Vers une 4ème cohabitation ?

Chirac - Jospin

Chirac - JospinDepuis le référendum sur le quinquennat en 2000, les élections présidentielles coïncident avec les législatives. On pensait éliminer toute possibilité de cohabitation. Mais est-ce si sur ?

Les législatives ne sont plus un scrutin d’adhésion, de confiance, de sanction d’une politique, mais de conséquence. On élit un président et la mécanique naturelle de l’élection lui donne la majorité dont il a besoin pour gouverner quelques semaines plus tard. Exit donc les dissolutions à la prise de l’Élysée, exit le jalon des 5 ans de présidence qui sanctionnait une politique et pilotait les 24 derniers mois.

Et pourtant, des phénomènes se produisent : en 2007, Nicolas Sarkozy élu largement, surfe sur la vague du renouveau pour obtenir un score massif au 1er tour des législatives, mais les électeurs sont pris de doutes au second tour en donnant à l’UMP, une majorité “à peine nette”. En gros, le message était : “ok Nico, on te fait confiance, mais faut pas abuser”.

En 2012, Nicolas Sarkozy est donné perdant depuis le début, et avec des scores délirants (un sondage le donnait perdant à 60/40 à quelques mois de l’élection). L’écart ne cesse de se resserrer depuis allant jusqu’à un 53/47 dans l’entre-deux-tours.

Nicolas Sarkozy, indépendamment de son bilan, de son programme, de son attitude fait une campagne plus agressive, il jette toutes ses forces dans la bataille : il sort un milieu défensif pour mettre un attaquant, il fait monter son gardien là où François Hollande gère.

François Hollande gère, mais brillamment, il vient faire coucou aux électeurs du Front National mais sans jamais risquer se mettre à dos ses amis de toujours. Il fait un vrai catenaccio à l’italienne, mais garde toujours un attaquant dans le rond central pour jouer les contres.

Fort de ce constat, les sondages ne peuvent qu’être favorables à Nicolas Sarkozy, tout du moins dans leur dynamique, à défaut du résultat final. Ajouté à cela les voix du non-changement (“mieux vaut garder la médiocrité du sortant que risquer pire”), les électeurs en colère qui de dégonflent, le résultat final sera serré, surtout si le match de mercredi soir est dans la continuité des campagnes des deux hommes.

Politique-fiction : François Hollande est élu avec 52%. Somme toute une petite victoire étant donné les sondages qu’il a pu avoir. Les 52% sont-ils des votes de confiance ? dans cette campagne qui a été marquée par un anti-sarkozysme primaire ?

Combien de fois Nicolas Sarkozy a fait la une de Libération ? combien de fois Libération a concentré tous ses efforts pour montrer qu’il fallait évincer Sarkozy ? Si bien que quasiment jamais ils n’ont essayé de convaincre les électeurs à quel point leur candidat est formidable ?

Non, dans cette élection, il semblerait bien que même la gauche n’a pas confiance en son candidat (lequel était, accessoirement, un second couteau si Dominique Strauss-Kahn n’avait pas eu ses ennuis…).

Et non, les 52% ne sont pas des votes de confiance à François Hollande, mais un rejet de Sarkozy. Mais Nicolas Sarkozy ne se présente pas aux législatives. Que vont voter tous ceux qui ont voté Hollande à contre-cœur ? Qui ont voté contre leurs convictions pour dégager l’homme à abattre ?

Les reports des voix aux législatives sont souvent bien plus fluides et naturelles qu’à une présidentielle, où le vote est réellement dirigé pour ou contre une tête. Les législatives sont plus une question d’étiquette et de couleur politique.

Serait-il ainsi si délirant que cela que de se retrouver au lendemain du second tour avec une cohabitation ?

Plus loin encore dans la fiction : l’hypothétique Juppé, Bertrand ou Copé à Matignon, mettant en place une politique dure de redressement en subirait vite les conséquences tant la France est un pays difficile à gouverner.

Dans le même temps, François Hollande, du haut de sa tour d’ivoire de l’Élysée, pourrait se contenter de juger durement son premier ministre, verrait sa popularité atteindre des sommets et pourrait se permettre de dissoudre l’assemblée à horizon 2014 et chambouler les calendriers électoraux si ennuyeux depuis 10 ans.

Enfin, peu importe si ce qui a été décrit se réalise ou non, le fait est que c’est crédible. Et force est de constater que cela brasse beaucoup d’air pour pas grand chose. Et oui après tout, quel est l’intérêt des deux élections ? Quel est l’intérêt de ce gouvernement à deux têtes ? La possibilité de se retrouver dans une situation aussi aberrante que la cohabitation ?

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A propos de l'auteur tisek

3 réactions à “Vers une 4ème cohabitation ?”

  1. Ce scénario de cohabitation est tout à fait probable tant l’anti-sarkozysme qui anime cette campagne présidentielle ne tiendra pas jusqu’aux élections législatives en cas de victoire de François Hollande. On mesure bien qu’il n’existe aucune adhésion réelle et massive à la gauche dans son ensemble.

    Mon livre intitulé “le mirage présidentiel” publié aux éditions Bentzinger en janvier dernier imagine également un scénario de cohabitation.

    http://www.facebook.com/#!/pages/Le-mirage-pr%C3%A9sidentiel-pr%C3%A9dit-la-r%C3%A9%C3%A9lection-de-Nicolas-Sarkozy-avec-503/162931413799300

  2. Très bonne analyse que je partage. Mais qui peut aussi s’avérer possible dans l’hypothèse où Nicolas Sarkozy serait réélu.

    1. Tout à fait d’accord après tout les Français ont eu un comportement régicide : réfléchissons un peu la vie des Français a-t-elle été améliorée après la mort de Louis XVI sur l’ échafaud?

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