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Le passé en guise d’avenir ? L’imaginaire en campagne électorale

Rédigé par Guillaume Boucard le 05 avril 2012.

Il y a peu le Ministre de l’Intérieur accusait le député apparenté PS Serge Letchimy d'avoir instrumentalisé "la mémoire de la Shoah". Le débat portait alors sur le comparatif hasardeux entre diverses « civilisations ».

letchimyIl y a peu le Ministre de l’Intérieur accusait le député apparenté PS Serge Letchimy d’avoir instrumentalisé “la mémoire de la Shoah”. Le débat portait alors sur le comparatif hasardeux entre diverses « civilisations ».

Lors de son lancement de campagne le principal candidat de l’opposition faisait du combat contre « la finance mondiale » son principal cheval de bataille, semblant prêt à en découdre jusqu’au fin fond du cosmos s’il le fallait pour débusquer ce qu’il décrivait comme un adversaire quasiment invisible, fantomatique.

Au même moment, la Croix-Rouge restant sur le qui-vive lançait un cri d’alarme, précédée de peu par les Restos du Cœur. En parallèle de l’explosion des chiffres du chômage, la précarité plus générale bat tous les records. Le cri de l’Abbé Pierre se produirait aujourd’hui dans le plus grand désert qui soit, celui de l’indifférence. Face à une réalité criante de désespérance, les campagnes se replient dans les éléments de langage « généralistes » faute d’oser encore un peu de parler vrai.

Des représentants des deux principaux partis de Gouvernement supposés gérer et améliorer la vie des citoyens s’investissent ainsi dans des luttes de civilisation et conflits avec des corps astraux bancaires. A chaque semaine son coup de « com » scénarisé au mieux, alimentant un débat situé dans la théorie tant l’échec dans la pratique n’est pas à l’honneur de toute une partie de la classe dirigeante.

Cet évitement du réel conduit bien des élus de premier plan à tenter de vaincre dans le seul combat qui vaille présentement, électoraliste, au travers de stratégies « d’immersion ». L’heure et les leurres sont donc aux « éléments de langage », autant dire, des inductions permettant de plonger l’auditoire dans le récit voulu et dûment structuré. Puisque il y a échec et corruption dans le monde réel, les victoires électorales ne peuvent plus se produire que dans l’imaginaire, cet inconscient collectif dans « l’usage » duquel certains sont devenus maîtres. En première loge, les citoyens continuent d’être traités comme des stock options et données d’études, même si toutes les courbes convergents vers le déclin. Des sociologues et « intellectuels » officiels attestent même que l’on n’y peut rien. Ils restent grassement rémunérés pour commenter et analyser tout ce qu’ils furent incapables d’anticiper. Les aveugles volontaires sont rois. Le peuple n’a pas à juger de ce qu’il vit, on lui dira dans le talk show du soir, aux informations, lesquelles sauront préparer son sommeil. Immersion ?

La première est de nature temporelle. Le scrutin de 2012 se devrait d’être une répétition de 1981 ou de 1988. Retour vers le passé, le présent serait trop impitoyable. Le candidat du PS fût probablement le premier à parier sur le temps singeant allègrement feu Mitterrand comme aucun imitateur ou comique ne l’osa jamais. Tout y est, le coude sur le pupitre et les commentaires instantanés du discours, l’orateur emportant avec lui toute l’assistance dans son mental, dans un effet d’auto dérision complice. Le public devient l’orateur lui-même par une subtile identification. Tout cela ne se pratiquait jadis que dans le milieu sectaire. Mitterrand prétendrait-il post mortem à un troisième mandat ? Les « forces de l’esprit » auxquelles il disait croire, seraient impénétrables.

L’ancien premier Ministre Jospin ayant entraîné avec lui le « retrait de la vie politique » de toute une partie de la Gauche, l’enjeu serait de se resituer dans le temps du seul Président « socialiste » accédant à l’Elysée sous la cinquième République. Toujours le passé.

Le candidat sortant et occupant actuellement la magistrature théoriquement « suprême » n’eut alors que le choix d’opposer un Mitterrand à un autre, celui de la réélection de 1988 dans « la France Unie » escomptée face à celui plus revendicatif et radical de Mai 1981. Un Mitterrand serait sûr d’être réélu en 2012. Le suspens repose seulement sur le fait de savoir lequel. Le Tonton 1 de la rupture ou le Tonton 2 du rassemblement. A ce stade le candidat de l’opposition s’est tellement identifié à son mentor décédé que le titulaire actuel de l’Élysée retrouve toute ou presque la virginité de sa candidature de 2007. La crise aurait gouverné ces dernières années, et pour tous les partis, depuis 30 ans.

Sans l’être probablement jamais en personne, Président, Mr Bayrou serait plus ou moins porteur du discours « transpartisan » appelé à devenir celui du futur vainqueur. En Mai prochain, le ton général sera celui d’un Président se situant de façon Gaullienne, au dessus des partis. Le Général aussi fera son éternel retour. Une sacrée mutation pour l’hyper président sortant, lequel parle depuis peu avec un débit digne d’une dose de Lexomyl ou d’une sortie de sauna. Un président unificateur de la nation se doit de parler lent, faute de vraiment parler vrai.

Finalement, Mr Hollande se retrouverait dans la position de rupture radicale du candidat Sarkozy de 2007, lequel ne fût pas alors sans rappeler Mitterrand prétendant en 1981 à sortir la France du grand sommeil Giscardien supposé. Vous commencez à être un peu perdus ? Tel est le but recherché. 2012 sera dans un monde parallèle où ne sera pas, ou ce sera la révolte citoyenne trouvant son réceptacle d’accueil au FN. Du spectacle au réceptacle, il n’y aurait qu’un pas. S’agissant des « principaux candidats » désignés comme tels sans que l’on sache bien par qui, la rupture serait surtout dans le ton et le niveau de la voix.

Oui, le Temps lui-même pourrait bien y perdre son latin durant cette campagne électoraliste. Un duel inter-Mitterrandien ? Le passé aurait plein d’avenir…

Ainsi, 2012 se passera en 1981. La crise (préalablement initié avec le choc pétrolier) et dégradation des finances publiques commençaient alors à marquer par un niveau tragique. Tout cela n’ayant fait que se confirmer depuis, rejouer 1981 à l’envers devrait donc être facile. Bien sûr, dans l’hypothèse d’une petite amélioration économique ou géopolitique au niveau Européen, ressortir Mitterrand 2 serait alors plus aisé.

Vers l’élection du temps et du contre temps ? Chacun connaît la chanson, ses refrains et ses slogans. Le « changement » sera présenté comme radical ou de continuité. Mr Hollande se devra de consommer beaucoup de caféine, et Mr Sarkozy beaucoup de Tilleul. Le peuple sera conçu comme un tas de plantes vertes bonnes à être arrosées de promesses. Avec le temps, les feuilles mortes de désillusion se ramasseront rapidement à la pelle. On divertira et soulagera le peuple avec des sondages au travers desquels il éprouvera la sensation de s’exprimer. Comme au JT du soir, on lui dira ce qu’il pense, ce qu’il doit penser.

Outre l’immersion dans le temps, nous ne pouvions échapper à une tentative parallèle d’égarer ou manipuler l’électorat au travers d’une subtile immersion autant spatiale que mémorielle. La France deviendrait l’Allemagne, dans la promotion permanente du supposé modèle économique germanique marquant pourtant par un fort taux de pauvreté et d’emplois offerts au quart de temps, parfois même au cinquième du taux horaire permettant théoriquement de vivre, survivre.

Donc, l’élection de 2012 se déroulera en Allemagne, ou ne se déroulera pas, pour le président (encore) français sortant comme pour son futur « principal concurrent ». La démocratie ne tolèrerait que deux partis, deux candidats. Les mauvaises langues parleraient même d’un seul parti théâtralement scindé en deux chapitres, afin que le spectacle soit moins ennuyeux pour le public, le brave peuple, la France d’en bas, celle que l’on prend de haut.

Quoi qu’il en soit, le couple Mitterrand-Kohl se retrouverait dans l’arène face au couple Merkozy. Il y aurait eu un mariage, ou remariage, désormais un seul nom suffirait.

Reste que nos deux pays connurent aussi des heures fratricides par le passé, jusqu’à pousser l’Humanité toute entière dans le désastre effroyable que l’on sait. Le conflit « civilisationnel » opposant le Ministre de l’Intérieur au député apparenté PS Serge Letchimy s’agissant de la Shoah démontre toutes les limites et risques des déplacements spatiaux temporels de la campagne. Immersion ?

Pour peu que l’on garde un œil suffisamment attentif, une sorte d’anticipation d’une élection conçue pour être intemporelle en 2012 fût initiée dans les médias du Service Public, défini jadis (ou encore) comme celui de l’Etat. Du retour de Patrick Sabatier singeant non pas Mitterrand (bien au contraire !) mais lui-même dans ses émissions passées à succès jusque Drucker, le présentateur éternel, reprenant carrément ses anciens programmes, l’espace médiatique semble déjà approprié pour ce retour vers le passé, en guise de présent, sans avenir. Les compiles de vieux chanteurs des années 80 et 90 marquent un pareil retour. Nous serions dans une phase de restauration, hélas pas sur les plans ou cela serait souhaitable.

Non, cette immersion conjoncturelle ne s’inscrirait que dans la trame d’un spectacle trouvant son point final, ou point de chute, au mois de Mai prochain. Le retour au réel et au présent sera alors brutal. Il ne s’agira plus d’un jeu électoral. La sortie de l’immersion pourrait se faire sous respiration artificielle, entre plans d’austérité, et, plans d’austérité. Le retour provisoire du Front Populaire, voire à la Belle de 1789, assuré par le Front de Gauche, n’y aura rien changé. Le réchauffé du passé ne faisait que passer.

Chacun s’étonnait le 10 Mai 2011 de l’ampleur prise par la commémoration de la mort de Mitterrand (1 et 2). Il n’est pas exclu que l’immersion commença un an avant l’élection de 2012. Les forces d’un esprit très « créatif » seraient à l’œuvre au niveau de la gouvernance de notre pays. Cela remonterait à des temps anciens bien difficiles à situer, seules les pyramides d’Egypte pourraient peut être en témoigner. Certains gagneraient à plonger l’espace et le temps dans l’aveuglement général.

La vérité étant forte de n’avoir rien à cacher, il n’est pas sûr que cela dure aussi longtemps que certains souffleurs de coulisse, avec ou sans oreillettes, le pensent.

2012 : retour vers le passé en guise d’avenir ? Au niveau des conditions de vie pour la majorité des citoyens, la régression est plus que probable. Pareillement au niveau des valeurs morales et de l’éthique. Le peuple n’en pense pas moins, et il recouvre en son sein 10 millions de survivants au seuil de pauvreté. Une masse électorale à même de réserver bien des surprises, pendant comme après les « élections ».

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