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Le vrai scandale des abattoirs: le manque de transparence

Rédigé par eratosthene le 23 février 2012.

Depuis plus d'un siècle, les abattoirs constituent un sujet hautement polémique. En 1906, le livre la jungle d'Upton Sinclair scandalise l'opinion publique américaine qui découvre l'insalubrité et les conditions de travail extrêmement difficile des ouvriers dans les abattoirs.

abbatage_mouton_hallalDepuis plus d’un siècle, les abattoirs constituent un sujet hautement polémique. En 1906, le livre la jungle d’Upton Sinclair scandalise l’opinion publique américaine qui découvre l’insalubrité et les conditions de travail extrêmement difficile des ouvriers dans les abattoirs.

L’auteur fut reçu par le président Théodore Roosevelt lui même et des mesures législatives suivirent pour assurer l’hygiène des abattoirs. A la même époque, les mouvements de défense des animaux connaissent un rapide essor avec des connotations parfois antisémites. En 1893, la Suisse interdit par référendum l’abattage rituel qui consiste à égorger l’animal, suivi de la Norvège en 1930, de l’Allemagne nazie en 1936 et de l’Italie fasciste en 1938. L’histoire et la présence de mouvements antisémites rend le débat très polémique.

Aujourd’hui, bien que la réglementation a évolué et que la qualité s’est améliorée depuis Upton Sinclair, les abattoirs sont toujours critiqués pour leur manque d’hygiène et pour la pratique de l’abattage rituel. Récemment, Marine Le Pen a relancé le débat sur la viande hallal après la diffusion d’un reportage d’envoyé spécial sur France 2 qui montre que tous les abattoirs d’Île de France pratiquent l’abattage rituel. Cependant, les autorités musulmanes ne sont pas opposées à l’étouffement. En février 2004, le recteur de la Mosquée de Paris accueillant l’actrice et militante de la cause animale Brigitte Bardot justifiait ainsi sa position : « l’étourdissement préalable n’est licite que dans le cas où il n’entraîne pas la mort de l’animal et qu’il puisse être réversible ». Il ajoutait : « que l’électronarcose était déjà largement pratiquée à travers le monde dans les abattoirs industriels produisant de la viande halal ». Source : communiqué de l’AFP, 11 février 2004.

Le reportage de France 2 pointait très bien les deux problèmes des abattoirs français; le non respect des normes sanitaires imposées par la loi et le manque de transparence sur l’abattage rituel qui est un problème juridique européen.

Il est choquant de voir qu’un abattoir qui n’est pas aux normes n’est pas sanctionné. Ceci est d’autant plus critiquable qu’il peut continuer à vendre sa viande et que le consommateur ne sera pas tenu au courant. Le rapport de la cour des comptes de 2008 qui était accablant sur la situation sanitaire des abattoirs français n’avait pas été rendu public. Il est impossible pour un citoyen d’avoir accès aux rapports et aux évaluations des abattoirs. Toutes ces données devraient pouvoir être librement accessibles sur internet. Des données du ministère de l’agriculture sont déjà disponibles sur le site data.gouv.fr mais on n’y trouve aucune information sur l’hygiène des abattoirs.

Avant d’être publiée, l’information doit pouvoir être recueillie et il est essentiel que les inspecteurs des directions départementales des services vétérinaires (DDSV) soient en nombre suffisant pour s’assurer que la loi est respectée et que la note attribuée corresponde à la réalité. Malheureusement, l’État français est prolifique quand il s’agit de voter des lois mais il est souvent incapable d’embaucher assez de gens pour les faire appliquer. Faire ressortir épisodiquement les carences de la filière de l’abattage dans des livres ou des reportages audiovisuels est insuffisant, il faut un contrôle permanent de l’État et des citoyens.

Profitant des failles juridiques et du laxisme des administrations, nombre d’abattoirs se sont engouffrés dans la voie de l’abattage rituel pour pouvoir échapper à une réglementation contraignante. A l’instar de l’abattoir de Meaux, la généralisation de l’abattage rituel a permis des économies d’échelle permettant ainsi d’augmenter leurs marges. La logique est purement économique, relevant d’un simple calcul coûts/avantages/risques. Ce qu’il faut, c’est justement inverser cette logique en introduisant plus de transparence pour que le consommateur puisse sanctionner les abattoirs. Cependant, la législation européenne n’impose aucune règle en matière de transparence. Au final, tout le monde y est perdant. Les autorités musulmanes sont les premières à dénoncer la supercherie du halal car égorger la bête ne suffit pas, il faut qu’elle soit bénie par un imam et tuée en direction de La Mecque (ce que peu d’abattoirs respectent).

De plus, le consommateur qui tient à ce que la bête soit étouffée y perd aussi car il consomme de la viande d’un animal qui a été égorgé. Les divisions de la communauté musulmane rendent très difficile l’avènement d’un label hallal. Cependant, il n’est pas nécessaire d’instaurer juridiquement un label pour résoudre le problème de la transparence sur la mort de l’animal. La législation européenne peut être modifiée pour que sur l’étiquette soit indiqué la méthode d’abattage.

Au lieu de s’embourber dans des débats avec des connotations qui peuvent être dérangeantes et qui donnent lieu à des dérives haineuses, il serait préférable d’appliquer les mesures suivantes :
-Transparence et accessibilité des données sur les abattoirs. Les rapports et les évaluations de chaque abattoir doivent être disponibles sur internet en libre accès. Le site data.gouv.fr peut très bien se prêter à cette diffusion.
-Augmentation des effectifs des inspecteurs des directions départementales des services vétérinaires (DDSV) pour que les contrôles soient réguliers.
-Enrichir l’étiquetage des produits en indiquant la méthode d’abattage (étouffement ou égorgement) et l’évaluation de l’abattoir.

Pour ceux qui veulent aller plus loin sur les enjeux du hallal en Europe, je recommande vivement la lecture de l’excellent article de Florence Bergeaud-Blackler, sociologue des religions, Nouveaux enjeux autour de l’abattage rituel musulman: une perspective européenne, cahiers d’économie et de sociologie rurales n°73, 2004.

Déjà 3 remarques sur cet article

  1. Groc Bernard dit :

    à mon avis il y a plus grave que le manque de transparence
    ces pratiques de BARBARES devraient être INTERDITES
    nous somme un pays civilisé
    mais parait-il que toutes les civilisations se valent

  2. eratosthene1 dit :

    Comme disait Claude Levi-Strauss dans race et histoire (1962): “Le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie”.

    Sur quelle base, vous pouvez juger qu’une civilisation est archaïque? “La République assure la liberté de conscience.”, c”est le premier article de la loi de 1905.

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