre solution miracle. Tel BP posant un bouchon sur sa fuite de pétrole sous-marine, nos crânes d’œuf en blouse blanche proposent de napper le tout d’une membrane géothermique sur laquelle on balance cailloux et goudron. Ou comment pudiquement cacher ses détritus sous le tapis. Cout de l’opération: 1 000 000 d’euros. Soit, depuis 2007, 1 350 000 euros seront dépensé par Areva et l’État pour une opération qui n’aurait couté “que” 700 000 euros si notre champion mondial de l’atome avait poussé du col pour retirer ses propres saloperies.

Sauf qu’il va falloir trouver un nouveau plan B: la membrane protectrice ne protège rien du tout et la radioactivité s’étend à nouveau entraînant des records de relevés de becquerel entre les vestiaires et la buvette du stade. A quand les premiers joueurs de foot radioactifs à trois pattes?

Cette affaire pas trop médiatisée (qui n’est pas un cas isolé, malheureusement) et surement d’une gravité somme toute relative d’après l’ASN, renforce encore le problème dans lequel le tout nucléaire est empêtré depuis les années 50 et la production des premiers déchets nucléaires: comment se débarrasser d’une substance néfaste alors que l’on en a produit sans fin et sans réelle concertation avec la population française? La Hague, unité de retraitement des déchets nucléaires usagés (pudiquement appelés “combustibles”), est censée recycler ce mélange d’uranium et de plutonium afin de produire le fameux Mox à Marcoule, pour être réutilisé ensuite comme combustible dans les centrales nucléaires. Sauf que ce Mox a une durée de vie limitée et son retraitement nucléaire “est beaucoup plus problématique que celui issu de l’uranium car il dégage beaucoup plus de radioactivité et de chaleur que le combustible classique: le refroidissement du MOX usagé prend environ 10 fois plus de temps (50 ans au lieu de 5 a 8 ans), ce qui demande des installations de refroidissement plus grandes. Si l’on voulait enfouir ces combustibles usés, la durée du refroidissement nécessaire serait de 60 à 100 ans.” Et dire que la centrale de Flamanville (EPR de dernière génération) est pensée pour ne fonctionner qu’avec le Mox. Cela laisse présager de doux lendemain quand il faudra se débarrasser du Mox usagé: cette centrale devrait consommer 3 tonnes de plutonium par an. Mais, depuis la loi Bataille de 91 sur les recherches relatives à la gestion des déchets nucléaires, l’on “moxe” à tout va et advienne que pourra.

Dans ces conditions, la sortie du nucléaire prônée par nos dangereux écolos ne reste qu’une vaste utopie.

Déjà 3 remarques sur cet article

  1. denis dit :

    et merci d’avoir courageusement planqué cet article dans la rubrique “sport”… on croit rêver…

  2. denis dit :

    merci de modifier l'acronyme criiRad dans le texte et dans vos mots clés.

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