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Une semaine en Hollandie, 10

Rédigé par nikkopol le 02 novembre 2012.

Crédit : Patrice Peccatte

Crédit : Patrice Peccatte

« Le mois de l’année pendant lequel le gouvernement fera le moins de bourdes, c’est février. Parce qu’il n’a que 28 jours… » Même pas sûr que ce calembour soit juste, tellement cette semaine aura été dense en cafouillages… alors que jeudi fut férié ! Dantesque, ou savoureux, à chacun de voir… Petit worst of de la semaine en Hollandie.

La toussaint, les chrysanthèmes sont de sortie : cette semaine ne dérogera pas à la tradition, bien au contraire. On dirait que nos gouvernants ont enterré tour à tour : leurs ambitions de réforme, leur crédibilité dans l’action, le premier ministre. Le premier abandon, les ambitions de réforme : on savait ce qu’il advenait de nombreux rapports : rien, enterrés sitôt sortis, oubliés sitôt publiés. Avec le désormais fameux rapport Gallois, le président et ses pieds nickelés enterrent le rapport avant même sa sortie ! Tout simplement du jamais vu… « On nous conseille de faire des économies ? Oui, mais ne vous inquiétez pas, on n’en fera pas ! »… « On nous préconise un choc de compétitivité ? Soyez sans crainte, nous nous en garderons bien… ». OK, donc on coule et on ne fait rien, c’est ça ?

Second abandon : la crédibilité de l’action politique. En effet c’est cette semaine qu’on a enterré nos derniers rêves : le Conseil Constitutionnel avait retoqué la semaine dernière la loi sur logement social faute d’avoir respecté le temps nécessaire en commission des lois du sénat, on en avait parlé. Mais cette semaine, c’est le Sénat lui-même qui a retoqué la loi sur l’énergie (au nom de l’égalité d’accès à l’énergie… rien que ça !) puis la loi de programmation budgétaire. Et oui, le gouvernement se rend compte qu’il est dépendant des élus communistes, qui, au Sénat, feront donc la pluie et le beau temps. Si la droite joue à mettre le gouvernement en difficultés en votant avec le PC par exemple (ce qui, au passage, est un drôle d’exemple de cohérence politique…), le sénat risque de devenir le cauchemar du gouvernement, l’obligeant à d’incessants allers-retours avec les 2 assemblées…

De même, ils ont censuré la loi de programmation budgétaire du quinquennat. Rien que ça ! Le gouvernement minimise, la droite se marre et la presse cartonne sur l’impréparation d’une part, l’amateurisme d’autre part.
Troisième abandon de la semaine, celui du premier ministre par ses troupes. C’est vrai que l’unanimité des hiérarques du PS se pressant à la tribune toulousaine pour défendre leur premier ministre avait quelque chose de suspect… Même Valls, son successeur programmé à Matignon, s’est déclaré « fier de faire partie de son gouvernement », c’est dire si en langue socialiste, ça ressemblait au baiser de la mort. Seule une caméra indiscrète nous a montré ses 2 entrées dans la salle du Congrès, la première ayant eu lieu dans l’indifférence générale. Il aura que le premier ministre de la France ressorte et que des chauffeurs de salle interviennent pour que notre prof d’allemand national ait droit à des acclamations, spontanées donc ! Bref, il aura été cette semaine, au bout du bout de ce qu’on peut faire en termes de ridicule !

Un sortie médiatique dans le chapitre « reconquête de l’opinion » sous la forme d’une rencontre avec des lecteurs du Parisien et BAM ! C’est encore pire ! Il aura suffit qu’il convienne « qu’il n’y a pas de sujets tabous, notamment sur un retour aux 39h » pour que le feu prenne… Précisons, à toutes fins utiles, que son interview a été relue par ses équipes à Matignon… Patatra, c’est Sapin, son subordonné donc, qui le reprend de volée et le corrige en précisant sur RTL « qu’il n’est pas question de revenir sur les 35h ». Du jamais vu, le premier ministre lui-même intervient au téléphone sur France Info pour dire qu’on l’aura sans doute mal compris… Par téléphone, ce qui témoigne que cette intervention était un sauve-qui-peut !

Même l’Elysée ne sait plus comment le défendre : un bref communiqué pour dire que « le premier ministre a dit que tous les débats étaient possibles par principe mais que celui-là n’était pas ouvert ». Donc ce débat n’est pas possible, CQFD ! S’ensuit un compréhensible feu nourri d’une opposition hilare qui considère désormais Ayrault comme son meilleur allié ! Un second feu dans la presse, qui ici (Le Point) invite le premier ministre à prendre un RTT, là (La République du Centre) lui prédit un destin à la Edith Cresson (10 mois de présence à Matignon), ou encore ici (La Montagne) soulignant qu’il n’est pas à la hauteur de la fonction. L’équation est désormais très simple : si Hollande garde Ayrault, il prête le flanc aux critiques (qui portent désormais violemment) et prend donc le risque de s’affaiblir encore un peu. S’il le vire, il se déjuge quelques mois à peine après l’avoir investi et il devra s’attendre à voir l’opposition fanfaronner « on vous l’avait bien dit ! ». Un deal perdant-perdant, en fait ! Signe qui ne trompe pas, en point presse, la porte-parole du gouvernement, l’inénarrable Najat a supplié la presse de ne pas en rajouter sur les « couacs »… invitant les journalistes à ne pas confondre « débat et discorde ». Ca panique, quoi…

On a beau s’y attendre, ça fait quand même fait mal : chaque semaine, c’est un nouveau député socialiste qui avoue son désarroi devant l’amateurisme du gouvernement. Après Jean-Marie Le Guen, quia reconnu que le candidat Hollande n’avait pas de projet, cette semaine, c’est le porte parole des députés PS d’avoir son éclair de lucidité. Sur LCP, Thierry Mandon a répondu sans fioriture à la question : « François hollande n’a-t-il pas sous estimé la crise ?».Voulant sans doute défendre son président, mais piégé par une question précise et finalement pleine d’acuité, il avoue : « c’est tout le PS qui a sous-estimé la crise ». Sans blague ? Alors tout n’était pas de la faute du petit énervé ? François, tu nous aurais raconté n’importe quoi ? 4 ans ½, à ce rythme, ça va être long… De même, on se souvient d’une Duflot émue aux larmes après le discours de son président sur la « transition énergétique ».

On quitte le monde sucré des midinettes et des Bisounours et cette semaine on écoute le député Chanteguet, patron de la commission parlementaire sur l’environnement, fustiger dans Le Monde de mardi « le manque de courage » de l’exécutif, un « discours pour rien ». Et bing ! Il faut dire que la semaine avait plutôt mal commencé pour le président : dimanche dans le JDD, c’est un pool de patrons « de gauche » qui appelaient le président à changer carrément de politique économique. Weinberg, Pringuet, Clamadieu ont tous porté la bonne parole du candidat socialiste auprès de leurs amis patrons pendant la campagne… et ils se sentent floués ! Donc ils changent de braquet, au risque de passer pour… les dindons de la farce socialiste ! Même Emmanuel Macron, Secrétaire général adjoint de l’Elysée et ex banquier d’affaires à Londres, essuie de gentil quolibets de le part de ses interlocuteurs patrons : « A quoi sert-il ? », s’interrogent-ils. Si les patrons savent bien ce qu’ils ont à perdre avec le pouvoir socialiste, ceux d’entre eux marqués à gauche pourraient également y laisser leur crédibilité.

Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, même vite ! : Nicolas Demorand, le médiatique patron de Libé bouffi de bien-pensance dont le principal talent réside dans sa haine viscérale pour ce que le pays compte de gens suspects de voter à droite (patrons, bourgeois, médecins, …), nous montre qu’en matière de géométrie, la seule qui compte, c’est celle qui varie ! Lui, le pourfendeur de la pensée rance, qui trouve que les prises de position d’un Borloo flirtent souvent avec du Pétain ou du Laval Grande Epoque, en appelle désormais à préserver les frontières de notre vieux pays ! Si si, quand il défend son vieux canard boiteux, il adopte des positions que ne renieraient pas le fils spirituel que Nicolas Dupont-Aignan aurait eu avec Marine Le Pen !

Dans son édito de samedi dernier (le weekend end, c’est plus discret), il dénonce “la fascination pour le numérique, les miracles qu’il permet, la réalité qu’il façonne, qui masque la brutalité du capitalisme qui lui a permis de se déployer, l’inéquité des échanges qu’il suscite; la fragilisation de certains piliers de la démocratie qu’il accélère ! ». Bigre! Internet, c’est la fin de la démocratie ! Il ne rougit pas le moins du monde en appelant au protectionnisme pour son secteur et ses copains du ciné, protectionnisme qu’il combat tant par ailleurs en dénonçant la beaufitude des ouvriers qui n’y comprennent rien à rien, en bon apôtre qu’il est de la mondialisation heureuse ! Tu as raison, Nicolas : bats-toi : si tu n’y prends pas garde, un jour ou l’autre, tes actionnaires, les richissimes Rotschild, risquent de trouver un journaliste philippin ou malgache qui pourra faire ton job pour 10 fois moins cher. Il se pourrait même qu’il le fasse mieux !

Au lit avec Aurélie… Je vous rassure, ce n’est pas moi qui partage la couche de notre ministre de la culture (d’état), mais plutôt les grandes industries du divertissement. C’est le problème de notre démocratie : les néophytes de la politique, quelque soit leur camp, sont très vite embrigadés par les lobbies de toutes tendances et finissent plus ou moins vite à digérer et recracher leurs positions. On reconnait de fait un bon ministre à sa capacité à résister à sa propre administration d’une part et aux lobbies de son secteur d’autre part. Ils sont rares. Ainsi donc Aurélie Filippetti, dans Libé cette semaine nous apprend que « “le gouvernement lance l’acte II de l’exception culturelle : élaborer les nouveaux outils qui concilieront notre soutien à la création avec le développement numérique. » Autrement dit, il revient à l’Etat de trouver de nouveaux mécanismes pour gaver d’argent public l’industrie du divertissement et à la protéger de l’idée même de concurrence, le tout en verrouillant la distribution histoire de bien continuer à tondre le client…. Qu’on continue de prendre pour un c… client ! Rien de nouveau.

Elle confine au sublime du j’vous enfume avec des phrases qui ne veulent rien dire lorsqu’elle nous parle de l’audiovisuel public : « Cette politique nécessite d’en finir avec la verticalité qui ne résolvait en rien la fracture entre ceux pour qui la culture est naturelle et la majorité qui s’en trouve exclue, et qui sépare l’action de l’Etat de celle des collectivités territoriales”. Merci. Bref, chez Aurélie rien de nouveau. Elle s’est même offert cette semaine le luxe d’un re-couac sur la redevance, (re)mettant Cahuzac et Ayrault mais aussi Le Roux dans la panade… On ne relèvera même pas. Aurélie trace ainsi son petit sillon inutile, mais faut bien qu’elle parle dans les médias, sinon certains vont se demander à quoi elle sert. Et comme elle a table ouverte chez Demorand comme sur Inter, autant en profiter…

Désir d’avenir ? En se choisissant timidement Harlem Désir comme chef, le PS a peut être abandonné aussi toute ambition politique dans ce pays. S’il est vrai qu’il est toujours compliqué d’être en place pour un parti politique, tiraillé qu’on est entre soutenir et aiguiller le pouvoir issu de ses propres rangs, se choisir un type transparent sans carrure ni vision, c’est particulièrement osé. Pour étrenner son mandat, plutôt que de donner une vision de son engagement et les conditions de son soutien à l’action gouvernementale, il a choisi de taper sur… Sarkozy ! Courageux petit bonhomme ! En même temps, pour être honnête, tous les rêves de grandeur lui sont permis : on connait un ancien premier secrétaire sans envergure, absolument incapable de la moindre pensée politique qui aura réussi un joli hold up intellectuel et politique sur son pays !

La pensée économique d’Aubry… A Toulouse, l’ex 1° secrétaire a osé un sémillant : « Je serais chef d’entreprise, j’aiderais le gouvernement au lieu de me demander comment plaire à mes actionnaires». Donc pour Martine, les sociétés commerciales privées devraient avoir pour objectif principal de satisfaire les socialistes au pouvoir. C’est certain qu’une telle vision économique donne un éclairage intéressant sur ses 35H… et à ceux qui fustigent les RTT, j’ai envie de répondre qu’on a peut être éviter pire…

A trop s’épancher, on tombe: Dans Le Monde daté de jeudi, le président s’épanche sur l’exercice du pouvoir. Il remarque que « c’est très dur ». Sans blague…Et puis « les français n’ont aucune indulgence » Mais non, François, ils sont justes lucides sur le fait de s’être fait bernés par tes beaux discours de campagne. Et donc sans concession avec toi et ton matraquage fiscal. Entre autres perles, on apprend qu’aux yeux de Normalito 1er, son premier ministre est bon puisque « loyal et sans ambition ». Voilà l’éclairage qu’on attendait sur son casting gouvernemental : peu importe la compétence, ou plutôt l’incompétence, ou l’inexpérience. Ce qui compte, c’est que ses ministres, à commencer par le premier d’entre eux, n’aient aucune ambition. Dont acte.

Berlin parle aux français : si à Paris tout va bien, puisque nos gouvernants sont confiants sur une sortie de crise imminente, à Berlin, on est beaucoup plus sceptique. Bild s’interroge même : « la France est elle en train de devenir la nouvelle Grèce ? ». Shröder a même comparé la France de 2012 à l’Allemagne de 2003, quand elle était le canard boiteux de l’Europe. «Les promesses de campagne du président français finiront par se fracasser sur le mur des réalités économiques, a-t-il prévenu. Si le refinancement de sa dette devient plus difficile ce sera le début des vrais problèmes pour la France». La pression fiscale aura pour effet, selon lui, non seulement de provoquer une fuite des capitaux, mais conduira à un effondrement du financement des emplois en France. Et de citer « 25 % de chômage des jeunes», «5 % de déficit budgétaire», «zéro croissance», «climat des affaires au plus bas depuis trois ans», sans oublier la «crise lourde de l’industrie automobile»… «La France se finance encore dans de bonnes conditions sur les marchés, mais les chiffres de son économie rappellent les États du Sud en crise.» Et de conclure, en soulignant « les choix hasardeux du président », que « ce qu’il se passe en France est inquiétant. Hollande donne une impression d’Alice au pays des merveilles. Idéologiquement, il s’est isolé de ses voisins, qui mènent des réformes structurelles courageuses. Mais il réalisera tôt ou tard que la France ne peut échapper aux lois de la physique.» Rendez-vous en 2013…

Fromage et dessert : On remarquera que les sondages se font plus rares ces temps-ci… Peut être que la 1° concubine de France a usé du bras qu’elle a si long pour dissuader ses copains dans les rédactions de relayer les sondages d’opinion. Frondeur, Le Figaro a publié cette semaine une « cote d’alerte » à 36% de confiance pour Hollande quand Ayrault plafonne lui à 34%… La séquence « budget » a clairement été désastreuse pour l’exécutif… Et s’ouvre une nouvelle séquence à haut risque, celle de la compétitivité. Quelque chose nous dit qu’ils n’ont pas fini de dégringoler, nos 2 pieds nickelés de la politique…

Bon weekend et bon courage !

 

Déjà 4 remarques sur cet article

  1. Paul Emiste dit :

    Libé, çà existe toujours ce torchon? Dans le temps, on a bien essayé de l´utiliser pour envelopper le poisson, il pourrissait au contact du papier, alors on a essayé pour la cage du cochon d´inde au petit…pas assez absorbant.
    Franchement, quand un canard ne peut même pas au moins accomplir une de ces deux fonctions il faut arrêter les subventions d’etat et le laisser crever de sa belle mort.

  2. katlen dit :

    BRAVO, encore bravo…on a rien a rajouter a votre commentaire,il est tres reelle…et si cela pouvait faire reflechir les Francais…,

  3. pylatais dit :

    on est en pleine normalitude dans la médiocritude le probleme est qu’elle suscite une hyperitude inquiétude.

  4. Zadig dit :

    Amusante cette phrase de Normal 1er sur “l’absence d’indulgence et de respect”…., pour un PS et ses copains journaleux-nantis-défiscalisés-de-gôche qui n’ont cessé de tirer à boulets rouges pendant 5 ans sur Sarkozy, ( on se rappelle du “voyou de la République” et autres formules tout à fait respectueuses…)

    Quant à l’incompétence de Normal 1er, il n’y a que ses électeurs grugés pour la découvrir. Tous ses copains du PS la claironnait avant les primaires: “fraise des bois, capitaine de pédalo, culbuto, flanby….”

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