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Une semaine en Hollandie, 12

Rédigé par nikkopol le 16 novembre 2012.

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Photo : Patrick Peccatte
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Photo : Patrick Peccatte

Cette semaine fut marquée par la 1° conférence de presse de notre gentil président, l’occasion d’entériner définitivement le virage libéral du gouvernement. Le président s’interrogeait fin septembre : « On ne va pas augmenter la TVA, de quoi aurions-nous l’air ? ». Et bien, regarde-toi dans la glace… Petit Worst Of de la semaine en Hollandie.

Berlin met la pression : la semaine a commencé tôt puisque le week end dernier nous apprenions que le ministre allemand de l’économie a demandé à une batterie d’économistes de plancher sur les réformes nécessaires à l’économie… française ! On ne rêve pas, les Allemands vont nous expliquer comment il va falloir faire pour remettre l’économie française sur des rails ! Paris a beau démentir, les voix sont fluettes de ce côté-ci du Rhin. On tablait sur un gouvernement technique d’ici fin 2013, en pariant sur le nom de celui qui sera le « Mario Monti français », il va falloir se dépêcher d’ouvrir les paris parce qu’à ce rythme, c’est dès Noël de cette année que Normalito 1er va y avoir droit… Alors : Didier Migaud ? Pascale Lamy ? Christine Lagarde ? Envoyez vos pronostics au Palais de l’Elysée, à l’attention d’Angela. On transmettra… En attendant, Angela attend Jean-Marc avec « curiosité »… alors que Jean-Marc souhaiterait de l’Allemagne plus de « compréhension »… Ça sent le coût de règle sur les doigts ! Cocasse pour un ex-prof…

Le gentil président : le magazine Psychologies a décerné son prix du gentil homme politique. Décerné, je vous le donne en mille : à notre président des bisous ! Alors soit le magazine Psychologie se prend d’amour pour le locataire de l’Elysée et veut racheter ses petits copains des rédactions parisiennes, soit c’est le baiser de la mort : c’est vrai que « gentil » est un qualificatif qui sied assez mal à un président élu. Potiron, le lutin ami de Oui-Oui au pays des jouets, lui, il est gentil. Mais un président gentil, ça veut dire quoi ? Remarquez, c’est vrai vrai qu’il y en a un qui ne pourra pas dire que le président lui aura fait mal : le chômage ! Au contraire, il aura tout fait pour l’encourager, tel le mistral sur un mégot dans la garrigue marseillaise un 14 juillet à midi… A tout prendre, on aurait préféré que le magazine couronne un président « courageux », « tenace », « compétent », « visionnaire »… On pouvait rêver, mais en fait non.

La conférence de presse dans la forme : avant même le contenu, on sait 2 choses. La première, c’est qu’elle marque un reniement de plus ! Alors qu’en campagne, le candidat Hollande s’était engagé à ne pas recevoir les journalistes à l’Elysée, antisarkozysme oblige, et bien une fois en place, il reçoit les journalistes… à l’Elysée ! Ce petit renoncement passe pour un enfantillage de plus après le virage opéré par Hollande ! Après 6 mois d’une politique inique pour donner des gages à la gauche la plus dogmatique, politique qui a effrayé les patrons, nos partenaires européens ou encore les institutions internationales, le président et son gouvernement de manchots a embrassé le diagnostic sarkozyste sur la crise et surtout les recettes de l’ex-président. Le tout sans avoir été trop gêné par sa gauche. Mais nous y reviendrons. Comme quoi Sarkozy disait bien n’importe quoi : il avait déclaré qu’il ne faudrait pas 2 jours à Hollande pour changer de politique… En fait, il aura fallu attendre 6 mois, que la France découvre le « Fisc Fucking », la haine de l’entreprise et que tous ses visiteurs du matin comme ceux du soir lui disent la même chose… Le président n’est pas idiot, il comprend vite. Il faut juste lui expliquer longtemps…

Le contenu de la conférence : Quelques 250 journalistes ont assisté au satisfecit que le président a décerné à son action. En tout cas il a voulu montré qu’il faisait des choses « et qu’il ne restait pas les bras ballants » face à la crise, comme l’a souligné un éditorial du Monde. C’est dire… Le président était content d’être là, ça se voyait, il ne voulait plus partir du pupitre. Pour le reste, on a bien compris : le monde de la finance, c’est plutôt un très bon ami à qui on donne des gages (désendettement) et qui nous en remercie (taux d’intérêt très bas). On admet une « correction » sur la TVA sociale, ce qui est une gentille entourloupe de dire qu’on fait du Sarkozy sans le dire… Et dire que le président, sans rire, disait fin septembre à un conseiller « augmenter la TVA ? Mais de quoi on aurait l’air ? ». J’ai la réponse : d’un imposteur ! En fait, si on reprend ce qu’il a fait (et non ce qu’il a dit), le Hollandisme est un Sarkozysme sans Sarkozy : pas de renégociation du traité européen et ratification (moi président, je ferai plier Angela Merkel), hausse de la TVA pour financer la baisse de charges sociales (vous vous souvenez ? les cadeaux aux patrons…), baisse de la dépense publique, réduction des effectifs dans la fonction publique (hors éducation), démantèlement de camps et expulsion de roms qui font passer Guéant pour un farfadet, mise en scène pathétique d’un non moins pathétique ménage à 3, course au fait divers quitte à se prendre les pieds dans le tapis, report sine die du droit de vote des étrangers… Reconnaissons-lui tout de même une forme de courage : il en faut pour se renier à ce point-là, 6 mois à peine après avoir été élu sur un programme qui n’est donc plus qu’un lointain souvenir…

« Hollande II, combien de divisions ? ». La première conséquence de ce renoncement, c’est la question de la majorité sur laquelle il va s’appuyer : qui va soutenir sa politique. Mélanchon jubile, l’espace se dégage pour la contestation sur le pavé. Mardi soir, il n’a pas attendu pour être à la télé et dénoncer un « renoncement avec le sourire, une capitulation sans condition ». Jean-Luc, t’es sauvé : tu vas pouvoir renfiler la polaire et rebattre le pavé parisien entre Bastille et Nation, sous les drapeaux rouges et les slogans révolutionnaire. Ton fonds de commerce est intact ! Les Verts, forcément, rougissent : la fiscalité écolo est renvoyée à 2016, quand on peindra un impôt en vert, histoire de contenter l’électorat hippie… s’il n’est pas dissout d’ici là ! Quant à l’aile gauche du PS, elle doit avoir une sacrée gueule de bois. Donc après 6 mois d’inepties socialisantes, d’injonctions et de stigmatisation des « riches » comme des entreprises, il adopte une politique de l’offre, la seule qui soit cohérente en économie ouverte. Au risque de plus avoir de majorité pour gouverner. En tout cas pas celle avec laquelle il a été élu, prenant ainsi le risque d’ajouter une crise politique à la crise économique. Audace ou inconstance ? En tout cas, pour l’instant c’est une marque de sympathie à gauche, un signe d’apaisement (20 milliards !) pour les entreprises… Reste à savoir où est sa vérité, et même lui semble ne pas vraiment savoir !

Le bal des faux-culs : la presse n’a toujours pas compris les simagrées de la gauche de gouvernement et la gauche de contestation. Alors on va lui expliquer une fois encore, suite aux vraies fausses sorties des élus verts de cette semaine, certains se posant la question du sens de leur participation au gouvernement (on ne saurait trop louer cette soudaine lucidité dont ils sont si peu coutumiers). Amis journalistes, c’est toujours la même histoire : pour gagner, la gauche de gouvernement a toujours besoin de la gauche de contestation, dans laquelle il convient de ranger le PCF, le Parti de Gauche et les Verts. Après, c’est une traditionnelle valse hésitation : vaut-il mieux accepter quelques maroquins contre ses propres convictions ou jouer la contestation jusqu’au boutiste ? Les Verts ont choisi les strapontins ministériels, le front de gauche le pavé et le porte-voix. Et finalement, une fois la rigueur venue, ce sont toujours les mêmes qui entonnent l’éternelle ritournelle des cocus. Et puis tout rentrera dans l’ordre à l’approche des prochaines élections, quand il s’agira de s’unir contre cette droite qu’ils qualifieront de « bleu-blanc-brune » aux dérives fascisantes etc. En tout cas, le vrai fait marquant de ce théâtre politique consternant, c’est les votes répétés des sénateurs PC qui plongent le gouvernement dans l’embarras. Jeudi, c’est le budget de la Sécu qui a été retoqué. Comme s’ils n’avaient aucune peur, ni du premier ministre qui est censé incarner le chef de la majorité, ni du président, qui lui devrait se faire respecter. A suivre…

L’ineptie verte : On le sait, les Verts sont contre tout : la recherche sur des modes d’extraction propres des gaz de schiste, le virage libéral du gouvernement, la TVA sociale, l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, les « seulement » 10% de proportionnelle aux législatives proposés par Jospin… bref, contre tout ce que décide et fait le gouvernement auxquels ils appartiennent ! Surréaliste. Aussi, pour marquer son territoire, Duflot a tenté à la fin de l’été de passer rapidement une loi sur le logement social, loi retoquée par le Conseil Constitutionnel incluant notamment le volet sur les réquisitions. La gentille Cécile prévoyait, dans son projet, de pouvoir réquisitionner des logements vacants privés pour les sans abris en hiver, mettant ainsi un bon coup de canif dans le droit à la propriété, pourtant inscrit dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Rien que ça. Heureusement, la bonne fée sociale-démocrate n’a pas touché que le président cette semaine : le ministère du logement a eu son lot de réalisme. Le nouveau projet de loi stipule qu’un propriétaire dispose d’un délai de 24 mois pour faire des travaux dans un logement vacant… période qui se rajoute au délai administratif de réquisition… autrement dit, aucun logement privé ne pourra dans les faits être réquisitionnés. L’association Droit Au Logement, en son temps soutenue par Duflot en personne, crie à la trahison. Prévisible. Même si la protection des plus faibles et des sans-abris est un enjeu de société, on ne pouvait laisser penser que la sécurisation de la propriété privée pouvait être remise en cause. Quelques cocus de plus du Hollandisme. En attendant, tout le parti EELV (sauf les ministres…) s’est donné samedi à la grande manifestation contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Les ministres, eux, resteront injoignables. Attends, ils ne vont tout de même pas aller mettre les pieds dans la boue ? Et les tapis des ministères, t’en fais quoi ?

Jeu de mots, jeu de maux : Cette semaine est à placer sous le signe du calembour et du jeu de mots. Même « à l’insu du plein gré » de celui qui le prononce ! Dans la catégorie santé, on soulignera que les médecins ont souvent une écriture illisible mais ils peuvent avoir de l’esprit : n’ont-ils pas noté que leur ministre de tutelle, Marisol Touraine avait des initiales relativement prédestinées : MST ! Le second est plus tragique : notre premier ministre a failli déclarer ouverte la guerre avec l’Allemagne, guerre que son président a réussi à conserver « seulement larvée ». En déplacement en Allemagne, Ayrault pourtant ex-prof d’allemand, a confondu 2 mots très proches phonétiquement dans la langue de Goethe. Une inversion de lettre et en conférence de presse et la relation franco-allemande est devenu « effroyable » plutôt que « fructueuse »… No Comment. Troisième calembour : Moscovici qui maintient une croissance en 2013 à 0,8%. Ah non, pardon, on m’informe que ce n’était pas un calembour, mais que le ministre était sérieux…

Anticipation : Moscovici, justement, semble touché par une démence sénile précoce. Il a maintenu cette semaine sa perspective de croissance à 0,8 pour la France l’année prochaine et est même allé plus loin en nous expliquant qu’une inversion de la courbe de la dette était envisagée pour 2014. Alors on regarde autour de nous, et on voit que la prévision sérieuse la plus optimiste est celle du FMI et elle place la croissance à 0,4% en 2013 et 1,1% en 2014 (contre 2,5 pour le gouvernement !). Dans ces conditions, stabiliser la dette impliquerait 19 milliards d’économies supplémentaires ! Autant dire tout de suite qu’on n’en prend pas le chemin ! Imaginons, juste, un nouveau besoin de refinancement venant de Grèce, l’appel au secours (attendu et imminent) de l’Espagne et une nouvelle recapitalisation de Dexia (au-delà des 5 milliards que l’Etat vient de mettre), l’augmentation des déficits sociaux liés à l’accélération du chômage, pour ne parler que des causes les plus probables pour ne pas dire certaines, et c’est le château de cartes qui s’effondre. Nous sommes actuellement pendus au nouveau meilleur ami de notre président : le monde de la finance qui aura fait preuve avec notre économie d’une mansuétude rare. Qu’il s’impatiente et ce sera la « dévalade à l’Espagnole ». C’est certain que ce ne sont pas les Unes de The Economist qui vont nous aider : à force de nous traiter de « bombe à retardement de l’Europe », ça va finir par se voir… Allez, bon weekend et bon courage !

Déjà 3 remarques sur cet article

  1. Zadig dit :

    Le ” Gentil Président” ? au sens benêt, simplet ?
    Oups, crime de lèse Normal 1er !
    Usons plutôt des termes fleuris de ses amis socialos: au sens “fraise des bois, Flanby, capitaine de pédalo, culbuto…”

    Et qu’en pensent ses électeurs grugés ? A propos de la renégociation du traité européen, de la fiscalité sur les riches et pas les classes moyennes, de la non hausse de la tva, de la fiscalité verte, d’une dose de proportionnelle pour les élections (déjà retoquée pour les prochaines cantonales),du vote des étrangers, etc….??

    Non, c’est vrai, il faut être honnête: le “gentil président” tient une promesse électorale….pour être gentil avec le groupuscule ultaminoritaire des gays demandant mariage , adoption et Pma homo….contre l’avis de l’ensemble des homos qui ne demandait rien, et d’une majorité de français athées ou croyants !

  2. Paul Emiste dit :

    Le socialisme c´est le royaume de l´irresponsabilité individuelle, un système ou les hommes sont réduits à l´ état de végétaux à la botte du parti, ou le bonheur d´entreprendre, de créer est insulté et bientôt dénié, et ce non seulement au niveau économique, mais aussi tout simplement au niveau familial, le socialisme qui veut devenir le sujet de notre conscience avec son idéologie basée sur la jalousie et l´accusation à outrance; bref ! le socialisme est la négation du divin dans l´homme.

  3. teddy dit :

    bonjour ZADIG UMPS = 1 pas en avant et 2 pas en arriere aucunes convictions uniquement des affairistes main dans la main pour le declin de notre pays

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