Une semaine en Hollandie N° 14

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Photo : Patrick Peccatte

L’UMP au bac à sable pendant que la France coule gentiment, un président qui a fini d’appliquer son programme et un ministre qui reconduit les investisseurs à la frontière… Petit worst of de la semaine en Hollandie.

L’UMP : à bien y réfléchir, le responsable de l’incroyable guerre fratricide entre Copé et Fillon, c’est Hollande ! Certains voudraient nous faire croire que les 2 impétrants essaient de sortir des griffes du sarkozysme et que le coupé de cordon est délicat. Mais c’est une terrible erreur d’analyse ! D’ailleurs, s’écharpent-ils sur la ligne politique ? Absolument pas ! Ils font un calcul osé : l’actuel locataire de l’Elysée est tellement mauvais qu’ils s’imaginent que celui aura le parti à son compte est absolument certain d’être à l’Elysée en 2017. Alors ils jouent chacun leur partition, pensant tous les 2 disposer d’un alignement d’étoiles en leur faveur. A Fillon une popularité extraordinairement élevée pour un sortant. A Copé un parti acquis ou presque. En attendant, la base se désespère. Et elle a raison. Même les initiatives de Sarkozy, qui joue sans doute un peu sa propre partition, sont des échecs. La seule bonne nouvelle pour le militant : celui qui sortira vainqueur sera un sacré costaud. Un chef de guerre. Un sournois autant qu’un habile. Sauf, évidemment, si le parti explose avant…

L’aubaine pour Normalito 1er. S’il y en a un qui savoure, c’est notre président des bisous. C’est vrai que l’attention médiatique étant focalisée sur la droite, des coups de tête bravaches de Borloo aux vaines provocations de Le Pen, ses errements passent relativement inaperçus. Ainsi son désastreux sommet européen, qui a montré le poids désormais reconnu à la France dans les négociations. L’ambition de Merkel et de Cameron étaient de baisser le budget européen, économies obligent, alors que notre gentil président y partait avec la ferme intention de revenus avec plus de crédits notamment sur la PAC, des positions difficilement conciliables. Pensant pouvoir compter sur le soutien de Merkel pour isoler Cameron et le ramener à la « raison », il a échoué et baissé vite pavillon. Pire, Herman Van Rompuy donne la tonalité en acceptant le retour à la semaine de 40 heures pour les fonctionnaires européens sans augmentation de salaire. Gloups. Donc, notre président s’est accroché à son credo de « plus de budget pour la PAC », le même Van Rompuy lui a concédé une augmentation symbolique contre une baisse de 13 milliards piqués, devinez ou : dans le fameux « pacte de croissance » ! Et oui, les enveloppes d’infrastructures packagées pour notre gentil président pour essayer de sauver la face alors qu’il était tenu de ratifier sans correction le traité Merkozy. De cela, la presse parle peu.

L’Europe des 3 : les dirigeants européens se sont donc séparés sans accord. On se reverra l’année prochaine. Autrement dit quand Merkel sera encore un peu plus proche de ses échéances électorales… En tout cas, comme le souligne Serge Federbusch cette semaine, le noyau européen est désormais coupé en 3 groupes : les tenants d’une discipline budgétaire drastique (Allemagne, Angleterre et les pays du Nord), les méritants : ceux qui l’appliquent tant bien que mal (Italie, Espagne et Grèce en tête) pour obtenir quelques crédits. Et la France « hollandaise » : celle qui pense encore échapper aux économies tout en espérant trouver des prêteurs…

Bon, on fait quoi maintenant ? : Le moment de vérité arrive pour notre président. 7 mois qu’il est en place et il a épuisé son ordre du jour. « En 1, je défais tout ce que l’autre avait mis en place. En 2, je matraque fiscalement les riches et les entreprises, à savoir tous ceux qui ne votent pas pour moi. En 3, ben j’attends une reprise… ». C’est son unique planche de salut, un retour miraculeux de la croissance. Si Dieu ne vote pas à gauche, on n’est pas bien, les amis. Parce qu’avec une récession que tout le monde prévoit maintenant sauf Moscovici (ce qui en dit long sur la crédibilité du bonhomme : d’ailleurs, le Financial Times l’a classé avant-avant-dernier des ministres de l’économie Européen), récession autour de 1 ou 1,5 pts ; l’explosion (constatée) du chômage etc, il y a fort à parier que tout cela finisse mal. Très mal. N’oublions pas : Merkel en campagne, il y a peu de chance qu’elle soit d’une grande mansuétude quand Flamby débarquera à Berlin au printemps prochain pour dire que finalement, les 3% de déficits, on n’y sera pas vraiment. « Des bisous, Angela ? »

Jospin, reviens, ils sont devenus fous… : Au moins, avec Lionel, on savait que « son programme n’était pas socialiste ». Et le candidat Hollande l’avait rappelé début 2012 dans une interview outre manche : « l’économie française n’avait jamais été autant ouverte aux marchés que sous la gauche ». Jospin, avec DSK, avait massivement privatisé. Avec nos pieds nickelés, on revient aux bonnes vieilles recettes collectivistes… et on nationalise ! Oui madame ! Une entreprise en difficultés, telle qu’Arcellor Mittal qui souffrent de surcapacités de production d’acier en Europe, plutôt que de l’aider à innover, évoluer, transformer son outil de production, on la nationalise… Pour pérenniser (combien de temps ?) une production qui de toute façon est vouée à la fermeture. De plus, comme ça ne suffit pas, on met Mr Mittal dehors en disant dans Les Echos que “la France ne veut plus de lui”. Mittal emploie juste plus de 20 000 salariés en France. Hé, les gars, vous vous sentez comment ? En tout cas, s’il fallait une ultime raison pour que les investisseurs étrangers quittent notre pays en courant, notre bon ministre du redressement productif l’a trouvée ! En France, donc, l’Etat se réserve le droit d’exproprier une entreprise qui ne lui revient pas… Dans la foulée, le maire de Londres, en tournée promotionnelle pour sa ville en Inde devant un parterre d’entrepreneurs, a fustigé une France devenue totalitaire ( !) et qu’il accueillait, lui, bien volontiers les investisseurs de bonne volonté. Le malheur des uns fait toujours le bonheur des autres…

Pompidou à toutes les sauces ! Dans cette période troublée, on nous ressort Pompidou à chaque actualité. Mais ça relève de l’incantation plus que de l’inspiration ! Prenez Florange : tout ce que le personnel politique compte de couards sera passé par les hauts fourneaux pour dire combien il était attaché à ce que le site demeure… alors même que chacun sait qu’une partie de l’activité, au moins, est condamnée à court terme. Pompidou, justement, était allé voir les fameuses « gueules noires » du bassin houiller de Lorraine. Mais en homme d’état, non pas pour leur servir une soupe tiédasse faite de promesses et d’engagements en carton, mais pour leur dire la vérité : les mines de charbon était condamnées à terme. Pour cela, il fallait du courage, de l’autorité et une vision. Tout ce qui manque à ceux qui nous gouvernent comme à ceux qui voudraient leur place. On a les dirigeants qu’on mérite.

Elles sont belles, mes réformes de structure ! Demandez mes réformes de structure ! Timidement, le précédent gouvernement avait mis un (tout) petit doigt dans le mille-feuilles de l’administration locale. Sans aller très loin devant la fronde de toutes les bouches nourries aux rentes de la démocratie locale, il avait créé un statut de conseiller territorial qui devait, à terme, remplacer les élus régionaux et des départementaux. Cette réforme, ou plutôt ce projet de réforme, a coûté le sénat à la précédente majorité. Et pour cause : les grands électeurs n’allaient pas voter pour ceux qui défendaient leur disparition ! Cette atteinte sans précédent à la démocratie locale a été enfin réparée lors du conseil des ministres de mercredi : ne vous inquiétez pas, les gars, on garde bien tout le monde !! Ouf. Par contre, la réforme, la vraie, l’ambitieuse et visionnaire, fait qu’on n’appellera plus un conseiller général mais départemental ! Re ouf. Enfin on entérine un mode de scrutin quelque peu baroque, un homme / une femme. En République hollandaise, ce n’est pas la compétence ou la volonté qui font les places, ce sont les statuts et les genres. 2012, on finit de dévoyer la République et d’assassiner l’esprit des Lumières.

Najat-ez plus ! Toujours au sujet de cette réforme de la démocratie locale, Najat, du haut de son brillant porte-parolat, nous a vanté le parfait équilibre hommes-femmes dans les prochains exécutifs locaux, grâce à cette gauche inventive et généreuse. Najat, et au sein des familles, pourquoi ne pas rester sur cette même idée de parité ? Un homme et une femme pour avoir un enfant ? La parité est une valeur ou un concept à géométrie variable ? Un principe ou un cache-misère électoraliste… ?

Valls, l’écran de fumée : la vérité commence à apparaitre au sujet de Manuel Valls. L’écran de fumée semble se dissiper et une réalité crue se fait jour. D’abord force est de constater qu’il est plus efficace dans l’évacuation de campements de Roms que dans la pacification d’une ville comme Marseille ou d’une région comme la Corse. Par ailleurs, les derniers chiffres de la délinquance plombent un peu plus un bilan déjà bien pâle. Lui qui devait mettre de l’ordre dans les « zones prioritaires de sécuritaires » pour y consacrer plus de moyens, c’est raté : bientôt c’est toute la France qui sera en zone prioritaire puisque ces territoires sous haute surveillance sont passés de 15 à 64 sous son action !!! Par contre, les images qui nous arrivent chaque jour de Notre Dame des Landes sont parfaites : lacrymo, bastons, démontage de camps, CRS en tenues, militants nus mais cagoulés enchainés aux arbres évacués manu militari… le feuilleton sécuritaire est parfaitement bien ficelé pour le 20H de TF1 : le gouvernement est ferme ! Et on vous le montre. Et peu importe, finalement, si Ayrault (initiateur et premier supporter du projet, faut-il le rappeler) crée une « commission du dialogue »… Pendant ce temps-là, les ministres EELV se taisent et se terrent sous les ors de la république. Combien de temps va durer cette mascarade ?

Les nouveaux heureux : on est un peu dur avec l’exécutif, ses erreurs, ses couacs, ses maladresses, ses hésitations et reculades, mais il faut reconnaitre qu’il y a une catégorie de nouveaux chômeurs qui est ravie de l’action du président : tous les salariés à domicile qui vont perdre leur employeur… déclaré ! Puisque les cotisations sociales vont augmenter drastiquement pour les emplois à domicile, il y a fort à parier que nombre d’employeurs vont renoncer à embaucher… légalement. Et on aura un retour massif du bon vieux travail au noir ! Donc les ex-salariés à domicile iront pointer au chômage et toucher de légitimes indemnités… tout en étant rémunérés, au noir, sur les mêmes fonctions qu’ils remplissaient hier en étant déclarés. Travailler autant pour gagner plus… de la part de collectivité ! Merci le pouvoir !

L’hypocrisie, c’est maintenant : tout le monde s’est gaussé du « pacte de compétitivité » de nos Starsky & Hutch de l’économie politique. Il est vrai que la philosophie est plutôt rassurante après 6 mois terrifiants : en économie ouverte, redresser une économie passe nécessairement par une politique de l’offre plutôt que les vieux mythes keynésiens de la stimulation de la demande. Hélas, puisque les commentateurs ne sont pas allés au fond de l’analyse, ils ont raté 3 raisons, au moins, d’être sceptiques sur les bénéfices à attendre de ce « pacte ». Premièrement, le crédit d’impôt bénéficiera d’abord aux industries de main d’œuvre, ce qui n’est pas le cas de l’industrie, qui elle aurait besoin d’aide à l’équipement, donc d’investissement. Rien n’est prévu de ce point de vue-là. Deuxièmement, le crédit d’impôt concernera, par essence, les entreprises qui en paient ! Les chiffres officiels montrent que seuls 30% des entreprises paient cet impôt. De là à imaginer que ce dispositif ne profitera qu’aux entreprises en bonne santé puisque faisant des bénéfices… Troisièmement, le crédit d’impôt ne portera ses fruits qu’en 2014, fin d’année, avec des décaissements qui ne se feront donc pas. En attendant, vous avez largement le temps de faire faillite une paire de fois… Les indicateurs sont là : quand le chômage explose à environ 50 000 nouveaux demandeurs d’emplois par mois, c’est bien les difficultés et même la disparition des entreprises qui en sont la cause principale…

Allez, bon week end et bon courage.

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A propos de l'auteur nikkopol

4 réactions à “Une semaine en Hollandie N° 14”

  1. avec la gôche et la droite les plus bêtes du monde, on n´est pas dans la merde!

    Le tout à l´ego c´est maintenant!

  2. Excellent, comme toujours !

    Juste pour rire: RUMP signifie croupion en anglais…
    mais quand on voit DSK payer qques millions de $ , le ridicule ne tue plus le Politique depuis longtemps…

  3. les maladresses de Francois hollande et du ps ainsi que les problemes a l u m p offre un veritable boulevard au f n

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